{"id":1309,"date":"2023-07-06T12:08:29","date_gmt":"2023-07-06T10:08:29","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1309"},"modified":"2023-07-06T12:08:30","modified_gmt":"2023-07-06T10:08:30","slug":"reconstruire-sa-vie-avec-sa-maison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/07\/06\/reconstruire-sa-vie-avec-sa-maison\/","title":{"rendered":"(Re)construire sa vie avec sa maison"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Apr\u00e8s&nbsp;<em>Galel<\/em>,&nbsp;qui a remport\u00e9 un des \u00ab&nbsp;Prix suisses de litt\u00e9rature 2023&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Chesa Seraina<\/em>&nbsp;est le deuxi\u00e8me roman de Fanny Desarzens. La jeune autrice romande explique qu\u2019il s\u2019agit de son tout premier manuscrit, qui \u00e9tait rest\u00e9 in\u00e9dit. Ce roman d\u00e9voile, dans un style personnel et intime, l\u2019histoire de deux solitudes unies par un lien de feu indissoluble.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Chesa Seraina<\/em>&nbsp;est une r\u00e9flexion sur le temps, l\u2019attente et l\u2019\u00e9closion d\u2019un projet. Une jeune femme observe la monotonie du quotidien&nbsp;: un studio en ville au d\u00e9cor d\u00e9pouill\u00e9, deux tableaux au mur, dont un bricol\u00e9 de feuilles mortes, le rituel du m\u00e9lange artisanal du tabac ou du caf\u00e9. Dans un style minimaliste, \u00e0 travers des phrases extr\u00eamement courtes et une profusion de pronoms \u00e0 la premi\u00e8re personne, la narratrice exprime sa solitude, des sensations de mal-\u00eatre. Certains souvenirs, pourtant, contrastent avec cet ennui existentiel. Elena contemple le bonheur de la maison de son enfance&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>Je dessinais des cartes de notre territoire et la maison en \u00e9tait toujours le centre.<\/em><\/p><p><em>Nous \u00e9tions au milieu des champs et on voyait les montagnes. La terre me paraissait dor\u00e9e. C\u2019est dans cette lumi\u00e8re que j\u2019ai grandi.&nbsp;<\/em><\/p><p><em>C\u2019\u00e9tait un monde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un autre. C\u2019\u00e9tait mon enfance.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le destin d\u2019Elena est li\u00e9 \u00e0 celui de Jean, ami intime depuis l\u2019\u00e2ge de dix ans, parti vivre au Canada dans une ferme. De mani\u00e8re plut\u00f4t originale, les chapitres tr\u00e8s courts du livre alternent le r\u00e9cit et la reproduction de la correspondance manuscrite avec Jean. La dizaine de lettres laisse entrevoir un lien extr\u00eamement fort, un v\u00e9ritable amour. Ils vivent litt\u00e9ralement, \u00e0 distance, l\u2019un pour l\u2019autre, dans l\u2019attente de l\u2019autre. Jean souffre, lui aussi, de solitude. Le myst\u00e8re sur les forces qui les emp\u00eachent de se rejoindre est sans doute un des ressorts les plus forts de ce court roman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Elena finit par d\u00e9cider de changer de vie. Le projet fou est de reconstruire, de ses propres mains \u00ab&nbsp;Chesa Seraina&nbsp;\u00bb, la maison sereine (nomm\u00e9e en romanche pour la grand-m\u00e8re originaire des Grisons), maison familiale o\u00f9 Elena a grandi et qui avait br\u00fbl\u00e9 alors qu\u2019elle avait \u00e0 peine l\u2019\u00e2ge de raison. Ce retour d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 la nature va redonner vie \u00e0 Elena. Le travail de ses mains, avec l\u2019aide d\u2019amis charpentiers et de sa famille, ach\u00e8ve de r\u00e9aliser sa m\u00e9tamorphose et de mettre \u00e0 distance la fille qu\u2019elle \u00e9tait encore une ann\u00e9e auparavant&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>Je me retourne sur toi, amie, et je ne t\u2019en veux plus. Je ne te d\u00e9teste plus. Je te revois avec tes bras maigres et ton acn\u00e9. Tu n\u2019aimais pas ton reflet. Je pense \u00e0 toi et j\u2019aimerais te prendre dans mes bras pour te dire que tout ira bien. Te dire qu\u2019un soir, tu te pr\u00e9senteras \u00e0 ton reflet, buste en avant. Tu te tiendras droite et fi\u00e8re.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Au fil de cette construction, l\u2019\u00e9criture, qui avait pu para\u00eetre simpliste au lecteur trop press\u00e9, appara\u00eet comme v\u00e9ritablement ma\u00eetris\u00e9e et subtile. La narration tisse discr\u00e8tement des symboles, des correspondances, \u00e0 l\u2019\u00e9coute du corps ou des \u00e9l\u00e9ments. \u00c0 commencer par le&nbsp;<em>feu<\/em>, omnipr\u00e9sent&nbsp;: feu destructeur, \u00e9clat du soleil ou embrasement du ciel. Le rythme de la construction de la maison, \u00e0 travers l\u2019exp\u00e9rience du corps et de ses blessures, correspond \u00e0 la lib\u00e9ration progressive d\u2019Elena. Le r\u00e9cit marque avec pr\u00e9cision les moments de cette (re)naissance, depuis l\u2019hiver, No\u00ebl, l\u2019\u00e9quinoxe de printemps, jusqu\u2019aux chaleurs de l\u2019\u00e9t\u00e9, o\u00f9 elle c\u00e9l\u00e8bre ses vingt-sept ans. Les feuilles mortes laissent place \u00e0 la floraison des lilas. Le m\u00eame ciel lie les amants \u00e0 distance. L\u2019espoir demeure d\u2019une histoire d\u2019amour \u00e0 venir&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>Il y a une odeur de terre chaude. J\u2019\u00e9trenne mes pas. Je suis un rythme. Je regarde devant moi, je reste dans le m\u00eame paysage mais il change tandis que je marche. Je pense \u00e0 Jean et alors c\u2019est \u00e0 l\u2019amour entier que je pense.&nbsp;<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Fanny Desarzens,<em>&nbsp;Chesa Seraina<\/em>, Gen\u00e8ve, Editions Slatkine, 2023, 120 pages, 22 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s&nbsp;Galel,&nbsp;qui a remport\u00e9 un des \u00ab&nbsp;Prix suisses de litt\u00e9rature 2023&nbsp;\u00bb,&nbsp;Chesa Seraina&nbsp;est le deuxi\u00e8me roman de Fanny Desarzens. La jeune autrice romande explique qu\u2019il s\u2019agit de son tout premier manuscrit, qui \u00e9tait rest\u00e9 in\u00e9dit. Ce roman d\u00e9voile, dans un style personnel et intime, l\u2019histoire de deux solitudes unies par un lien de feu indissoluble. 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