{"id":1251,"date":"2023-05-15T12:33:06","date_gmt":"2023-05-15T10:33:06","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1251"},"modified":"2023-05-20T14:15:47","modified_gmt":"2023-05-20T12:15:47","slug":"enquete-au-coeur-du-monde-agricole-romand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/05\/15\/enquete-au-coeur-du-monde-agricole-romand\/","title":{"rendered":"<strong>Enqu\u00eate au c\u0153ur du monde agricole romand<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Avec <em>Faire paysan<\/em>, Blaise Hofmann nous invite \u00e0 la rencontre des r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes d\u2019un monde agricole contemporain en plein questionnement et sujet \u00e0 de profondes mutations. Un r\u00e9cit documentaire prenant la forme d\u2019un exercice de m\u00e9diation en faveur d\u2019une meilleure compr\u00e9hension mutuelle entre ville et campagne.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Au printemps 2021, \u00e0 la floraison du colza, des chars prenaient feu dans les campagnes&nbsp;: une large frange du monde agricole battait le pav\u00e9 en dressant \u00e0 tour de bras, aux abords de leurs cultures, aux alentours des \u00e9tables, des structures destin\u00e9es \u00e0 accueillir de grandes banni\u00e8res qui clamaient \u00ab&nbsp;2X NON aux initiatives phytos extr\u00eames&nbsp;\u00bb. Dans le m\u00eame temps, quelques-unes de ces constructions partaient en fum\u00e9e, provoquant l\u2019\u00e9moi des votant\u2027e\u00b7s suisses, peu habitu\u00e9\u2027e\u00b7s \u00e0 pareil embrasement du d\u00e9bat politique. Un nouveau chapitre de l\u2019opposition ville \u2013 campagne s\u2019ouvrait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Fils d\u2019agriculteur ayant gagn\u00e9 la ville avant de revenir vivre \u00e0 la campagne, Blaise Hofmann n\u2019est ni tout \u00e0 fait un urbain pour les un\u00b7e\u00b7s, ni tout \u00e0 fait un rural pour les autres. Mais la familiarit\u00e9 de l\u2019auteur avec ces deux milieux fait de lui un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019incompr\u00e9hension croissante entre leurs populations. Face \u00e0 une telle discorde, un v\u0153u \u2013 peut-\u00eatre pieux, celui de contribuer \u00e0 r\u00e9tablir le dialogue entre habitant\u2027e\u00b7s de territoires fondamentalement interd\u00e9pendants qui ne parlent pourtant pas la m\u00eame langue. Et en guise de fil rouge, l\u2019auteur s\u2019interroge sur ce que signifie \u00ab&nbsp;faire paysan&nbsp;\u00bb aujourd\u2019hui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Sa r\u00e9ponse m\u00eale la grande et les petites histoires. Adoptant une perspective historique pour retracer les nouvelles politiques agricoles d\u2019apr\u00e8s-guerre, le d\u00e9veloppement de l\u2019agro-industrie et de l\u2019agrochimie, il d\u00e9crit les circonstances ayant conduit \u00e0 une profonde transformation du paysage rural avec la disparition, rien que dans ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, de quatre exploitations par jour. Blaise Hofmann revient \u00e9galement sur sa propre histoire familiale en terre romande qui d\u00e9bute avec l\u2019installation, peu avant la moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle sur la C\u00f4te vaudoise, d\u2019un grand-p\u00e8re originaire de Suisse al\u00e9manique. Dans ce r\u00e9cit qui tient d\u2019une triple identit\u00e9 d\u2019\u00e9crivain, de journaliste et de fils d\u2019agriculteur, l\u2019auteur exprime une pr\u00e9occupation latente, voire une profonde inqui\u00e9tude&nbsp;: qu\u2019est-ce que sera faire paysan demain et m\u00eame, en verra-t-on encore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">De la remise \u00e0 fourches et boilles \u00e0 lait au parc de machines&nbsp;<em>high tech<\/em>, Blaise Hofmann nous fait la visite du monde agricole romand d\u2019aujourd\u2019hui. Vous qui y vivez peut-\u00eatre, \u00e7a se passe pr\u00e8s de chez vous. Les localit\u00e9s vous seront alors famili\u00e8res, l\u2019\u00e9tiquette d\u2019un flacon de chasselas d\u00e9bouch\u00e9 au d\u00e9tour d\u2019une conversation au carnotzet \u00e9galement et vous reconna\u00eetrez