{"id":1363,"date":"2023-10-16T11:45:48","date_gmt":"2023-10-16T09:45:48","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1363"},"modified":"2023-10-16T12:08:42","modified_gmt":"2023-10-16T10:08:42","slug":"entre-les-flammes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/10\/16\/entre-les-flammes\/","title":{"rendered":"Entre les flammes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\"><strong>Sous la plume ardente d\u2019Elisa Shua Dusapin, la maison familiale de deux s\u0153urs se transforme en une sph\u00e8re de choc des int\u00e9riorit\u00e9s.<\/strong><strong> Son quatri\u00e8me roman, <em>Le vieil incendie<\/em>, publi\u00e9 aux Editions Zo\u00e9, r\u00e9unit les deux femmes apr\u00e8s la mort de leur p\u00e8re.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\">Les pierres de la maison d\u2019enfance doivent \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es afin de restaurer un vieux pigeonnier d\u00e9truit longtemps auparavant par les flammes d\u2019un incendie. Dans leur rencontre, la communication entre Agathe, l\u2019a\u00een\u00e9e, sc\u00e9nariste d\u00e9sorient\u00e9e, et Vera, la cadette aphasique, est au c\u0153ur de leur relation.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center\"><p><em>Tu es sc\u00e9nariste, incapable d\u2019\u00e9crire \u00e0 ta s\u0153ur.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\"><a>Les regards, les gestes, les rires, les textes \u00e9crits sur un smartphone, un mur ou un miroir, les silences se teignent de tendresse, de col\u00e8re, de d\u00e9ception ou d\u2019attentes, alors que petit \u00e0 petit, les fa\u00e7ades tombent. La communication en plein et en creux fait ondoyer les deux individualit\u00e9s et colore le r\u00e9cit d\u2019harmonies et d\u2019\u00e9tincelles. Les souvenirs d\u2019Agathe qui avait pris sa s\u0153ur sous son aile pendant leur enfance pour la prot\u00e9ger du regard des autres, se heurtent \u00e0 la red\u00e9couverte d\u2019une femme adroite, authentique \u2013 \u00ab&nbsp;Vera&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;foi&nbsp;\u00bb en langue slave ou \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb en latin \u2013 et ind\u00e9pendante.<\/a><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center\"><p><em>Tout a l\u2019air d\u2019\u00eatre \u00e9vident pour V\u00e9ra. Elle reste fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\">Ce vertige lui laisse un go\u00fbt doux-amer, m\u00e9lange d\u2019amour sororal et de perte de d\u00e9pendance, pourtant recherch\u00e9e. Les succ\u00e8s et les \u00e9checs des contacts plongent Agathe, et le lectorat avec elle, dans une introspection qui entrem\u00eale les inqui\u00e9tudes du pr\u00e9sent aux \u00e9v\u00e9nements et ressentis du pass\u00e9 dans une toile d\u2019affects d\u00e9licate et cisel\u00e9e. <a>Comme pour le processus de nettoyage de la maison familiale, le d\u00e9capage des relations entre les deux s\u0153urs r\u00e9v\u00e8le les fondamentaux de leur lien.<\/a><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center\"><p><em>Les tournesols se d\u00e9posent sur le sol en r\u00e9v\u00e9lant des c\u00e2bles entre les briques, un syst\u00e8me nerveux \u00e0 vif.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\">Les deux s\u0153urs sont des flammes, et leur relation un pan de papier peint qui br\u00fble et en r\u00e9v\u00e8le les fondements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\"><a>L\u00e9ger b\u00e9mol de l\u2019ouvrage d\u2019Elisa Shua<\/a> Dusapin&nbsp;: une structure de r\u00e9cit par endroits trop attendue. Le retour au lieu familial, les retrouvailles avec ses proches, un ami ou amour d\u2019enfance qui ressurgit lors d\u2019un moment de doute, l\u2019\u00e9mergence des \u00e9motions et frustrations pass\u00e9es, la panne d\u2019inspiration dans un m\u00e9tier de cr\u00e9ation bornent l\u2019histoire dans des m\u00e9andres connus. Heureusement, l\u2019autrice parvient \u00e0 en limiter le poids. Deux \u00e9l\u00e9ments structurels <a>apportent une saveur intense au r\u00e9cit. L\u2019aphasie de V\u00e9ra <\/a>irise les \u00e9changes entre les deux s\u0153urs en faisant varier leur tonalit\u00e9 de cat\u00e9gorique \u00e0 po\u00e9tique. <a>Les \u00e9v\u00e9nements amoureux dans la vie d\u2019Agathe renforcent \u00e9galement la singularit\u00e9 du r\u00e9cit, \u00e9v\u00e9nements qu\u2019on laissera le lectorat d\u00e9couvrir par lui-m\u00eame.