{"id":1239,"date":"2023-05-08T12:05:10","date_gmt":"2023-05-08T10:05:10","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1239"},"modified":"2023-05-08T12:05:10","modified_gmt":"2023-05-08T10:05:10","slug":"voyage-en-terrain-connu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/05\/08\/voyage-en-terrain-connu\/","title":{"rendered":"<strong>Voyage en terrain connu<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce n\u2019est pas au bout du monde que Pierre Vo\u00e9lin nous invite \u00e0 voyager. C\u2019est dans notre jardin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>L\u00e0<\/em>, ou plut\u00f4t\u00a0<em>ici\u00a0<\/em>que s\u2019observent passer les\u00a0<em>Quatre saisons, plusieurs lunes<\/em>\u00a0qui donnent le titre \u00e0 son recueil.\u00a0<em>L\u00e0\u00a0<\/em>ou\u00a0<em>ici<\/em>, car aller dans son jardin, c\u2019est sortir de chez soi et y rester aussi. Et le po\u00e8te frontalier le sait bien, il s\u2019installe dans cet espace, tant\u00f4t alter, tant\u00f4t ego, tant\u00f4t monde dont on ne sait rien, tant\u00f4t nid du c\u0153ur, lieu le plus intime. \u00c0 la jonction des deux royaumes, il sera le passeur\u00a0:\u00a0<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab <em>Ici repose qui c\u00e9l\u00e9bra la lumi\u00e8re des vergers,\u00a0<\/em><\/p><p><em>le vol des passereaux, les pluies incertaines,\u00a0<\/em><\/p><p><em>en vain \u2013 le c\u0153ur de l\u2019homme.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00c0 travers son onzi\u00e8me recueil de po\u00e9sie, Pierre Vo\u00e9lin convie ses lecteurs et ses lectrices \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience de partir \u00e0 la rencontre du familier, de ce qui se trame ici ouvertement sous nos yeux, dans ce jardin qui est le n\u00f4tre. Rencontrer le familier, voil\u00e0 qui tient du paradoxe. Et pourtant, voir\u00a0le visible est peut-\u00eatre ce qui demande le plus d\u2019attention. C\u2019est une entreprise qui n\u00e9cessite rigueur, m\u00e9thode et pr\u00e9caution. Comme l\u2019auteur l\u2019explique dans son\u00a0<em>Avant-dire\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Une fois notre regard lav\u00e9 \u2013 et c\u2019est l\u00e0 tout un travail, une discipline, le monde ne cessera de se constituer et de se dire ou de se murmurer dans une forme de langage imm\u00e9diat\u00a0; c\u2019est ainsi que le monde naturel trouvera sa r\u00e9sonance en nous \u2013 po\u00e9tique, si l\u2019on veut.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019\u0153il est l\u2019outil et devient la plume dans\u00a0<em>Quatre saisons, plusieurs lunes<\/em>. Si le recueil porte le sous-titre \u00ab\u00a0Les po\u00e8mes trop courts\u00a0\u00bb, si ceux-ci tiennent effectivement en quatre lignes, ce n\u2019est pas faute d\u2019inspiration. Les po\u00e8mes sont \u00e9crits dans la langue du regard. Courts, vifs, per\u00e7ants, ils miment et rendent compte de l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience visuelle. Le regard transperce et retranscrit simultan\u00e9ment\u00a0; il ne peut \u00eatre que le langage le plus juste. Pierre Vo\u00e9lin d\u00e9clare d\u2019ailleurs, au sujet de son recueil\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 vrai dire, n\u2019est sollicit\u00e9 que le g\u00e9nie propre \u00e0 notre langue, ni plus ni moins. La clart\u00e9, la transparence, la visibilit\u00e9, une \u00e9l\u00e9gance qui n\u2019est pas de surface.