certainement quelques-un\u00b7e\u00b7s des interlocuteur\u00b7trice\u00b7s de l\u2019enqu\u00eateur ou, du moins, leurs noms. C\u2019est un pan de terroir entier qui d\u00e9file en deux-cents pages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Faire paysan<\/em>\u00a0est un r\u00e9cit documentaire qui frappe par son authenticit\u00e9. Celle d\u2019un m\u00e9tier mill\u00e9naire qui, en d\u00e9pit des a priori, \u00e9volue \u00e0 vive allure et constitue un v\u00e9ritable terrain d\u2019innovation. On y d\u00e9couvre la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une profession bien plus administrative qu\u2019on ne saurait l\u2019imaginer \u2013 les revenus de la terre en d\u00e9pendent aujourd\u2019hui \u2013 et o\u00f9 le ou la paysan\u00b7ne se mue toujours davantage en gestionnaire \u00e0 la t\u00eate d\u2019exploitations de taille croissante. L\u2019auteur raconte les dures r\u00e9alit\u00e9s du milieu agricole contemporain (les faillites, les suicides), mais aussi une profession de passionn\u00e9\u00b7e\u00b7s qui perp\u00e9tuent un savoir-faire et plus encore, l\u2019amour du m\u00e9tier. Un tableau polychrome qu\u2019il souhaite sans noirceur ni lyrisme, o\u00f9 les descriptions de villages presque d\u00e9saffect\u00e9s des suites de la disparition de la vie agricole et du b\u00e9tail, c\u00f4toient les visites d\u2019entreprises en mains d\u2019exploitant\u2027e\u2027s visionnaires qui marchent avec leur temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">La parution de\u00a0<em>Billet aller simple<\/em>\u00a0nous avait fait d\u00e9couvrir Blaise Hofmann \u00e9crivain voyageur de la premi\u00e8re heure. Peu apr\u00e8s, avec\u00a0<em>Estive<\/em>, nous nous \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9\u00b7e\u00b7s conduire par lui dans la ruralit\u00e9 et, plus r\u00e9cemment, il a particip\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brer lors de la derni\u00e8re F\u00eate des vignerons.\u00a0<em>Faire paysan<\/em>\u00a0tient un peu de tout cela, c\u2019est un voyage au coin du pr\u00e9, vous n\u2019y \u00eates encore jamais all\u00e9\u2027e, en voici l\u2019occasion\u00a0! Une valorisation toute en nuance du monde agricole qui, non d\u00e9nu\u00e9e d\u2019un regard critique sur quelques-uns de ses archa\u00efsmes, nous rappelle avec conviction et subtilit\u00e9 que l\u2019agriculture et l\u2019entretien de nos paysages ne s\u2019improvisent pas. Des propos dans lesquels se reconna\u00eetront certainement ces ni tout \u00e0 fait ruraux, ni tout \u00e0 fait urbains, ceux et celles qui de proche ou de loin ont aussi l\u2019impression d\u2019avoir pos\u00e9\u00b7e\u00b7s \u00ab les fesses entre une chaise et un botte-cul\u00a0\u00bb. Reste \u00e0 souhaiter que ces paroles ne trouvent pas seulement gr\u00e2ce aux oreilles des convaincu\u2027e\u2027s, au risque de demeurer lettre morte.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Blaise Hofmann,&nbsp;<em>Faire paysan<\/em>, Ch\u00eane-Bourg, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2023, 224 pages, 25 CHF.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cr\u00e9dits de l&rsquo;image : pixabay.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Faire paysan, Blaise Hofmann nous invite \u00e0 la rencontre des r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes d\u2019un monde agricole contemporain en plein questionnement et sujet \u00e0 de profondes mutations. Un r\u00e9cit documentaire prenant la forme d\u2019un exercice de m\u00e9diation en faveur d\u2019une meilleure compr\u00e9hension mutuelle entre ville et campagne.&nbsp; Au printemps 2021, \u00e0 la floraison du colza, des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":88,"featured_media":1253,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1251"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/88"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1251"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1266,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1251\/revisions\/1266"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1253"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}