{"id":1131,"date":"2022-05-09T06:00:00","date_gmt":"2022-05-09T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1131"},"modified":"2022-05-05T16:05:20","modified_gmt":"2022-05-05T14:05:20","slug":"envol-au-coeur-dune-vie-qui-soublie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2022\/05\/09\/envol-au-coeur-dune-vie-qui-soublie\/","title":{"rendered":"Envol au coeur d&rsquo;une vie qui s&rsquo;oublie"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p>\u00ab\u00a0Josiane habite une vie trop petite. Quand elle se retourne, elle se cogne.<\/p><p>La t\u00eate, les coudes, les tibias. La m\u00e9moire. \u00bb\u00a0\u00a0<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">C\u2019est l\u2019intrigante travers\u00e9e d\u2019une m\u00e9moire que nous offre\u00a0<em>Mouches<\/em>, le nouveau roman de M\u00e9lanie Richoz, dans lequel se d\u00e9voile le portrait touchant de Mme Josiane Dumas. Page apr\u00e8s page, d\u2019un coup d\u2019aile fluide, le r\u00e9cit oscille entre diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s pour r\u00e9v\u00e9ler un portrait complexe. Contrast\u00e9, ce dernier pr\u00e9sente \u00e0 la fois Josiane enfant qui souffre de l\u2019absence de sa m\u00e8re et Josiane grand-m\u00e8re dont la m\u00e9moire se d\u00e9grade.\u00a0\u00ab\u00a0Son esprit, de plus en plus, a l\u2019art de l\u2019absence.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">La lecture de\u00a0<em>Mouches<\/em>\u00a0prend de la hauteur gr\u00e2ce aux th\u00e8mes forts que ce livre aborde\u00a0: il nous parle de la maladie d\u2019Alzheimer, nous d\u00e9peint l\u2019incompr\u00e9hension et la d\u00e9tresse d\u2019une personne \u00e2g\u00e9e qui se trouve dans un home. Il traite de la difficult\u00e9 pour ses proches de la voir ainsi vieillir, nous parle de l\u2019impuissance, du d\u00e9ni, des relations familiales et amoureuses, ainsi que des deuils qui constellent l\u2019histoire d\u2019une famille.\u00a0\u00ab\u00a0Les visites de ses petits-enfants s\u2019espacent\u00a0; ils refusent d\u2019assister \u00e0 la d\u00e9cr\u00e9pitude de leur grand-maman [\u2026] la maladie ronge leurs souvenirs.\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Des visages apparaissent, des noms intriguent, des phrases questionnent et au fil des mots cro\u00eet l\u2019irr\u00e9sistible envie d\u2019en d\u00e9couvrir encore plus sur Josiane, gr\u00e2ce aux souvenirs que cette m\u00e9moire parcellaire\u00a0nous r\u00e9v\u00e8le\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p>\u00ab\u00a0Ces br\u00e8ves secondes sentent le sous-bois d\u2019un apr\u00e8s-midi lointain, oubli\u00e9, et durent tout un \u00e9t\u00e9, interrompu par l\u2019infirmi\u00e8re qui invite la patiente \u00e0 se mettre en action.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans un r\u00e9cit kal\u00e9idoscopique \u00e0 la temporalit\u00e9 fluctuante, les fragments pass\u00e9s et pr\u00e9sents de la vie de Josiane s\u2019entrecroisent de mani\u00e8re subtile et mettent en lumi\u00e8re des sujets r\u00e9currents, comme la perte, l\u2019enfermement, le cri, la relation m\u00e8re-fille, l\u2019\u00e9treinte. Ces sujets, qui traversent les diverses facettes de la vie de Mme Dumas, forment un jeu d&rsquo;\u00e9cho entre les pages car bien souvent le passage de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre rime avec un changement d\u2019\u00e9poque et les reprises th\u00e9matiques assurent habilement la transition. Toute la structure du roman a \u00e9t\u00e9 finement pens\u00e9e et\u00a0la lecture s\u2019en d\u00e9lecte.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le jeu des points de vue conf\u00e8re au r\u00e9cit un caract\u00e8re \u00e9nigmatique et rend sa d\u00e9couverte palpitante. Par exemple, la\u00a0voix\u00a0de Mme Dumas enfant s\u2019exprimera directement en \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, puis, \u00e0 la page suivante, le texte fera entendre une\u00a0voix\u00a0neutre qui d\u00e9crit \u00e0 la troisi\u00e8me personne Mme Dumas \u00e2g\u00e9e. Le texte se livre dans un style tr\u00e8s agr\u00e9able et fluide, formant un harmonieux \u00e9quilibre avec les sujets sensibles qui y sont trait\u00e9s. Tels des battements d\u2019ailes, les phrases pulsent alors le texte tout en d\u00e9licatesse\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p>\u00a0\u00ab\u00a0Certains dimanches, une poign\u00e9e d\u2019enfants rendent visite \u00e0 Mme Dumas. M\u00eame si elle ignore pourquoi ils l\u2019appellent grand-maman, leur pr\u00e9sence la ravit [\u2026] Elle touche, tapote leurs \u00e9paules \u00e0 la peau lisse. Elle plonge ses yeux dans les leurs mais ne les entend pas et reste muette. Son esprit a des mani\u00e8res \u00e9tranges de m\u00e9langer les temps, les lieux, les gens, les \u00e9motions, les mots et le silence entre les mots.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Court roman d\u2019une huitantaine de pages, l\u2019ouvrage fait partie de ces livres qui volent droit au c\u0153ur. Tout en se lisant facilement, il touche, \u00e9branle, questionne notre propre rapport \u00e0 la vieillesse et aux souvenirs.\u00a0<em>Mouches<\/em>\u00a0est le r\u00e9cit subtilement \u00e9labor\u00e9 d\u2019une vie pr\u00e9sent\u00e9e par fragments, racont\u00e9e dans\u00a0une \u00e9criture po\u00e9tique qui ne manque pas d\u2019\u00e9clats.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u00a0M\u00e9lanie Richoz,\u00a0<em>Mouches<\/em>, Ed. Slatkine, 2022, 84 pages, 19 francs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Josiane habite une vie trop petite. Quand elle se retourne, elle se cogne. La t\u00eate, les coudes, les tibias. 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