{"id":1202,"date":"2022-11-28T16:05:24","date_gmt":"2022-11-28T15:05:24","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1202"},"modified":"2022-11-28T16:05:25","modified_gmt":"2022-11-28T15:05:25","slug":"voix-dentrelacs-sur-fond-museal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2022\/11\/28\/voix-dentrelacs-sur-fond-museal\/","title":{"rendered":"Voix d&rsquo;entrelacs sur fond mus\u00e9al"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>\u00c9crire sur la peinture, \u00e9crire la peinture, \u00e9crire avec de la peinture&nbsp;: les chemins d\u2019entrem\u00ealement de ces deux formes d\u2019art n\u2019ont cess\u00e9 de se cr\u00e9er et de se red\u00e9couvrir au fil des \u00e9poques. Aujourd\u2019hui, avec \u00ab Jeune femme dans un int\u00e9rieur Lausannois \u00bb, St\u00e9phanie Lugon nous propose de d\u00e9ambuler avec elle le long d\u2019une nouvelle voie qu\u2019elle explore avec ses mots, celle d\u2019un tissage complexe alliant sociologie, histoire de l\u2019art, exp\u00e9rience sensorielle et actualit\u00e9 pand\u00e9mique.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans une prose accessible, humoristique et parfois famili\u00e8re, St\u00e9phanie Lugon d\u00e9crit dans son dernier livre une r\u00e9alit\u00e9 bien trop souvent laiss\u00e9e aux mains de l\u2019\u00e9lite sociale des connaisseurs, celle de la peinture classique mus\u00e9ale et de ses sujets remontant \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9, la rendant non seulement vivante mais rappelant \u00e9galement la dimension personnelle et subjective de la r\u00e9ception de cette derni\u00e8re. Les images tr\u00e8s charnelles et sensuelles entourant le corps de la jeune femme contribuent \u00e0 cr\u00e9er un \u00e9merveillement qui semble \u00e9maner, myst\u00e9rieusement, des traces de pinceau laiss\u00e9es par Charles Gleyre sur la toile. Cette proximit\u00e9 avec le lecteur, d\u00e9velopp\u00e9e dans une po\u00e9sie tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante et ac\u00e9r\u00e9e, enveloppant toute l\u2019\u0153uvre, n\u2019emp\u00eache pas la conservatrice de mus\u00e9e d\u2019apporter aussi un regard critique \u00e0 une histoire trop peu consciente des r\u00e9alit\u00e9s de genre, faisant ainsi se d\u00e9ployer dans ses mots la pertinence du regard f\u00e9ministe. Sa casquette d\u2019historienne de l\u2019art ne la quitte pas pour autant et, tentant de d\u00e9chiffrer l\u2019effet envo\u00fbtant du tableau, elle fait r\u00e9guli\u00e8rement appel \u00e0 ses connaissances historiques et techniques dans son r\u00e9cit, ce dernier \u00e9tant ponctu\u00e9 par une bibliographie finale, les liant judicieusement \u00e0 un discours plus prosa\u00efque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans un tissage raffin\u00e9 des diff\u00e9rentes perspectives, St\u00e9phanie Lugon utilise la condition confin\u00e9e de la jeune fille peinte dans un int\u00e9rieur pomp\u00e9ien pour digresser sur l\u2019exp\u00e9rience inou\u00efe de la pand\u00e9mie et du rapport soudain digital \u00e0 l\u2019interrelationnel. En d\u00e9coule une r\u00e9flexion sur la th\u00e9matique du corps f\u00e9minin fragment\u00e9 et de son existence \u00e9minemment conditionn\u00e9e par le regard de l\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Comme cons\u00e9quence du confinement, l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019a l\u2019autrice de son corps s\u2019\u00e9largit et s\u2019approfondit, se faisant plus personnelle, plus sensible et s\u2019\u00e9mancipant peu \u00e0 peu des attentes et normes impos\u00e9es par l\u2019ext\u00e9rieur. Puis, le d\u00e9confinement arrive et les stimuli, les \u00e9motions et les sensations la submergent, elle qui, confront\u00e9e comme tout citoyen \u00e0 ce contraste fort d\u2019une vie tranquille et isol\u00e9e soudain rendue \u00e0 sa libert\u00e9 communautaire, voit ses exp\u00e9riences exacerb\u00e9es. Autant de facteurs qui l\u2019am\u00e8nent \u00e0 s\u2019interroger sur la nature de ces exc\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au final, peut-\u00eatre que la culture se r\u00e9sume simplement \u00e0&nbsp;\u00e7a. Une recherche suppliante d\u2019\u00e9motions collectives pour nous aider \u00e0 surmonter l\u2019insupportable profondeur de notre pr\u00e9sence au monde.