{"id":112,"date":"2018-04-25T06:00:39","date_gmt":"2018-04-25T04:00:39","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=112"},"modified":"2018-04-22T14:52:55","modified_gmt":"2018-04-22T12:52:55","slug":"urbanisme-et-poesie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2018\/04\/25\/urbanisme-et-poesie\/","title":{"rendered":"Urbanisme et po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La po\u00e9sie, \u00e7a court les rues.\u00a0\u00bb Allez dire \u00e7a \u00e0 un libraire et observez la surprise se dessiner sur son visage. Non, d\u00e9finitivement, la po\u00e9sie ne court pas les rues en ce d\u00e9but de si\u00e8cle. Tout au plus trottine-t-elle dans les ruelles, cach\u00e9e dans les recoins les plus sombres o\u00f9 n\u2019oseront s\u2019aventurer que les plus t\u00e9m\u00e9raires. Et pourtant, cette affirmation a gagn\u00e9 un cr\u00e9dit consid\u00e9rable durant la semaine du 16 au 21 avril 2018, \u00e0 Fribourg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 T\u00e9m\u00e9raires, Agn\u00e8s Jobin et Fran\u00e7oise Vonlanthen le sont. Apr\u00e8s <em>La po\u00e9sie, \u00e7a carbure\u00a0!<\/em> en 2016, les deux instigatrices des <em>Semaines de la lecture<\/em> rappellent un amour du vers qui subsiste depuis 2004 et <em>Habiter la lecture<\/em>, leur premi\u00e8re exposition. Si \u00e0 l\u2019origine la lecture, l\u2019\u00e9criture et le vocabulaire figuraient seuls sous les feux des projecteurs, une sensibilit\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie, \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la m\u00e9taphore \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 perceptible. Agn\u00e8s et Fran\u00e7oise, loin d\u2019arpenter les routes toutes trac\u00e9es avec leurs gros sabots, pr\u00e9f\u00e9raient emprunter les chemins de traverse. Pour sensibiliser le grand public \u00e0 la richesse de toute langue, elles imaginent une banque o\u00f9 l\u2019argent aurait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par les mots (<em>Pour tout l\u2019or des mots<\/em>, 2009). Pour expliquer ce qu\u2019est la fiction, elles con\u00e7oivent <em>FABULATOR<\/em> (2012), une usine textile o\u00f9 les fils du r\u00e9cit s\u2019imbriquent pour composer les trames narratives. De bonnes id\u00e9es en trouvailles subtiles, les expositions se succ\u00e8dent, depuis 2004, et ne se ressemblent pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2018, septi\u00e8me \u00e9dition des <em>Semaines de la lecture<\/em> et une fois de plus, l\u2019innovation est au rendez-vous. Il y a encore deux ans de cela, l\u2019expo \u00e9tait dans la ville, cette fois-ci elle <em>est<\/em> la ville, ses b\u00e2timents, ses quartiers, ses rues dans lesquelles (ne soyez pas surpris, vous \u00e9tiez pr\u00e9venus) courent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 quelques fragments po\u00e9tiques, solidement fix\u00e9s sur de fiers jeunes hommes en tenue de sport. Ne serait-ce pas<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>le rivage <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>est plus s\u00fbr. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>mais j\u2019aime <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>me battre <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>avec <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>les flots<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et Emily Dickinson qui disparaissent \u00e0 l\u2019angle de la Rue de Romont et de l\u2019Avenue de Tivoli\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c0 cette po\u00e9sie mobile des hommes-sandwichs s\u2019ajoute une po\u00e9sie fixe, omnipr\u00e9sente pour mieux s\u2019offrir. Elle est en hauteur, suspendue \u00e0 une multitude de cand\u00e9labres. Elle invite le badaud \u00e0 lever bri\u00e8vement les yeux<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>au-del\u00e0 du monde. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>oui. mais vers le haut. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 l\u2019inaccessible <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>n\u2019est pas l\u2019affaire <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>des architectes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(Andr\u00e9 Velter)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, elle est au sol, en lettres de sable que l\u2019artiste fran\u00e7ais Patrick Chauvin applique avec minutie sur le goudron d\u2019avril inhabituellement chaud, transformant le moindre trottoir en page blanche \u2013 pour un temps. Elle est enfin au niveau du regard, sous forme d\u2019affiches placard\u00e9es, et permet \u00e0 la valeur symbolique du mot po\u00e9tique de se substituer \u00e0 celle, mercantile, du mot publicitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019une des originalit\u00e9s de <em>La po\u00e9sie, \u00e7a