{"id":1382,"date":"2023-10-23T11:51:57","date_gmt":"2023-10-23T09:51:57","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1382"},"modified":"2023-10-23T11:51:58","modified_gmt":"2023-10-23T09:51:58","slug":"violences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2023\/10\/23\/violences\/","title":{"rendered":"Violences"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Malaise. Voil\u00e0 le sentiment qui accompagne la lecture du nouveau livre de M\u00e9lanie Richoz. Il regorge de violences. Plong\u00e9 presque malgr\u00e9 nous dans le quotidien d\u2019Albina, une m\u00e8re aimante, mais battue, vendue, viol\u00e9e, souill\u00e9e, exploit\u00e9e comme femme-objet dont les \u00e9motions et les sentiments sont d\u00e9crits avec acuit\u00e9 par l\u2019\u00e9crivaine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les r\u00e9f\u00e9rences contextuelles \u00e0 la Suisse ancrent la narration dans le r\u00e9el et l\u2019installent dans notre imaginaire, rendant la lecture plus proche, et donc plus ardue. Le style d\u2019\u00e9criture embarque la lectrice avec elle. Les mots ricochent, sautent, volent en \u00e9clat et font ressentir la violence, de mani\u00e8re efficace. Les retours \u00e0 la ligne sont saccad\u00e9s, la lecture, dans les pires moments connus par l\u2019h\u00e9ro\u00efne, devient s\u00e8che, presque abrupte. C\u2019est comme si l\u2019\u00e9criture, devenue prosodie, \u00e9tait un souffle, hach\u00e9 et emp\u00each\u00e9, restreint et proche de l\u2019\u00e9vanouissement, de la mort.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>L\u2019eau br\u00fblante qui jaillit contre les parois en inox recouvre les bruits alentours, les propos envenim\u00e9s, l\u2019agitation, la peur et apaise Albina.<\/em><\/p><p><em>Sa respiration ralentit,<\/em><\/p><p><em>elle continue machinalement \u00e0 agir, immerge la marmite dans l\u2019\u00e9vier lorsque son front choque violemment le placard.<\/em><\/p><p><em>Elle vient de recevoir un coup sur l\u2019arri\u00e8re du cr\u00e2ne.<\/em><\/p><p><em>Un coup qui a propuls\u00e9 sa t\u00eate vers l\u2019avant.<\/em><\/p><p><em>Sa<\/em><\/p><p><em>t\u00eate<\/em><\/p><p><em>qui<\/em><\/p><p><em>a<\/em><\/p><p><em>ricoch\u00e9.<\/em><\/p><p><em>Qui sonne.<\/em><\/p><p><em>Afin de court-circuiter la douleur, Albina plonge ses deux mains dans l\u2019eau, l\u2019eau qui la br\u00fble\u2026 Elle r\u00e9siste. Se fige. Serre la m\u00e2choire et ferme les yeux jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019haleine charg\u00e9e de son mari s\u2019\u00e9vanouisse.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les r\u00e9alit\u00e9s auxquelles Albina est confront\u00e9e tous les jours sous le joug de son mari se d\u00e9voilent impudiquement. Le mot \u00ab&nbsp;violence&nbsp;\u00bb, omnipr\u00e9sent, r\u00e9sonne, claque. Il est prononc\u00e9 dans une langue nouvelle pour Albina. En fran\u00e7ais, ce mot est doux \u00e0 ses oreilles, comme un vent frais, charg\u00e9 de libert\u00e9. Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019elle comprendra son vrai sens, que la r\u00e9alit\u00e9 la rattrapera, la frappera. Accompagnant cet apprentissage du sens, les lectrices sont embarqu\u00e9es, ballot\u00e9es, emport\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e quelquefois. A la fois spectatrices et victimes, elles ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es. Les mots d\u00e9crivent habilement les maux d\u2019Albina. Parfois, cet amour et sa r\u00e9silience inondent les pages du livre de leur intensit\u00e9. L\u2019\u00e9criture devient plus l\u00e9g\u00e8re, occultant presque la gravit\u00e9 et l\u2019agressivit\u00e9 des \u00e9v\u00e8nements.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em>Sous une lune blanche et ronde, ils regagnent<\/em><\/p><p><em>la berge.<\/em><\/p><p><em>Le flot de l\u2019eau,<\/em><\/p><p><em>le coassement des grenouilles,<\/em><\/p><p><em>la respiration des enfants enfin endormis<\/em><\/p><p><em>bercent Albina<\/em><\/p><p><em>et dilatent l\u2019espace.<\/em><\/p><p><em>Durant quelques heures, elle r\u00e9ussit \u00e0 trouver<\/em><\/p><p><em>le sommeil. Un sommeil qui sent la r\u00e9sine et les aiguilles de pin mouill\u00e9es.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Albina se raccroche \u00e0 Dieu, aux sonorit\u00e9s du monde, aux odeurs et aux fleurs, mais souvent la peur, les harc\u00e8lements, la violence la rattrapent. L\u2019autrice ass\u00e8ne les phrases comme des coups de poing, des coups de poignards, des coups de pistolet mais aussi, dans ce monde noir, comme des coups de c\u0153ur. La beaut\u00e9 surgit quelquefois au fil de la lecture, m\u00eame si elle n\u2019\u00e9clipse pas la violence de la trame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Lisez ce livre vite. Le plus vite possible. Afin que l\u2019exp\u00e9rience soit supportable. L\u2019on ne ressort pas indemne d\u2019un tel ouvrage. Les larmes pourront poindre et la gorge se nouer \u00e0 la lecture des d\u00e9chainements de col\u00e8re et de violence. Cette \u00e9motion semble cependant utile, presque n\u00e9cessaire. Elle sert le combat de l\u2019autrice, qui \u00e9crit pour toutes les victimes de violences conjugales, comme une <em>catharsis<\/em>. La souffrance de tous est pass\u00e9e en revue, des enfants, des femmes, de la famille \u00e9largie, des amis et amies. Cette souffrance est ici r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, crument. <em>Nani<\/em> la fait voir, sentir et ressentir, avec subtilit\u00e9 et profondeur. M\u00e9lanie Richoz d\u00e9crit le mal \u2013 pour que ce mal cesse.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">M\u00e9lanie Richoz,<em> Nani<\/em>, Gen\u00e8ve, \u00c9ditions Slatkine, 2023, 174 pages, 28 CHF.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Cr\u00e9dits de l&rsquo;image : <a href=\"https:\/\/www.lereflet.qc.ca\/9-ans-de-violence-temoignage-dune-victime-de-violence-conjugale\/\">https:\/\/www.lereflet.qc.ca\/9-ans-de-violence-temoignage-dune-victime-de-violence-conjugale\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malaise. Voil\u00e0 le sentiment qui accompagne la lecture du nouveau livre de M\u00e9lanie Richoz. Il regorge de violences. 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