{"id":1139,"date":"2022-05-16T06:00:00","date_gmt":"2022-05-16T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1139"},"modified":"2022-05-14T11:47:04","modified_gmt":"2022-05-14T09:47:04","slug":"un-heritage-a-vendre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2022\/05\/16\/un-heritage-a-vendre\/","title":{"rendered":"Un h\u00e9ritage \u00e0 vendre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019\u00e9criture de Valentin Decoppet est une tentative audacieuse. L\u2019auteur-traducteur ose ne pas traduire dans son premier roman. Il laisse ses lecteurs.rices face \u00e0 des dialogues en suisse-allemand et pr\u00e9sente de cette mani\u00e8re une exp\u00e9rience qui s\u2019inscrit dans un patrimoine culturel suisse. Et en m\u00eame temps, sa plume essaie de s\u2019en distinguer. Afin de comprendre ce jeu entre une m\u00e9moire culturelle et une rupture avec les attentes poussi\u00e9reuses, il faut entrer dans les pages du roman et se laisser absorber par les mots qui dessinent peu \u00e0 peu un village lointain, un village oubli\u00e9 dans les montagnes suisses qui soudain pousse un cri lorsque deux personnes sont trouv\u00e9es fusill\u00e9es dans une ferme. Un cri qui r\u00e9sonne en \u00e9cho dans la solitude et qui est englouti par la grande paroi rocheuse. Decoppet s\u2019aventure \u00e0 l\u2019escalader, \u00e0 pieds nus. Mais la montagne pieds nus, c\u2019est risqu\u00e9. L\u2019auteur se trouve donc face \u00e0 cette masse de pierre rigide, codes implicites du polar, et s\u2019essaye \u00e0 la sculpter, jeune Pygmalion inexp\u00e9riment\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019identit\u00e9 du coupable est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au milieu du r\u00e9cit intitul\u00e9&nbsp;<em>Les D\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s<\/em>. Et apr\u00e8s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Apr\u00e8s, les lecteurs.rices s\u2019\u00e9cartent du sentier de randonn\u00e9e p\u00e9destre en suivant quelques papillons p\u00e9niblement gard\u00e9s en vie. Des papillons qui virevoltent hors du livre en direction de la ville, face \u00e0 un \u00e9norme bloc de b\u00e9ton. Ce bloc, c\u2019est une institution, gardienne du style. Elle le forme, mod\u00e8le, taille, polit et l\u2019expose en vitrine. Inatteignable et intouchable. Le roman de Valentin Decoppet<em>&nbsp;<\/em>appara\u00eet parfois comme une succession de contraintes stylistiques, une application parfaite de crit\u00e8res canoniques. La lecture s\u2019en trouve distanci\u00e9e. L\u2019institution s\u2019infiltre et impose sa pr\u00e9sence au fil des pages. O\u00f9 est notre auteur ? Son cri \u00e0 lui&nbsp;? Ses mots qui r\u00e9sonnent dans l\u2019\u00e9cho des monuments&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce roman est un d\u00e9but. Une exp\u00e9rience intime au c\u0153ur de la Suisse, ancr\u00e9e dans le plurilinguisme et parsem\u00e9e d\u2019helv\u00e9tismes. Une cr\u00e9ation qui tente de se d\u00e9partir du joug de la tradition polaresque et s\u2019essaie \u00e0 d\u00e9sacraliser l\u2019intrigue. Une cr\u00e9ation qui, pour l\u2019instant, reste un cri dont l\u2019\u00e9cho est englouti par la pr\u00e9sence gigantesque de la roche m\u00e8re.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Valentin Decoppet, <em>Les D\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s<\/em>, Sainte-Croix, Bernard Campiche, 2021, 176 pages, 28 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9criture de Valentin Decoppet est une tentative audacieuse. L\u2019auteur-traducteur ose ne pas traduire dans son premier roman. 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