{"id":1192,"date":"2022-10-17T06:00:00","date_gmt":"2022-10-17T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1192"},"modified":"2022-10-17T00:09:51","modified_gmt":"2022-10-16T22:09:51","slug":"a-la-recherche-dalexandre-hmine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2022\/10\/17\/a-la-recherche-dalexandre-hmine\/","title":{"rendered":"\u00c0 la recherche d&rsquo;Alexandre Hmine"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Les \u00e9ditions Zo\u00e9 nous pr\u00e9sentent&nbsp;<em>Grains noirs<\/em>&nbsp;de l\u2019auteur tessinois Alexandre Hmine. Un saupoudrage de souvenirs \u00e0 d\u00e9guster pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Grains noirs<\/em>,&nbsp;<em>Milchstrasse<\/em>,&nbsp;<em>La chiave nel latte<\/em>, autant de titres diff\u00e9rents au gr\u00e9 des traductions, se r\u00e9pondant, refl\u00e9tant chacun une autre facette du roman&nbsp;; autant de langues parsemant les pages, en y ajoutant le dialecte tessinois, l\u2019arabe ou le latin. Quelque chose qui n\u2019est pas fixe, qui peut varier, comme un souvenir, comme une interpr\u00e9tation, comme les fragments que nous propose Alexandre Hmine sur son parcours, des \u00e9clats non dat\u00e9s, non situ\u00e9s, que le lecteur, activement, doit replacer dans le puzzle pour faire avancer la biographie du personnage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce personnage est un jeune gar\u00e7on qui devient homme au fil des pages, un gar\u00e7on qui a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 sa naissance \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019Elvezia&nbsp;\u00bb, une vieille dame habitant un village tessinois, car sa m\u00e8re marocaine tr\u00e8s jeune ne pouvait pas s\u2019en occuper. Il grandit donc comme un enfant du coin, avec le dialecte, le carnaval, les parties de hockey. Lorsque sa m\u00e8re r\u00e9appara\u00eet, son univers doit alors composer avec des voyages au Maroc dans une famille qui parle une langue inconnue, avec des interdictions religieuses et une nourriture diff\u00e9rente. Alors qu\u2019il doit quitter l\u2019Elvezia, c\u2019est pour lui une deuxi\u00e8me immigration qui commence, vers la plaine et l\u2019\u00e2ge adulte, un long chemin pour trouver sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, entre deux identit\u00e9s qui chacune veut se l\u2019approprier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Cette qu\u00eate de soi et cette ind\u00e9cision le poursuivent durant sa jeunesse et ses \u00e9tudes, entra\u00eenant les lecteurs et lectrices dans ses tentatives et ses \u00e9checs. On est emport\u00e9 dans sa vie, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, parfois en voulant une pause, la respiration d\u2019une fin de chapitre qu\u2019on attend en vain. Cette recherche d\u2019identit\u00e9, c\u2019est un marathon, et on reste parfois un peu sur sa faim&nbsp;: il n\u2019est pas toujours ais\u00e9 de s\u2019attacher au personnage qui, de mani\u00e8re pudique, d\u00e9voile peu ses \u00e9motions, reste tr\u00e8s descriptif. Les envol\u00e9es en italien, les mots arabes parsem\u00e9s rendent le texte plus vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Il reste cependant touchant, cet enfant qui grandit berc\u00e9 par les accents du dialecte mais qui se trouve toujours confront\u00e9 \u00e0 ses origines. L\u2019adolescence ingrate fait remonter des sourires, tout comme la fuite dans la litt\u00e9rature italienne semble famili\u00e8re. Les remarques racistes sont distill\u00e9es au fil des pages, d\u2019autant plus violentes qu\u2019inattendues, rappel incessant que ce petit gar\u00e7on n\u2019est pas comme les autres. Les injonctions religieuses de la m\u00e8re, ses tentatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es de nouer un lien avec ce fils qu\u2019elle ne conna\u00eet que peu, sa maladresse \u00e9touffante illustrent \u00e9galement la difficult\u00e9 d\u2019une femme \u00e0 faire face \u00e0 une situation relationnelle compliqu\u00e9e avec son enfant. C\u2019est elle qui am\u00e8ne la distorsion du r\u00e9cit, cette envie d\u2019initier un jeune suisse \u00e0 ses origines marocaines, ce besoin de se le r\u00e9approprier apr\u00e8s une enfance loin d\u2019elle. Peut-\u00eatre est-ce elle, finalement, le personnage principal, en filigrane.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019auteur Alexandre Hmine ne cache pas sa ressemblance avec le protagoniste du livre. Dans ce premier roman, qui a re\u00e7u en 2019 le Prix suisse de litt\u00e9rature et le prix Studer\/Ganz, le Tessinois semble achever sa qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 en interrogeant par l\u2019\u00e9criture sa diff\u00e9rence, ses identit\u00e9s et leurs interactions, les rapports avec sa m\u00e8re et les valeurs assimil\u00e9es durant son enfance. La traductrice Lucie Tardin nous facilite le plongeon dans ce m\u00e9lange de cultures en laissant l\u2019auteur s\u2019exprimer dans les diff\u00e9rentes langues qui ont influenc\u00e9 son parcours. Car c\u2019est finalement \u00e0 travers cette diversit\u00e9 et cette complexit\u00e9 qu\u2019Alexandre Hmine nous partage le mieux ses doutes, ses espoirs, ses tentatives et le chemin qu\u2019il finit par choisir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Alexandre Hmine,&nbsp;<em>Grains noirs<\/em>, trad. Lucie Tardin, Ch\u00eane-Bourg, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2022, 288 p., 30 CHF<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9ditions Zo\u00e9 nous pr\u00e9sentent&nbsp;Grains noirs&nbsp;de l\u2019auteur tessinois Alexandre Hmine. Un saupoudrage de souvenirs \u00e0 d\u00e9guster pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais. Grains noirs,&nbsp;Milchstrasse,&nbsp;La chiave nel latte, autant de titres diff\u00e9rents au gr\u00e9 des traductions, se r\u00e9pondant, refl\u00e9tant chacun une autre facette du roman&nbsp;; autant de langues parsemant les pages, en y ajoutant le dialecte [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":82,"featured_media":1193,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1192"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/82"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1192"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1192\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1194,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1192\/revisions\/1194"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1193"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1192"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1192"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1192"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}