{"id":1119,"date":"2022-05-02T16:11:27","date_gmt":"2022-05-02T14:11:27","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1119"},"modified":"2022-05-02T16:11:28","modified_gmt":"2022-05-02T14:11:28","slug":"des-vies-en-poesie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2022\/05\/02\/des-vies-en-poesie\/","title":{"rendered":"Des vies en po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Qui est Gris\u00e9lidis R\u00e9al&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Un nom, d\u2019abord. Nom qui saute et s\u2019impose, nom qui claque. Gris\u00e9lidis. R\u00e9al. Tout est-il d\u00e9j\u00e0 dit&nbsp;? Ce serait mal conna\u00eetre l\u2019auteur \u2013 elle n\u2019aurait pas aim\u00e9 qu\u2019on f\u00e9minise \u2013 du&nbsp;<em>Noir est une couleur<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Car Gris\u00e9lidis R\u00e9al, c\u2019est aussi une vie extraordinaire \u2013 comprenons&nbsp;: qui sort de l\u2019ordinaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le p\u00e8re, Walter, polyglotte, bel homme et intellectuel, des racines aux quatre coins de l\u2019Europe. L\u2019homme rencontre Giselle, universitaire comme lui. Ils con\u00e7oivent la petite Gri dans un sanatorium valaisan, avant le mariage. Un scandale pour l\u2019\u00e9poque. La famille d\u00e9m\u00e9nage en \u00c9gypte, en Gr\u00e8ce&nbsp;; Gris\u00e9lidis a comme copains de classe l\u2019<em>Iliade&nbsp;<\/em>et Mozart. Des ann\u00e9es heureuses, mais le drame, tr\u00e8s vite&nbsp;: Walter meurt. C\u2019est le retour en Suisse, \u00e0 Lausanne. L\u2019\u00e9ducation bourgeoise, rigide, de sa m\u00e8re. Taboue, la sexualit\u00e9. Tabou, le plaisir. Tabous, les gar\u00e7ons. Alors il faut s\u2019enfuir. \u00ab&nbsp;Ce qui m\u2019a sauv\u00e9e, c\u2019est ma r\u00e9volte&nbsp;\u00bb dira plus tard R\u00e9al. Ce sera Zurich, l\u2019\u00c9cole d\u2019Art, l\u2019amour, l\u2019alcool, les d\u00e9buts d\u2019une existence tumultueuse, hors du commun, romanesque, violemment vivante. Gris\u00e9lidis a eu mille vies, elle en a retenu trois sur sa s\u00e9pulture du cimeti\u00e8re des Rois de Gen\u00e8ve : \u00c9CRIVAIN-PEINTRE-PROSTITU\u00c9E.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Qui est Gris\u00e9lidis R\u00e9al&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Une po\u00e8te, aussi. Peut-\u00eatre surtout. C\u2019est ce que nous offrent les \u00c9ditions Seghers en publiant&nbsp;<em>Chair Vive<\/em>, recueil qui rassemble pour la premi\u00e8re fois l\u2019\u0153uvre po\u00e9tique de R\u00e9al \u2013 avec en prime une tr\u00e8s belle pr\u00e9face de Nancy Huston. Sous nos yeux se d\u00e9voile une vie, peut-\u00eatre abim\u00e9e, mais saisissante d\u2019humanit\u00e9. Le premier texte, r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 Grandvaux quand elle n\u2019a que treize ans, \u00e9tonne par sa maturit\u00e9&nbsp;:&nbsp;&nbsp;<em>Pensez \u00e0 ce qui fut beau \/ Et b\u00e9nissez ce qui va l\u2019\u00eatre<\/em>. Puis, ce seront les po\u00e8mes de jeunesse&nbsp;: la petite Gri doit devenir Gris\u00e9lidis. Elle s\u2019affirmera dans sa f\u00e9minit\u00e9, d\u2019abord&nbsp;:&nbsp;<em>Femme aux yeux d\u2019\u00e9toiles de mer \/ Couch\u00e9e sous la boue du monde \/ Tu consumes toute violence \/ Dans le myst\u00e8re de ton seuil<\/em>. Mais tr\u00e8s vite l\u2019errance, et la prostitution qui creuse violemment sa place au sein de son existence. Les mots s\u2019endurcissent (<em>J\u2019attends que meure jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube \/ Dans mes cheveux cette rose vol\u00e9e \/ Unique chair vivante \/ Que