{"id":1379,"date":"2023-11-27T11:42:00","date_gmt":"2023-11-27T10:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1379"},"modified":"2023-11-27T11:42:27","modified_gmt":"2023-11-27T10:42:27","slug":"victime-ou-coupable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/11\/27\/victime-ou-coupable\/","title":{"rendered":"Victime ou coupable ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Quatorze ans de prison, voil\u00e0 le prix qu\u2019a pay\u00e9 Marcel C. pour son crime. Rien ne laissait pr\u00e9sager cette fin tragique. Marcel est un homme simple, venant d\u2019une des plus vieilles familles de Gletterens. Mar\u00e9chal du village, il a le physique de l\u2019emploi, grand gaillard bien b\u00e2ti, les \u00e9paules larges et le cou \u00e9pais. Une chose lui manque, une femme. Lors d\u2019une soir\u00e9e donn\u00e9e \u00e0 Portalban, Marcel rencontre Jeanne-Sarah B., une jeune femme \u00ab charmante, appr\u00eat\u00e9e comme il faut ; de bonnes proportions, [\u2026] ce qu\u2019il faut de chair au fessard \u00bb. L\u2019idylle entre Marcel et Jeanne-Sarah s\u2019annonce prometteuse, leur union est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e en 1938, une ann\u00e9e apr\u00e8s leur rencontre. Pourtant, une ombre vient assombrir leur bonheur : la guerre. Marcel est mobilis\u00e9 aux fronti\u00e8res. Il part le c\u0153ur lourd de laisser sa femme enceinte, mais fier d\u2019accomplir son devoir. Cette s\u00e9paration ne dure cependant pas, car Marcel se blesse et rentre \u00e0 la maison. 1943, deuxi\u00e8me ordre de marche, Marcel repart. \u00c0 son retour, sa femme est distante. Les tensions augmentent et Marcel se r\u00e9fugie dans sa forge. Le couple aura deux autres filles qui, rapidement, seront retir\u00e9es \u00e0 leurs parents et plac\u00e9es en institution par les services sociaux \u00e0 cause de lettres anonymes \u00e0 propos de \u00ab l\u2019\u00e9tat toujours plus lamentable du m\u00e9nage C. \u00bb \u00c0 partir de l\u00e0, Jeanne n\u2019est plus la m\u00eame, elle ne sort que tr\u00e8s rarement, ne mange presque rien et ne s\u2019occupe gu\u00e8re de leur fils. Marcel est d\u00e9muni. Peu \u00e0 peu, une id\u00e9e germe en lui, id\u00e9e qu\u2019il tente de toutes ses forces de r\u00e9primer : m\u2019a-t-elle trahi ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Agnus Dei,<\/em> le cinqui\u00e8me roman de Julien Sansonnens, nous plonge dans la Broye fribourgeoise des ann\u00e9es 1940 o\u00f9 le traumatisme de la guerre est refoul\u00e9 et les secrets bien gard\u00e9s. Dans cette r\u00e9gion o\u00f9 la religion est si importante, toutes les f\u00eates sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es avec grande d\u00e9votion, amour de son prochain et entraide apparente. <em>Agnus Dei<\/em>, l\u2019Agneau de Dieu qui \u00f4te le p\u00e9ch\u00e9 du monde (Jean 1.29), signifie le sacrifice du serviteur pour le salut des p\u00e9cheurs. Marcel C. incarne ce r\u00f4le de serviteur sacrificiel, il se d\u00e9voue pour r\u00e9tablir l\u2019ordre et sauver le monde. On sent dans ce r\u00e9cit un certain d\u00e9terminisme \u00e0 la Zola : le milieu social et la g\u00e9n\u00e9alogie d\u00e9cident de sa destin\u00e9e. Issu d\u2019une famille paysanne, certes ais\u00e9e, o\u00f9 la boisson et la violence sont monnaie courante, marqu\u00e9 par les souvenirs de la guerre : tel est le contexte dans lequel \u00e9volue le protagoniste. Et il sera pouss\u00e9 toujours plus bas : la guerre, ses enfants enlev\u00e9s, une religion qui p\u00e8se, des voisins distants et moqueurs. Mais Marcel est-il simplement un homme odieux ou la victime d\u2019une destin\u00e9e in\u00e9luctable&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce roman, d\u2019une centaine de pages, est tir\u00e9 d\u2019une histoire vraie. Pour preuve, on trouve encore aujourd\u2019hui des articles parus dans La Libert\u00e9 et Le Nouvelliste qui \u00e9voquent le \u00ab meurtrier de Gletterens&nbsp;\u00bb. On regrette qu\u2019il ne soit pas fait mention de ce point pourtant important dans le roman, car certains passages sont tir\u00e9s mot pour mot de l\u2019article de La Libert\u00e9 datant du vendredi 9 janvier 1948. En d\u00e9pit de cette n\u00e9gligence, le livre poss\u00e8de de nombreuses qualit\u00e9s. L\u2019alternance entre l\u2019histoire de Marcel et l\u2019Histoire de la Broye am\u00e8ne du rythme au r\u00e9cit, on comprend mieux le milieu dans lequel \u00e9volue le protagoniste et, peut-\u00eatre, les raisons de son acte. L\u2019histoire est racont\u00e9e selon ce que Marcel voit et ressent. On se retrouve plong\u00e9 dans le m\u00eame d\u00e9terminisme que lui, la m\u00eame impuissance \u00e0 laquelle il est confront\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Julien Sansonnens<em>, Agnus Dei<\/em>, Vevey, \u00c9ditions de l&rsquo;Aire, 2023, 144 pages, 23 CHF.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cr\u00e9dits de l&rsquo;image : <a href=\"https:\/\/fineartamerica.com\/featured\/agnus-dei-francisco-de-zurbaran.html?product=bath-towel\">https:\/\/fineartamerica.com\/featured\/agnus-dei-francisco-de-zurbaran.html?product=bath-towel<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quatorze ans de prison, voil\u00e0 le prix qu\u2019a pay\u00e9 Marcel C. pour son crime. Rien ne laissait pr\u00e9sager cette fin tragique. Marcel est un homme simple, venant d\u2019une des plus vieilles familles de Gletterens. Mar\u00e9chal du village, il a le physique de l\u2019emploi, grand gaillard bien b\u00e2ti, les \u00e9paules larges et le cou \u00e9pais. Une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":92,"featured_media":1380,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1379"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/92"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1379"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1379\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1399,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1379\/revisions\/1399"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1380"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}