court les rues<\/em> consiste \u00e0 \u00eatre visitable en permanence, et partout. Seule la conf\u00e9rence du po\u00e8te et \u00e9diteur parisien Bruno Doucey n\u2019a eu lieu en tout et pour tout qu\u2019une seule fois, au c\u0153ur de l\u2019espace Jean-Tinguely\u2013Niki-de-Saint-Phalle. Consacr\u00e9e \u00e0 <em>L\u2019ardeur, ABC po\u00e9tique du vivre plus<\/em>, sa derni\u00e8re anthologie parue en f\u00e9vrier, elle lui a notamment permis de partager sa vision de la po\u00e9sie avec un public fourni. Bruno Doucey commence par mentionner l\u2019accessibilit\u00e9 d\u2019une po\u00e9sie qu\u2019il souhaite adresser aux plus jeunes comme aux plus \u00e2g\u00e9s. Il met ensuite l\u2019accent sur la diversit\u00e9\u00a0; les po\u00e8tes qu\u2019il \u00e9dite \u2013 en version bilingue, voire trilingue dans la mesure du possible \u2013 viennent des quatre coins du monde. Poursuivant et terminant son intervention par la lecture de quelques morceaux choisis, Bruno Doucey confirme ce qu\u2019il recherche en tant qu\u2019\u00e9diteur, cr\u00e9ateur et consommateur\u00a0: une po\u00e9sie du contenu, une po\u00e9sie \u00e0 message dont le fond \u2013 positif et \u00e9difiant \u2013 importe plus que la forme, une \u00ab\u00a0feel-good po\u00e9sie\u00a0\u00bb qui ne prend pas trop de risques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Accessibilit\u00e9, diversit\u00e9 et positivit\u00e9\u00a0: ce sont ces m\u00eames trois mots qui ont r\u00e9gi les choix d\u2019extraits propos\u00e9s, pendant quelques jours, aux Fribourgeois. Un seul exemple suffira \u00e0 illustrer cette triple contrainte, une phrase d\u2019Apollinaire \u2013 la seule \u2013 au milieu de la Rue de Romont\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>il est grand temps<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>de rallumer les \u00e9toiles.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la forme, bien heureusement, trouve aussi sa place dans les m\u00e9andres de la ville. Rue de Romont toujours, \u00e0 quelques pas d\u2019un distributeur automatique d\u2019argent se dresse une autre machine au nom intriguant \u2013 <em>Typomatic<\/em> \u2013 en capitales bleues et rouges. De l\u2019installation con\u00e7ue par l\u2019artiste-performeur Pierre Fourny ne sortent pas des billets de banque, mais des mots, des mi-mots pour \u00eatre pr\u00e9cis. Il suffit d\u2019en taper un sur l\u2019\u00e9cran de la machine, qui s\u2019empresse de proposer une foule de correspondances typographiques avec d\u2019autres mots. On d\u00e9couvre ainsi que les parties inf\u00e9rieures des lettres de <em>soleil <\/em>et d\u2019<em>\u00e9bloui<\/em> sont identiques, et les deux mots peuvent \u00eatre combin\u00e9s pour n\u2019en former plus qu\u2019un seul. De m\u00eame, <em>parfaite<\/em> se superposera \u00e0 <em>intimit\u00e9<\/em> pour cr\u00e9er un sens nouveau \u00e0 partir d\u2019associations purement formelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avec <em>La po\u00e9sie, \u00e7a court les rues<\/em>, la volont\u00e9 premi\u00e8re des <em>Semaines de la lecture<\/em> \u00e9tait d\u2019offrir le plus largement possible une po\u00e9sie de tous horizons \u00e0 un public de tous horizons. C\u2019est ce qu\u2019ont fait, jour apr\u00e8s jour, les hommes en bleu du collectif <em>EutectiC<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Bonjour Monsieur, puis-je vous offrir un po\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019accepte et l\u2019homme me tend une petite bo\u00eete remplie de billets. Au hasard, j\u2019en prends un\u00a0: \u00ab\u00a0Dumortier, <em>Le saule pleureur<\/em>\u00a0\u00bb. Je lui tends le morceau de papier, l\u2019homme bleu acquiesce et ouvre une ombrelle. \u00ab\u00a0C\u2019est pour nous isoler un instant du reste du monde\u00a0\u00bb dit-il, avant de commencer \u00e0 r\u00e9citer\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Le saule pleureur. C&rsquo;est parce que ses branches tombent au sol et semblent se lamenter qu&rsquo;on l&rsquo;a nomm\u00e9 ainsi. Si ses branches avaient pouss\u00e9 sur les c\u00f4t\u00e9s ou en hauteur, on ne l&rsquo;aurait pas pour autant appel\u00e9 \u00ab\u00a0saule rieur\u00a0\u00bb. Non. On lui aurait taill\u00e9 sa joie.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ombrelle se ferme, le monde refait surface et le po\u00e8te poursuit sa route, \u00e0 la recherche d\u2019un autre passant \u00e0 qui offrir ses mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Valentin Kolly<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La po\u00e9sie, \u00e7a court les rues.\u00a0\u00bb Allez dire \u00e7a \u00e0 un libraire et observez la surprise se dessiner sur son visage. Non, d\u00e9finitivement, la po\u00e9sie ne court pas les rues en ce d\u00e9but de si\u00e8cle. 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