{"id":1144,"date":"2022-05-23T11:33:32","date_gmt":"2022-05-23T09:33:32","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1144"},"modified":"2022-05-23T11:33:33","modified_gmt":"2022-05-23T09:33:33","slug":"malencontre-frictions-dun-imaginaire-du-reel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2022\/05\/23\/malencontre-frictions-dun-imaginaire-du-reel\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Malencontre\u00a0\u00bb, frictions d&rsquo;un imaginaire du r\u00e9el"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans son dernier livre paru aux \u00e9ditions Zo\u00e9, J\u00e9r\u00f4me Meizoz met en sc\u00e8ne un \u00e9crivain confront\u00e9 au syndrome de la page blanche. La qu\u00eate d\u2019un sujet litt\u00e9raire, ce sera celui d\u2019une femme r\u00e9cemment port\u00e9e disparue, Rosalba, qui est aussi son amour d\u2019enfance. Voici le point de d\u00e9part de ce r\u00e9cit. De retour dans son village natal, le narrateur que l\u2019on surnomme ici&nbsp;<em>le Chinois&nbsp;<\/em>cherche \u00e0 comprendre la myst\u00e9rieuse disparition. \u00c0 travers l\u2019accumulation des t\u00e9moignages r\u00e9colt\u00e9s&nbsp;parmi les villageois, un univers se d\u00e9voile par bribes. Une casse automobile, un stand de tir, un bar&nbsp;; cette nappe fragment\u00e9e plante le d\u00e9cor d\u2019une r\u00e9gion dite \u00ab&nbsp;aux coutumes archa\u00efques&nbsp;\u00bb. Une femme disparue, un clan, une enqu\u00eate&nbsp;: tous les \u00e9l\u00e9ments semblent r\u00e9unis pour \u00e9laborer un bon polar.&nbsp;<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab\u00a0Raconter, apr\u00e8s coup, l\u2019histoire de celle qui ne m\u2019a pas aim\u00e9, cela pourrait passer pour une compensation. Ou peut-\u00eatre m\u00eame une vengeance.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Simultan\u00e9ment \u00e0 l\u2019enqu\u00eate qui constitue le c\u0153ur du r\u00e9cit mis en ab\u00eeme, le narrateur se berce du souvenir d\u2019une relation imagin\u00e9e avec la disparue.&nbsp;D\u2019une part l\u2019enqu\u00eate, d\u2019autre part la relation fabul\u00e9e, avec pour seule jonction&nbsp;: Rosalba. Si au d\u00e9part on distingue ais\u00e9ment le&nbsp;<em>dehors<\/em>&nbsp;du&nbsp;<em>dedans,<\/em>&nbsp;l\u2019avancement de l\u2019histoire poste le lecteur en zone grise&nbsp;; les rep\u00e8res sont brouill\u00e9s. L\u2019h\u00e9sitation qui se saisit du lecteur n\u2019est autre que le reflet fid\u00e8le de celle du narrateur. En effet, la posture du chinois oscille. Si au d\u00e9part, elle est manifestement celle du narrateur, la progression&nbsp;de l\u2019intrigue renforce l\u2019ind\u00e9cision r\u00e9f\u00e9rentielle&nbsp;au point de l\u2019imposer pleinement dans le r\u00e9cit en un jeu de miroitement habilement men\u00e9. Les frictions du rapport entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction se mat\u00e9rialisent jusque dans la structure de l\u2019ouvrage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab\u00a0Elle et moi n\u2019avions jamais but\u00e9 contre les \u00e9troites parois du r\u00e9el. Dans mon c\u0153ur et mon esprit, l\u2019espace des possibles restait grand ouvert.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u00e9guer sa plume au narrateur, tel semble le parti pris. Un narrateur qu\u2019on d\u00e9couvre moins soucieux que l\u2019auteur d\u2019exploiter le potentiel de diversit\u00e9 des voix qu\u2019offrent les nombreux t\u00e9moignages \u00ab\u00a0rapport\u00e9s\u00a0\u00bb, mim\u00e9s, dans le livre. Si l\u2019auteur fait mine de laisser carte blanche \u00e0 son avatar, quelques clins d\u2019\u0153il laissent transpara\u00eetre l\u2019envers du masque\u00a0; les connaisseurs souriront. Le sp\u00e9cialiste en litt\u00e9rature romande n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9voquer Ramuz et Lovay parmi les r\u00e9f\u00e9rences de son homme de papier. Autre point de rencontre\u00a0: les pr\u00e9occupations de l\u2019auteur imagin\u00e9 sont probablement celles de tout \u00e9crivain. Par o\u00f9 commencer une fois impr\u00e9gn\u00e9 du sentiment d\u2019avoir\u00a0<em>tout<\/em>\u00a0\u00e9crit\u00a0? \u00c9paissir le souvenir, affiner le phras\u00e9\u00a0; la r\u00e9currence des motifs appara\u00eet comme un mim\u00e9tisme des proc\u00e9d\u00e9s de cr\u00e9ation litt\u00e9raire. Soudain le roman prend des allures de carnet de notes.Friction du r\u00e9el, mise en abyme et jeux d\u2019\u00e9cho\u00a0: la richesse du dernier livre de J\u00e9r\u00f4me Meizoz est \u00e0 chercher dans l\u2019articulation entre forme et contenu. Le roman laisse poindre le registre du\u00a0r\u00e9cit\u00a0d\u2019enqu\u00eate comme en un clair-obscur\u00a0: expression d\u2019un refus des codes ou d\u00e9tournement d\u2019un creuset actuellement pris\u00e9\u00a0? Enqu\u00eate (ir)r\u00e9solue et question en suspens, le roman se termine sur les r\u00e9flexions du lecteur.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">J\u00e9r\u00f4me Meizoz,\u00a0<em>Malencontre<\/em>, Ch\u00eane-Bourg, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2022, 160 p., 24 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son dernier livre paru aux \u00e9ditions Zo\u00e9, J\u00e9r\u00f4me Meizoz met en sc\u00e8ne un \u00e9crivain confront\u00e9 au syndrome de la page blanche. La qu\u00eate d\u2019un sujet litt\u00e9raire, ce sera celui d\u2019une femme r\u00e9cemment port\u00e9e disparue, Rosalba, qui est aussi son amour d\u2019enfance. Voici le point de d\u00e9part de ce r\u00e9cit. 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