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019essence de l\u2019art est red\u00e9couverte, chapitre apr\u00e8s chapitre, d\u00e9voil\u00e9e et interrog\u00e9e, autant qu\u2019elle est pouss\u00e9e dans ses retranchements. La peinture devient jeune fille, laquelle devient amie, mentor, muse, alter ego et finit m\u00eame par \u00eatre renomm\u00e9e par l\u2019autrice qui voit en elle une \u00ab&nbsp;Fred&nbsp;\u00bb plut\u00f4t qu\u2019une \u00ab&nbsp;Sapho&nbsp;\u00bb ou tout autre nom qui aurait pu lui avoir \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9. Avec une honn\u00eatet\u00e9 sans failles, le regard de St\u00e9phanie Lugon nous donne son avis sur les chevilles de \u00ab&nbsp;Fred&nbsp;\u00bb (trop grosses) et la vision machiste de Gleyre, dont l\u2019aversion pour l\u2019\u00e9rotisme serait sublim\u00e9e par le recourt \u00e0 la peinture. Elle nous pr\u00e9sente sa biographie et la r\u00e9ception de son \u0153uvre avec une touche humoristique, d\u00e9crivant la gen\u00e8se de la si acclam\u00e9e \u00ab&nbsp;Jeune fille dans un int\u00e9rieur Pomp\u00e9ien&nbsp;\u00bb avant de revenir sur la question du d\u00e9sir r\u00e9prim\u00e9 et de partager les impressions que sa m\u00e9moire conserve de l\u2019\u0153uvre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Sa prose, construite selon un certain flux de r\u00e9flexions, entrem\u00eale les points de vue et nous interpelle sur des questionnements sociologiques, historiques et picturaux. Elle interroge par-l\u00e0 la porosit\u00e9 de la pens\u00e9e, sans cesse travers\u00e9e par de nouvelles perspectives, et les limites de ces disciplines distinctes dont le visage se retrouve plus unifi\u00e9 dans le texte de l\u2019autrice.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Face \u00e0 la \u00ab&nbsp;jeune fille&nbsp;\u00bb, les mots de St\u00e9phanie Lugon rev\u00eatent le manteau bien connu de l\u2019ekphrasis, cette relation complexe entre la peinture et l\u2019\u00e9criture. A la suite des grands \u00e9crivains ayant pr\u00eat\u00e9 leur voix \u00e0 la transcription d\u2019une \u0153uvre d\u2019art, l\u2019autrice s\u2019inscrit autant dans cette pratique qu\u2019elle la remanie, m\u00ealant ses observations \u00e0 des souvenirs personnels ou \u00e0 des anecdotes historiques invent\u00e9es, mais n\u2019\u00e9chappant pas \u00e0 la description myst\u00e9rieuse d\u2019une \u00ab&nbsp;Fred&nbsp;\u00bb qui semble prendre vie, finalement, pour lui r\u00e9v\u00e9ler son visage dissimul\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Au long de son entreprise originale et \u00e9minemment subjective, St\u00e9phanie Lugon nous donne \u00e0 voir et \u00e0 vivre une image riche de la peinture de mus\u00e9e, irrigu\u00e9e par de nombreux domaines. En conservant une tension constante entre les diff\u00e9rents p\u00f4les abord\u00e9s, elle ne tombe pas dans l\u2019exc\u00e8s d\u2019un d\u00e9versement de son int\u00e9rieur pas plus que dans la sur-intellectualisation d\u2019un sujet th\u00e9orique ni dans la r\u00e9daction d\u2019un manifeste militant. Elle suit avec aisance et exigence la fine ar\u00eate artistique qui relie chacune des perspectives, produisant en cons\u00e9quence un texte qui transforme l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une \u0153uvre picturale classique en une r\u00e9alisation cubiste ou un collage de trempe avant-gardiste.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">St\u00e9phanie Lugon,&nbsp;<em>Jeune femme dans un int\u00e9rieur lausannois<\/em>, Lausanne, art&amp;fiction, 2022, 76 pages, 14,90 CHF<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cr\u00e9dits de l&rsquo;image : Picasso,&nbsp;<em>Femme nue couch\u00e9e<\/em>, 1936 (\u00a9 Philippe Migeat &#8211; Centre Pompidou)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crire sur la peinture, \u00e9crire la peinture, \u00e9crire avec de la peinture&nbsp;: les chemins d\u2019entrem\u00ealement de ces deux formes d\u2019art n\u2019ont cess\u00e9 de se cr\u00e9er et de se red\u00e9couvrir au fil des \u00e9poques. Aujourd\u2019hui, avec \u00ab Jeune femme dans un int\u00e9rieur Lausannois \u00bb, St\u00e9phanie Lugon nous propose de d\u00e9ambuler avec elle le long d\u2019une nouvelle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":84,"featured_media":1203,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1202"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/84"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1202"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1202\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1208,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1202\/revisions\/1208"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1203"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}