{"id":1277,"date":"2023-05-22T12:50:23","date_gmt":"2023-05-22T10:50:23","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1277"},"modified":"2023-05-23T00:15:45","modified_gmt":"2023-05-22T22:15:45","slug":"de-la-route-de-lenfance-au-chemin-de-la-renaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/05\/22\/de-la-route-de-lenfance-au-chemin-de-la-renaissance\/","title":{"rendered":"De la route de l&rsquo;enfance au chemin de la renaissance"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Elles\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Elles sont deux femmes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Elle est prise de crises d\u2019angoisse, elle l\u2019est de crises alimentaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Elles sont aux prises avec la violence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Elle est incomprise de son mari, elle l\u2019est de ses parents.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Elles sont&nbsp;\u00ab&nbsp;faites d\u2019un bois un peu tortueux et biscornu&nbsp;\u00bb qu\u2019elles tenteront, seules, de sauver.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Chirine Sheybani, \u00e0 travers son roman&nbsp;<em>Ell\u018e(s)<\/em>, d\u00e9peint le combat poignant de deux femmes, Jeanne et Oriane. G\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, conflit similaire&nbsp;: comment se dissocier de la figure maternelle&nbsp;? Alors que la m\u00e8re de Jeanne r\u00e9p\u00e8te que son enfant est son unique chance salvatrice, la m\u00e8re d\u2019Oriane souligne constamment la similitude, imag\u00e9e par le \u00ab&nbsp;e&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019envers du titre, qu\u2019elle entretient avec sa fille. Pourtant, aucune de ces deux m\u00e8res ne parvient \u00e0 offrir \u00e0 son enfant l\u2019amour et la douceur sollicit\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Oriane, en proie \u00e0 l\u2019anorexie, hurle un \u00ab&nbsp;au secours&nbsp;\u00bb \u00e0 la figure maternelle qui s\u2019alarme pour un coup de pied lanc\u00e9, un geste d\u00e9plac\u00e9, mais ignore ce corps atrophi\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>Oriane r\u00eave que sa maman lui dise. Mange.&nbsp;<\/em><\/p><p><em>Elle le comprendrait comme. Je t&rsquo;aime. Fais-toi vivre, mon amour. Remplis ce corps.&nbsp;<\/em><\/p><p><em>Toute la g\u00e9om\u00e9trie de mon corps, maman ? M\u00eame s&rsquo;il comprend des courbes ? Des rondeurs ? Toute la forme, maman ch\u00e9rie ?&nbsp;<\/em>[\u2026]&nbsp;<em>Est-ce que je ne serai pas d\u00e9rangeante, maman d\u2019amour ? Dis-le-moi.&nbsp;<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Jeanne, en proie \u00e0 une pression perp\u00e9tuelle et \u00e0 une omnipr\u00e9sence \u00e9touffante, devient la m\u00e8re de sa m\u00e8re\u2026devient sa m\u00e8re\u2026l\u2019image au centre de son combat.&nbsp;<em>Alors je suis comme elle. Je ne peux pas \u00eatre autrement qu&rsquo;elle. \u00c9videmment.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">La nature est le fil rouge du roman.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">F\u00e9cond\u00e9e dans la for\u00eat, Jeanne se rappelle avoir jou\u00e9 avec son grand-p\u00e8re sous le noyer, celui qui prend vie sur la couverture du roman, et&nbsp;s\u2019implique pour la survie du cerisier&nbsp;de la propri\u00e9t\u00e9 familiale. Amoureuse de l\u2019aube et de l\u2019aurore, Oriane&nbsp;contemple les arbres \u00e0 travers les fen\u00eatres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans une serre, elles travailleront la terre, elles travailleront la vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019autrice, avec ce troisi\u00e8me roman,&nbsp;d\u00e9peint la&nbsp;souffrance des h\u00e9ro\u00efnes, au moyen d\u2019un style brut et spasmodique qui sert les sujets qu\u2019elle traite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les phrases courtes, les absences de verbe et les mots en solitaire offrent au roman son rythme saccad\u00e9 qui transpire l\u2019angoisse des protagonistes. Le manque d\u2019indication dialogique chamboule&nbsp;: o\u00f9 se situe la fronti\u00e8re entre le dit et le pens\u00e9&nbsp;? Les d\u00e9calages d\u2019alignement cr\u00e9ent des effets visuels qui, similairement \u00e0 la po\u00e9sie, donnent vie aux mots, exposent les maux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>J&rsquo;en ai fait un truc immonde. Aux contours&nbsp;tellement larges. Toute cette place que je prends.&nbsp;<\/em><\/p><p><em>Elle a des larmes qui coulent le long de ses joues.&nbsp;<\/em><\/p><p><em>Beaucoup de larmes.<\/em><\/p><p><em>Toute cette place que je prends.&nbsp;<\/em><\/p><p><em>J&rsquo;aurais voulu en prendre moins pour maman.&nbsp;<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019\u00e9criture heurt\u00e9e de Sheybani est au service des th\u00e8mes puissants qu\u2019elle aborde : l\u2019anorexie, l\u2019alcoolisme, l\u2019app\u00e9tit de louanges, le non-d\u00e9sir d\u2019enfant, l\u2019amour qui pousse dans ses retranchements&nbsp;et le combat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">On appr\u00e9cie que ces motifs, particuli\u00e8rement celui de la maternit\u00e9, cher \u00e0 l\u2019autrice, soient trait\u00e9s avec subtilit\u00e9. Les mamans d\u2019Oriane et de Jeanne ne sont pas radicalement mauvaises&nbsp;: elles aussi ont leur histoire, leur souffrance, leurs d\u00e9mons. Dans ses portraits des m\u00e8res, Sheybani fait preuve de la m\u00eame d\u00e9licatesse que dans son second roman,&nbsp;<em>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une m\u00e8re qui s\u2019en va<\/em>&nbsp;qui exposait, d\u00e9j\u00e0, l\u2019angoisse de Salom\u00e9, maman incomprise, maman fragile mais maman \u00e0 qui on pardonne le tourment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Ell\u018e(s)&nbsp;<\/em>est un roman qui parle de la femme \u00e0 travers ces deux femmes. Ses 227 pages agissent, envo\u00fbtent et perp\u00e9tuent une interpellation&nbsp;: gu\u00e9rit-on de l\u2019enfance&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Chirine Sheybani,&nbsp;<em>Elle(s)<\/em>, Gen\u00e8ve, Cousu Mouche, 2022, 227 pages, 20 CHF.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elles\u2026 Elles sont deux femmes.&nbsp; Elle est prise de crises d\u2019angoisse, elle l\u2019est de crises alimentaires.&nbsp; Elles sont aux prises avec la violence.&nbsp; Elle est incomprise de son mari, elle l\u2019est de ses parents.&nbsp; Elles sont&nbsp;\u00ab&nbsp;faites d\u2019un bois un peu tortueux et biscornu&nbsp;\u00bb qu\u2019elles tenteront, seules, de sauver.&nbsp; Chirine Sheybani, \u00e0 travers son roman&nbsp;Ell\u018e(s), d\u00e9peint [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":89,"featured_media":1284,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1277"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/89"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1277"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1277\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1285,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1277\/revisions\/1285"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1284"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1277"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1277"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1277"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}