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\"><a>L\u2019autrice fait par ailleurs de cette simplicit\u00e9 de la trame une fen\u00eatre qui s\u2019ouvre sur l\u2019importance capitale de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages, de leurs doutes, leurs victoires et leurs \u00e9checs. Elisa Shua Dusapin suit ainsi les paroles qu\u2019elle place dans la bouche de sa narratrice&nbsp;:<\/a><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center\"><p><em>Pour autant, nous ne pouvons pas sacrifier \u00e0 la fiction la complexit\u00e9 du r\u00e9el.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\">Au contraire, elle nous prouve que l\u2019on peut faire offrande de la complexit\u00e9 du r\u00e9el \u00e0 la fiction. Ne pas simplifier les \u00e9motions pour faire avancer le r\u00e9cit, mais leur accorder le r\u00f4le principal pour \u00e9crire un texte qui suit le rythme de l\u2019\u00eatre affectif. D\u2019ailleurs, comment ne pas penser au parcours de vie de l\u2019autrice en lisant son roman\u00a0? Le personnage principal a d\u00fb quitter sa famille et partir aux \u00c9tats-Unis pour poursuivre son r\u00eave de sc\u00e9nariste, tout comme Elisa Shua Dusapin a v\u00e9cu six mois \u00e0 New York gr\u00e2ce \u00e0 une bourse culturelle. Ce roman sur le retour aux sources, sur les retrouvailles, sur la culpabilit\u00e9 face aux personnes qui n&rsquo;ont pas pris la d\u00e9cision de tout abandonner pour suivre une destin\u00e9e nous fait nous interroger sur l\u2019id\u00e9e que peut-\u00eatre l\u2019autrice, comme sa narratrice, \u00ab\u00a0imagine les oiseaux qui n\u2019ont pas pu s\u2019envoler\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\">Quoi qu\u2019il en soit, Elisa Shua Dusapin parvient \u00e0 mettre en texte une \u00e9criture dans l\u2019\u00e9criture, \u00e0 poser \u00e0 Agathe des questions essentielles sur la narration d\u2019une histoire sensible. Elle fait ainsi ressentir au lectorat son intention et ses d\u00e9fis, qu\u2019elle rel\u00e8ve avec brio&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center\"><p><em>L\u2019enjeu repose sur la cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9motion sans pathos.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-black-color has-text-color\"><a>L\u2019intimit\u00e9 du r\u00e9cit nous subjugue avec une construction en dentelle et des images douces et percutantes. Si, selon la s\u0153ur a\u00een\u00e9e, \u00ab&nbsp;les fleurs ne poussent pas en novembre&nbsp;\u00bb, peut-\u00eatre que les agathes, oui. On se sent embaum\u00e9\u00b7e de l\u2019ambiance aigre-douce du r\u00e9cit dans lequel on replonge sans cesse, comme on ouvre une bo\u00eete de th\u00e9 pour en savourer l\u2019odeur un peu plus encore, pour go\u00fbter encore \u00e0 cette po\u00e9sie narrative.<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Elisa Shua Dusapin<em>, Le vieil incendie<\/em>, Gen\u00e8ve, \u00c9ditions Zo\u00e9, ao\u00fbt 2023, 144 pages, 23 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous la plume ardente d\u2019Elisa Shua Dusapin, la maison familiale de deux s\u0153urs se transforme en une sph\u00e8re de choc des int\u00e9riorit\u00e9s. Son quatri\u00e8me roman, Le vieil incendie, publi\u00e9 aux Editions Zo\u00e9, r\u00e9unit les deux femmes apr\u00e8s la mort de leur p\u00e8re. 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