{"id":1108,"date":"2022-04-11T22:10:02","date_gmt":"2022-04-11T20:10:02","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1108"},"modified":"2022-04-11T22:10:04","modified_gmt":"2022-04-11T20:10:04","slug":"les-mouettes-ne-crient-plus-elles-chantent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2022\/04\/11\/les-mouettes-ne-crient-plus-elles-chantent\/","title":{"rendered":"Les mouettes ne crient plus, elles chantent"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center\"><p>\u00ab Lorsqu\u2019elles se fr\u00f4lent, certaines solitudes ont beaucoup \u00e0 se dire. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le titre du dernier roman de Pier Paolo Corciulo,&nbsp;<em>Le cri des mouettes<\/em>, paru aux \u00e9ditions PLF, promettait avant la lecture la mer et des vagues, ainsi que des airs d\u2019Italie, qui font \u00e9cho aux racines de l\u2019auteur. Apr\u00e8s son recueil de po\u00e9sie franco-italienne&nbsp;<em>Les Nuits ailleurs<\/em>, qui lui fait remporter le prix \u00ab Salve nosciu \u00bb en 2013, Pier Paolo Corciulo d\u00e9ploie dans son dernier r\u00e9cit les th\u00e8mes de la qu\u00eate de l\u2019identit\u00e9, de l\u2019oubli et de l\u2019errance. Et si la quatri\u00e8me de couverture ne promettait rien, l\u2019on est agr\u00e9ablement conquis par la tournure du r\u00e9cit, qui se lit comme un livre de voyage. Dans ce roman, on retrouve effectivement le sud, et on s\u2019imagine y \u00eatre, au bord de la mer, sous le soleil. C\u2019est ce que l\u2019on ressent \u00e0 la fin de l\u2019histoire, mais encore faut-il y arriver, car les remous de la premi\u00e8re partie laissent quelque peu d\u00e9sempar\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L\u2019histoire en elle-m\u00eame est simple : le narrateur, Adrien, se r\u00e9veille seul d\u2019un coma, sans rien d\u2019autre qu\u2019un recueil de po\u00e9sie italienne d\u2019un d\u00e9nomm\u00e9 Alessandro Lipari. Il a perdu la m\u00e9moire, et \u00e0 travers cette perte, ce sont toutes ses envies, son pass\u00e9 et finalement sa raison de vivre qui ont disparu avec son identit\u00e9. Son seul soutien, c\u2019est ce livre de po\u00e9sie dont les vers parlent \u00e0 son \u00e2me et semblent vouloir le transporter ailleurs \u2013 vers la bonne destination ? En recherchant des informations sur l\u2019auteur, c\u2019est son identit\u00e9 \u00e0 lui qu\u2019il retrouve lorsqu\u2019il entre dans une librairie. Le r\u00e9cit bascule \u00e0 mesure que la m\u00e9moire lui revient, dont le premier souvenir est la noyade de sa femme. Et si le gouffre du deuil l\u2019emporte \u00e0 nouveau, il n\u2019a pourtant pas r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 tous ses souvenirs. Il se d\u00e9cide alors \u00e0 partir pour l\u2019Italie, \u00e0 la recherche du po\u00e8te myst\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;C\u2019est notre principal regret, mais il n\u2019est pas bien grand : il faut un certain temps pour entrer dans le r\u00e9cit. Le d\u00e9but est d\u2019un style in\u00e9gal, lent comme les premi\u00e8res pages, laiss\u00e9es intentionnellement presque blanches pour symboliser cette perte de m\u00e9moire, ce vide entretenu tant par la perte des souvenirs d\u2019Adrien que par la disparition de sa femme. Entre les questionnements sans fin, le fouillis des pens\u00e9es du narrateur et sa d\u00e9tresse, qui sont \u00e0 l\u2019image de ses d\u00e9ambulations dans les ruelles de Neuch\u00e2tel, le lecteur reste d\u00e9boussol\u00e9. Mais quand vient le temps o\u00f9, enfin, le narrateur se d\u00e9cide \u00e0 partir pour le sud, nous sommes plus qu\u2019heureux d\u2019embarquer avec lui \u00e0 bord du train Lausanne-Milan. Le soleil arrive enfin, et il vient r\u00e9chauffer les phrases de Corciulo, qui se d\u00e9lient et trouvent un rythme plus agr\u00e9able, plus doux, car l\u2019espoir pointe peu \u00e0 peu. Mais si Adrien croit que trouver l\u2019auteur lui apportera des r\u00e9ponses, nous savons ce qu\u2019il recherche : ce n\u2019est pas tant retrouver ses souvenirs qui importent, mais la fa\u00e7on dont il parviendra \u00e0 les affronter, pour enfin vivre en paix.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Le cri des mouettes<\/em>, c\u2019est finalement l\u2019histoire assez simple et belle, d\u2019une rencontre de deux hommes \u00e0 qui la vie a tout pris. Lipari \u00e9tait autrefois un jeune po\u00e8te plein d\u2019avenir, mais il est \u00e0 pr\u00e9sent un vieux&nbsp;<em>Lupo di mare<\/em>\u2026 Car dans la solitude, \u00ab l\u2019absence s\u2019\u00e9crit mais ne se crie pas&nbsp;\u00bb. Leur rencontre, dans ce petit port des Pouilles, les sauve. Ce r\u00e9cit, c\u2019est comprendre que lorsqu\u2019on tombe, on peut tomber bien bas ; mais finalement, \u00e0 toucher le fond du gouffre, on comprend qu\u2019il nous est possible de remonter de l\u00e0. Ce sursaut de vie trouve son \u00e9lan premier dans la po\u00e9sie, qui parvient \u00e0 faire respirer \u00e0 nouveau Adrien et Lipari :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>\u00ab Je dis souvent que la po\u00e9sie est chose d\u00e9su\u00e8te, qu\u2019elle est d\u00e9pass\u00e9e de mode, et que le monde d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019en tient plus compte [\u2026] Mais si la po\u00e9sie permet \u00e0 une personne de retrouver sa voie au milieu du brouillard, si la po\u00e9sie permet de se r\u00e9concilier avec soi-m\u00eame et de reprendre go\u00fbt \u00e0 la vie, si la po\u00e9sie sert \u00e0 tout cela m\u00eame pour une seule \u00e2me, alors peut-\u00eatre est-elle encore utile ? \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Le cri des mouettes<\/em>\u00a0raconte une s\u00e9rie de qu\u00eates, celle de l\u2019identit\u00e9 d\u2019abord, mais aussi du sens de la vie, de la famille, et de la red\u00e9couverte de l\u2019amour. Et puis finalement, \u00ab lorsqu\u2019elles se fr\u00f4lent, certaines solitudes ont beaucoup \u00e0 se dire \u00bb. Et c\u2019est ce qui se passe. Roman sensible aux airs de po\u00e9sie, la fin laisse le lecteur r\u00eaveur, et de nouveau confiant en la vie.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Pier Paolo Corciulo, <em>Le cri des mouettes,<\/em> Fribourg, PLF, 2022, 132 pages, 20 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Lorsqu\u2019elles se fr\u00f4lent, certaines solitudes ont beaucoup \u00e0 se dire. \u00bb &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le titre du dernier roman de Pier Paolo Corciulo,&nbsp;Le cri des mouettes, paru aux \u00e9ditions PLF, promettait avant la lecture la mer et des vagues, ainsi que des airs d\u2019Italie, qui font \u00e9cho aux racines de l\u2019auteur. 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