regrette l\u2019\u00e9t\u00e9<\/em>) quand il faut dire, dire pour ne pas mourir. La vie continue&nbsp;: ce sont les amours malades, les Bill, Ian, Hassine, Rodwell, Rodwell encore, et que ne durent que les moments doux, que les moments doux. \u00c0 Rodwell&nbsp;:&nbsp;<em>Rodwell \u2013 magicien \u2013 roi d\u2019une unique folie [&#8230;] Oins de tes rayons noirs la neige de mon corps<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">En 1963, R\u00e9al est \u00e9crou\u00e9e en Allemagne. Sept mois durant, elle \u00e9crira la nuit prisonni\u00e8re, les promenades dans la cour, ses s\u0153urs emmur\u00e9es (<em>Je vous salue Femmes emprisonn\u00e9es \/ Votre blessure \/ Est mienne au c\u0153ur de l\u2019instant p\u00e9trifi\u00e9<\/em>), la cellule o\u00f9<em>&nbsp;les r\u00eaves tombent \/ Sur le sol comme des papillons \/ aux sourdes ailes br\u00fbl\u00e9es<\/em>. Le cri est bouleversant, tant il r\u00e9sonne d\u2019humanit\u00e9. R\u00e9al dit la prison, comme d\u2019autres la beaut\u00e9. R\u00e9al dit l\u2019horreur, la sexualit\u00e9 d\u00e9gueulasse, les coups de poings, de foutre, de sang. Elle est le porte-voix des mis\u00e8res humaines. Mais pas seulement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Car&nbsp;<em>Chair Vive<\/em>&nbsp;est un manifeste de vie, envers et contre tout :&nbsp;<em>aujourd\u2019hui j\u2019ai le droit de rire et d\u2019\u00eatre heureuse \/ Aujourd\u2019hui le temps blesse les branches amoureuses \/ De milliers de couteaux \u00e9clatants de soleil<\/em>. Au fil des pages et des ann\u00e9es qui passent, le temps parfois se fige et permet l\u2019\u00e9claircie :&nbsp;<em>La mort est en sursis les prisons sont ferm\u00e9es \/ Je suis libre et je m\u2019ouvre au soleil de tes yeux<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Gris\u00e9lidis R\u00e9al \u00e9crira jusqu\u2019\u00e0 la fin, qui est pour elle une chambre de l\u2019h\u00f4pital universitaire de Gen\u00e8ve, o\u00f9 elle d\u00e9c\u00e8de d\u2019un cancer en 2005. Avant cela, ce sera encore quelques fulgurances&nbsp;: les po\u00e8mes de la fin. La morphine, la naus\u00e9e, l\u2019\u00e9chographie et la chimio, tout est \u00e0 sa place au sein de son \u0153uvre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Alors, qui est Gris\u00e9lidis R\u00e9al&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">On la connaissait militante, prostitu\u00e9e, \u00e9crivain, peintre. Il est temps de rajouter po\u00e8te. R\u00e9al est la voix de celles qu\u2019on refuse d\u2019\u00e9couter.&nbsp;<em>Chair Vive<\/em>&nbsp;est un cri d\u2019humanit\u00e9. Un \u00e9clat de po\u00e9sie cueilli dans la salissure humaine. Un recueil violent, saisissant, n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Gris\u00e9lidis R\u00e9al, c\u2019est un peu tout cela. C\u2019est peut-\u00eatre surtout cela, trois vers comme une \u00e9pitaphe :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Adieu le monde adieu la Vie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Ma\u00eetresse des Nuits \u00e9blouies<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Que j\u2019ai tant aim\u00e9e tant ha\u00efe<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Gris\u00e9lidis R\u00e9al, <em>Chair vive : po\u00e9sies compl\u00e8tes<\/em>, Paris, Seghers, 2022, 256 pages, 27 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui est Gris\u00e9lidis R\u00e9al&nbsp;?&nbsp; Un nom, d\u2019abord. Nom qui saute et s\u2019impose, nom qui claque. Gris\u00e9lidis. R\u00e9al. Tout est-il d\u00e9j\u00e0 dit&nbsp;? 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