{"id":1350,"date":"2023-10-10T10:45:32","date_gmt":"2023-10-10T08:45:32","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1350"},"modified":"2023-10-10T10:50:41","modified_gmt":"2023-10-10T08:50:41","slug":"au-clair-de-la-lune-prete-moi-ta-plume","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/10\/10\/au-clair-de-la-lune-prete-moi-ta-plume\/","title":{"rendered":"Au clair de la Lune, pr\u00eate-moi ta plume"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>La mort et ceux qui restent. Ceux-ci, que deviennent-ils&nbsp;? Ils traversent l\u2019angoisse, les souvenirs, la col\u00e8re, la culpabilit\u00e9. Ils vident les affaires de celui qui a \u00e9t\u00e9, ils tentent d\u2019oublier, ils s\u2019imaginent ce que la vie aurait \u00e9t\u00e9 si\u2026 Ces \u00e9tapes du deuil apparaissent, disparaissent, reviennent encore et laissent une trace \u00e0 tout jamais dans&nbsp;<em>Greg ou rien<\/em>.&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">C\u2019est ce chemin sinueux d\u2019une&nbsp;<em>nuit sans lune&nbsp;<\/em>que Guillaume Favre d\u00e9crit dans&nbsp;<em>Greg ou rien.&nbsp;<\/em>Sa&nbsp;<em>nuit sans lune<\/em>&nbsp;\u00e0 lui a eu lieu en octobre 2016, quand son fr\u00e8re Gr\u00e9goire, rong\u00e9 par des troubles psychiques et par la souffrance laiss\u00e9e par le d\u00e9c\u00e8s de leur m\u00e8re, s\u2019est donn\u00e9 la mort en montagne. Restent \u00e0 Guillaume un mot, le choc, le chagrin et l\u2019inspiration de publier, sept ans plus tard,&nbsp;<em>Greg ou rien<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">De quoi s\u2019agit-il&nbsp;? Peut-\u00eatre du journal intime de Guillaume dans lequel on apprend \u00e0 conna\u00eetre son fr\u00e8re\u2026 mais si peu.&nbsp;<em>Ronron de l\u2019enfance \/ et pataqu\u00e8s de ta&nbsp;<\/em>death&nbsp;<em>\/ j\u2019en ai trop dit \/ ou pas assez \/ ai-je vraiment parl\u00e9 de toi&nbsp;?&nbsp;<\/em>S\u00fbrement un hommage \u00e0 celui qui a laiss\u00e9&nbsp;<em>l\u2019infini de son absence<\/em>. Certainement un recueil po\u00e9tique divis\u00e9 en trois temps qui jouent, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, sur le rythme, la disposition des mots, la compilation. Sans doute un chant qui fait retentir Brel, Noir D\u00e9sir et David Bowie, en souvenir d\u2019un fr\u00e8re passionn\u00e9 de musique. Ou un&nbsp;<em>polar-po\u00e8me<\/em>, comme l\u2019auteur aime le nommer.&nbsp;<em>Greg ou rien<\/em>, c\u2019est surtout une \u0153uvre inclassable qui m\u00e9lange les genres, les registres et les formes pour cr\u00e9er une langue libre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Pour Guillaume Favre, compilation n\u2019est pas synonyme de confusion. Car malgr\u00e9 cette mosa\u00efque de codes litt\u00e9raires, certains th\u00e8mes rythment les cent-cinquante-cinq pages de&nbsp;<em>Greg ou rien<\/em>&nbsp;: la mort, la souffrance, les souvenirs, les \u00ab&nbsp;et si&nbsp;j\u2019avais \u00bb, l\u2019amour qui continue malgr\u00e9 tout\u2026 la vie qui continue malgr\u00e9 tout.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>Il y a quelque chose d\u2019insupportable \u00e0 reprendre la vie telle qu\u2019elle \u00e9tait avant. Il faudrait se tatouer le mot&nbsp;<\/em>mort<em>sur le front, se raser le cr\u00e2ne, prendre ou perdre cent kilos, se teindre les cheveux en vert. Eh bien non, travail, famille, quotidien, tout continue comme si de rien n\u2019\u00e9tait.&nbsp;<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Car malgr\u00e9 cet enchev\u00eatrement cr\u00e9atif, une temporalit\u00e9 est pr\u00e9sente. Guillaume Favre conte la disparition durant cette&nbsp;<em>nuit sans lune<\/em>, les obligations et les \u00ab&nbsp;trois mois, un an, deux ans plus tard&nbsp;\u00bb, puis l\u2019infini apr\u00e8s.&nbsp;<em>Pas de happy end \/ ni m\u00eame de fin \/ \u00e0 ce recueil de toi.<\/em>&nbsp;L\u2019auteur manie prodigieusement une langue contemporaine qui, en plus de jouer des figures de style, met une emphase, une m\u00e9lodie particuli\u00e8re sur les mots solitaires.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>aujourd\u2019hui on ne dit plus \u00ab&nbsp;mec&nbsp;\u00bb<\/em><\/p><p><em>on dit<\/em><\/p><p><em>gars<\/em><\/p><p><em>gros&nbsp;<\/em><\/p><p><em>fr\u00e8re<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Greg ou rien<\/em>&nbsp;est aussi un voyage physique o\u00f9 l\u2019embarquement a lieu \u00e0 droite ou \u00e0 gauche de la page sans jamais mentionner la destination finale. Les espaces donnent au texte ses silences, les blocs sa rapidit\u00e9, les blancs ses non-dits. Les lecteurs traversent des pages qui se suivent mais ne se ressemblent pas et adaptent leur vitesse en fonction.&nbsp;Avec sa plume en guise de volant, Guillaume Favre conduit ses lecteurs \u00e0 travers son histoire avec, comme musique de fond, les mots de Greg, les mots de \u00ab&nbsp;ceux qui restent&nbsp;\u00bb, des messages, des listes, du Barthes, du Deleuze, du Baudelaire, du Depeche Mode, des comptines\u2026 Se cr\u00e9e alors un concert polyphonique o\u00f9 les lecteurs n\u2019ont qu\u2019\u00e0 ouvrir l\u2019oreille pour entendre toutes les palpitations, les battements, les m\u00e9lodies qui se joignent en ch\u0153ur pour bercer un c\u0153ur en deuil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le po\u00e8te et romancier Guillaume Favre, d\u00e9j\u00e0 connu de ses lecteurs gr\u00e2ce aux ouvrages&nbsp;<em>Les choses qui sauvent<\/em>,&nbsp;<em>Sans mythologie&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>Presque vivants<\/em>, offre avec&nbsp;<em>Greg ou rien<\/em>, une louange qui, sans entrer dans le pathos, met des mots sur le douloureux retentissement des&nbsp;<em>nuits sans lune<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Guillaume Favre,&nbsp;<em>Greg ou rien<\/em>, Gen\u00e8ve, Cousu Mouche, 2023, 155 pages, 20 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La mort et ceux qui restent. Ceux-ci, que deviennent-ils&nbsp;? Ils traversent l\u2019angoisse, les souvenirs, la col\u00e8re, la culpabilit\u00e9. Ils vident les affaires de celui qui a \u00e9t\u00e9, ils tentent d\u2019oublier, ils s\u2019imaginent ce que la vie aurait \u00e9t\u00e9 si\u2026 Ces \u00e9tapes du deuil apparaissent, disparaissent, reviennent encore et laissent une trace \u00e0 tout jamais dans&nbsp;Greg [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":89,"featured_media":1361,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1350"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/89"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1350"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1350\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1360,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1350\/revisions\/1360"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1361"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1350"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1350"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}