{"id":1343,"date":"2023-10-02T11:40:53","date_gmt":"2023-10-02T09:40:53","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1343"},"modified":"2023-10-02T11:41:51","modified_gmt":"2023-10-02T09:41:51","slug":"comme-dextraordinaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/10\/02\/comme-dextraordinaire\/","title":{"rendered":"Comme d\u2019(extra)ordinaire\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Le livre de J\u00e9r\u00e9mie Gindre, je l\u2019ai mis dans mon sac pour le lire dans le train, et c\u2019est comme si, sans le savoir, j\u2019avais voulu en \u00eatre l\u2019une des protagonistes. Car dans&nbsp;<em>Tombola<\/em>, les h\u00e9ro\u00efnes sont des femmes comme vous, comme moi, en voyage souvent, en qu\u00eate peut-\u00eatre&nbsp;: non pas d\u2019un tr\u00e9sor inaccessible, \u00e0 peine d\u2019une r\u00e9ponse, bien plut\u00f4t d\u2019une exp\u00e9rience.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Zita, Willa, Espe, Anna, Joanne, Saskia, et Cherline. Sept femmes pour sept nouvelles, et dans mon train le paysage d\u00e9file\u00a0: la France, l\u2019Angleterre, la Suisse, le Qu\u00e9bec, autant de lieux o\u00f9 l\u2019on ne fait pas que passer\u00a0: on y fait escale, on s\u2019y arr\u00eate, on s\u2019y installe. En effet, J\u00e9r\u00e9mie Gindre prend le temps de poser le d\u00e9cor. Et cela commence par les personnages.\u00a0\u00a0On les d\u00e9couvre la plupart du temps hors de la routine de leur quotidien\u00a0: parties en randonn\u00e9e ou en vacances, revenues pour un instant au chalet familial ou aupr\u00e8s d\u2019un p\u00e8re longtemps perdu de vue. Le tour de force de l\u2019auteur, c\u2019est qu\u2019en mettant en sc\u00e8ne ses personnages dans des situations inhabituelles, il trouve en fait le moyen de montrer leur consistance. En seulement quelques pages, on a l\u2019impression de conna\u00eetre leurs habitudes, de comprendre intimement leurs caract\u00e8res, ce qui les forge, les lasse, les anime, et surtout ce qui les a pouss\u00e9s \u00e0 prendre, le temps de la nouvelle, l\u2019initiative de partir. Et le chemin n\u2019est pas que physique, il est aussi, parall\u00e8lement, le chemin d\u2019une pens\u00e9e qui part \u00e0 sa propre recherche. \u00c9tat du monde et \u00e9tats d\u2019\u00e2me se r\u00e9pondent, la r\u00e9flexion et le parcours se meuvent au gr\u00e9 de la m\u00e9t\u00e9o, n\u2019\u00e9chappant pas \u00e0 la loi du changement.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans\u00a0<em>Tombola<\/em>, chaque recherche se borne au pr\u00e9sent et \u00e0 sa contingence. Mais elle n\u2019est pas vaine, car ce qu\u2019on cherche n\u2019est peut-\u00eatre pas ailleurs que devant nous, ici et maintenant, ou m\u00eame en nous. Partir permet de s\u2019en rendre compte\u00a0: s\u2019\u00e9loigner c\u2019est toujours mieux (se) trouver.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019\u00e9criture de J\u00e9r\u00e9mie Gindre est r\u00e9aliste\u00a0: pas de dramatisation artificielle, de personnages h\u00e9ro\u00efques, de rebondissement improbables et de retournements passionnants. Le langage est simple mais soign\u00e9, il est efficace. Le ton du narrateur, ou celui des personnages, rendu par le discours indirect libre, est teint\u00e9 d\u2019un humour pince-sans-rire, qui vient rappeler \u00e0 chaque instant le cocasse de la vie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Tombola<\/em>, comme son nom l\u2019indique, nomme et contient les jeux que J\u00e9r\u00e9mie Gindre provoque entre l\u2019ordinaire et l\u2019extraordinaire, entre le hasard et le tout-trac\u00e9. L\u2019extraordinaire se cache dans le r\u00e9el, et m\u00eame sous l\u2019ordinaire, tout comme le hasard est partout, simple r\u00e9sultat du jeu d\u2019influences infini des \u00eatres avec les choses et avec le temps.&nbsp;<em>Tombola<\/em>&nbsp;rappelle comment le pass\u00e9 teinte le pr\u00e9sent, comment la relation aux autres conditionne celle que l\u2019on a \u00e0 soi, et comment l\u2019environnement fonde l\u2019\u00eatre au monde. Le dialogue entre les \u00e9l\u00e9ments est incessant et rend compte de la complexit\u00e9 irr\u00e9ductible de la r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame la plus ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Le soir o\u00f9 Anna remporta un jambon \u00e0 la place d\u2019un t\u00e9l\u00e9viseur quarante pouces dans une tombola, un homme qu\u2019elle connaissait \u00e0 peine lui cassa une dent sans faire expr\u00e8s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">J\u00e9r\u00e9mie Gindre,\u00a0<em>Tombola<\/em>, Gen\u00e8ve, Editions Zo\u00e9, 2023, 176 pages, 24 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le livre de J\u00e9r\u00e9mie Gindre, je l\u2019ai mis dans mon sac pour le lire dans le train, et c\u2019est comme si, sans le savoir, j\u2019avais voulu en \u00eatre l\u2019une des protagonistes. Car dans&nbsp;Tombola, les h\u00e9ro\u00efnes sont des femmes comme vous, comme moi, en voyage souvent, en qu\u00eate peut-\u00eatre&nbsp;: non pas d\u2019un tr\u00e9sor inaccessible, \u00e0 peine [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":1344,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1343"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1343"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1343\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1348,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1343\/revisions\/1348"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1344"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1343"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1343"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1343"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}