{"id":1293,"date":"2023-06-06T11:59:35","date_gmt":"2023-06-06T09:59:35","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1293"},"modified":"2023-06-06T11:59:35","modified_gmt":"2023-06-06T09:59:35","slug":"la-chute-de-la-civilisation-a-travers-les-yeux-dune-plante-psychotrope","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/06\/06\/la-chute-de-la-civilisation-a-travers-les-yeux-dune-plante-psychotrope\/","title":{"rendered":"La\u00a0chute de la civilisation \u00e0 travers les yeux d\u2019une plante psychotrope"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">La civilisation est tomb\u00e9e et avec elle se sont emport\u00e9s tous les conforts du quotidien\u00a0: eau chaude de la douche, t\u00e9l\u00e9phones portables ou m\u00eame la diversit\u00e9 des produits dans nos centres commerciaux. La faute\u00a0aux \u00ab mercenaires de Poutine \u00bb, aux \u00ab vagues successives de pand\u00e9mies \u00bb et \u00e0 \u00ab l\u2019imminence d\u2019une crise climatique \u00bb,\u00a0\u00a0l\u2019histoire post-apocalyptique dans laquelle Antoine Jaquier nous emm\u00e8ne d\u00e9crit la vie de\u00a0\u00a0Salvatore qui, sentant venir la fin du monde, s\u2019est retranch\u00e9 dans une ferme isol\u00e9e dans les Vosges. Il va pourtant rapidement se rendre compte qu\u2019il n\u2019est pas seul et que cette ferme et ses ressources attirent quelques convoitises. Mira, sorte d\u2019enfant sauvage muette \u00e9lev\u00e9e par la violence d\u2019un monde fini, et Alix,\u00a0\u00ab\u00a0jeune personne au genre fluide\u00a0\u00bb\u00a0qui par on ne sait quel miracle survit \u00e0 cette chute de la civilisation, s\u2019immiscent dans la vie du survivaliste. Rapidement, une mission va les appeler \u00e0 quitter la ferme\u00a0: aller chercher le petit fr\u00e8re de Mira, qui est tenu prisonnier dans une maison de l\u2019horreur habit\u00e9e par des Slaves shoot\u00e9s aux st\u00e9ro\u00efdes. Dans leur p\u00e9riple, ils prennent un chamane en otage et lui subtilisent tout son stock d\u2019ayahuasca. Cette plante, qui m\u00e8nera les personnages \u00e0 travers plusieurs trips toxico-spirituels, sera \u00e9galement la raison de leur s\u00e9paration. Un r\u00e9cit entre balles dans la t\u00eate, drames et tensions sexuelles qui questionne sur notre bien-\u00eatre mental et sur une nature que l\u2019on ne respecte plus, mais qui ne demande qu\u2019\u00e0 reprendre son pouvoir souverain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019histoire \u00e9colo-psycho-apocalyptique d\u2019Antoine Jaquier nous tient en haleine d\u00e8s les premi\u00e8res pages et ses probl\u00e9matiques tr\u00e8s actuelles nous gardent scotch\u00e9s au livre. Repr\u00e9sentation de l\u2019autre, d\u00e9finitions et violences sexuelles, pro- ou anti-survivalisme, le d\u00e9but du roman oscille entre le s\u00e9rieux de ses th\u00e9matiques et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 du style de Jaquier. Son style, (presque trop) orn\u00e9 de pop-culture, permet de nous identifier \u00e0 Salvatore et de nous mettre au diapason avec ses raisonnements d\u2019homme du XXI\u00e8me si\u00e8cle. Dans la deuxi\u00e8me partie, en revanche, on ne comprend pas trop o\u00f9 Jaquier veut en venir avec son histoire qui ne semble d\u00e9sormais tourner qu\u2019autour de l\u2019ayahuasca.&nbsp;&nbsp;Les trips provoqu\u00e9s par sa consommation prennent trop de place dans le roman, qui devient un quasi-guide chamanique, et nous perdent dans des explications semi-surr\u00e9alistes quelque peu surfaites&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>For\u00e7ant l\u2019\u0153sophage de Mira, la gueule du monstre, dont je ne voyais jusque-l\u00e0 poindre que le museau, d\u00e9chira les joues de ma petite prot\u00e9g\u00e9e sur son passage. [\u2026] La silhouette qui glissa hors de l\u2019enveloppe charnelle de Mira \u00e9tait celle d\u2019un anaconda gigantesque aux \u00e9cailles humides et brillantes, color\u00e9 dans des tons vert fonc\u00e9, d\u00e9goulinant d&rsquo;une lubrification gluante et filant pour dispara\u00eetre dans le premier interstice du plancher qu\u2019il trouva dans la pi\u00e8ce.\u00a0<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">La consommation de drogues est pourtant une des grandes th\u00e9matiques de Jaquier qui, \u00e0 l\u2019image de son premier roman \u2013\u00a0<em>Ils sont tous morts<\/em>\u00a0\u2013, place ce th\u00e8me au centre de son r\u00e9cit. Au lecteur d\u2019appr\u00e9cier, ou non, les effets de l\u2019ayahuasca sur cette histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019antith\u00e8se th\u00e9matique et stylistique de la premi\u00e8re partie devient une hyperbole de la consommation d\u2019ayahuasca o\u00f9 l\u2019on risque de perdre de vue l\u2019histoire et ses personnages.\u00a0\u00a0Malgr\u00e9 la perte d\u2019affinit\u00e9 avec la fin du roman, le livre que l\u2019on tient en main est,\u00a0\u00a0esth\u00e9tiquement parlant, un bijou. L\u2019histoire de son c\u00f4t\u00e9, avec une bonne rondeur, finit par ne pas avoir la longueur en bouche qu\u2019elle aurait m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Antoine Jacquier, <em>Tous les arbres au-dessous<\/em>, Vauvert, Au Diable Vauvert, 2023, 272 pages, 32 CHF.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00a0\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La civilisation est tomb\u00e9e et avec elle se sont emport\u00e9s tous les conforts du quotidien\u00a0: eau chaude de la douche, t\u00e9l\u00e9phones portables ou m\u00eame la diversit\u00e9 des produits dans nos centres commerciaux. 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