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le monde se dit \u00e0 qui sait l\u2019entendre, et le po\u00e8te n\u2019en est que l\u2019humble traducteur. Au fond, il ne fait que ramasser le petit caillou de l\u2019all\u00e9e sur lequel tout le monde marche d\u2019un pas press\u00e9. Ce caillou est celui de la citation qui ouvre son recueil&nbsp;:&nbsp;<em>Pour mesurer la profondeur du puits, c\u2019est un caillou qu\u2019il y faut jeter,&nbsp;<\/em>ou comment les petites choses rendent compte des grandes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les petites choses dont parle Vo\u00e9lin sont les \u00e9l\u00e9ments naturels, quelques objets, quelques humains, mais aussi et surtout les animaux qui peuplent notre jardin. En les per\u00e7ant dans leur plus claire v\u00e9rit\u00e9, en r\u00e9v\u00e9lant leur dignit\u00e9, tout l\u2019art de Pierre Vo\u00e9lin est de nous faire remarquer comment, sans m\u00eame en avoir la pr\u00e9tention, elles rendent compte des grandes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">C\u2019est par l\u2019usage presque exclusif de d\u00e9terminants d\u00e9finis pour introduire les objets de son regard que le po\u00e8te restitue toute l\u2019unicit\u00e9 de ses objets&nbsp;: on ne parle pas d\u2019une grenouille, d\u2019une poule, d\u2019une courge ou d\u2019une mouche, mais de la grenouille, de la poule, de la courge ou de la mouche, celle de notre jardin, celle qui nous fait face, qui, de tout son \u00eatre, nous renvoie \u00e0 nous-m\u00eame et au-del\u00e0.&nbsp;Par ce proc\u00e9d\u00e9, Pierre Vo\u00e9lin rend compte de ce que Walter Benjamin a appel\u00e9 l\u2019<em>aura<\/em>&nbsp;de l\u2019objet, soit de ce que l\u2019apparition unique,&nbsp;<em>le hic et nunc<\/em>&nbsp;d\u2019un objet, a de transcendant. Et la connotation divine associ\u00e9e au terme n\u2019est pas inappropri\u00e9e pour parler des \u00e9crits de l\u2019auteur qui a recours \u00e0 plusieurs reprises au vocabulaire religieux ou invoque des personnages divins.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Individuant dans un premier temps, g\u00e9n\u00e9ralisant dans un second, le d\u00e9terminant d\u00e9fini est id\u00e9al pour exprimer les modulations de distance qui fondent toute la dynamique du recueil. Si le po\u00e8te se place majoritairement dans la position de l\u2019observateur effac\u00e9, il joue aussi de cette distance en proposant quelques po\u00e8mes adress\u00e9s&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab <em>Tu tiens ta partie \u2013 gentille alouette,\u00a0<\/em><\/p><p><em>d\u00e9coupes d\u2019un chant \u2013 les trilles\u00a0<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0dans le bleu cruel, le cristal\u00a0<\/em><\/p><p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0c\u00e9leste.<\/em> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Avec\u00a0<em>Quatre saisons, plusieurs lunes<\/em>,\u00a0on fait une balade dans notre jardin. On le d\u00e9couvre et on le red\u00e9couvre. L\u2019approche est sensuelle, elle ne fait que d\u00e9voiler le visible. Avec lenteur et attention \u2013 le pas sur l\u2019herbe est \u00e9touff\u00e9 \u2013 c\u2019est en silence que l\u2019on ouvre ses paupi\u00e8res. Et le monde nous r\u00e9pond \u00e0 voix basse\u00a0; dans le balbutiement les grandes v\u00e9rit\u00e9s.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Pierre Vo\u00e9lin,\u00a0<em>Quatre saisons, plusieurs lunes. Les po\u00e8mes trop courts<\/em>, Chavannes-pr\u00e8s- Renens, Editions Empreintes, 2022, 103 pages, 21 CHF.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cr\u00e9dits de l&rsquo;image : estampe de Titus-Carmel sur <a href=\"https:\/\/www.lapionniere.com\/livres\/titus-carmel-par-evelyne-artaud-tirage-de-tete\">https:\/\/www.lapionniere.com\/livres\/titus-carmel-par-evelyne-artaud-tirage-de-tete<\/a>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce n\u2019est pas au bout du monde que Pierre Vo\u00e9lin nous invite \u00e0 voyager. C\u2019est dans notre jardin.&nbsp; L\u00e0, ou plut\u00f4t\u00a0ici\u00a0que s\u2019observent passer les\u00a0Quatre saisons, plusieurs lunes\u00a0qui donnent le titre \u00e0 son recueil.\u00a0L\u00e0\u00a0ou\u00a0ici, car aller dans son jardin, c\u2019est sortir de chez soi et y rester aussi. 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