{"id":1434,"date":"2024-04-30T15:01:57","date_gmt":"2024-04-30T13:01:57","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1434"},"modified":"2024-04-30T15:02:55","modified_gmt":"2024-04-30T13:02:55","slug":"la-journee-commence-par-un-coucher-de-soleil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2024\/04\/30\/la-journee-commence-par-un-coucher-de-soleil\/","title":{"rendered":"<strong>La journ\u00e9e commence par un coucher de soleil<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Un peintre part en voyage. Au Nord de l\u2019Europe, en Finlande puis en Su\u00e8de, \u00e0 Biln\u00e4s, Uppsala, Falun, il emporte ses pinceaux et ses toiles, ses carnets et son stylo. Il capte ce qui l\u2019entoure et le retient. Dans les pigments sur les toiles, entre les pages de ses carnets dont&nbsp;<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em>&nbsp;r\u00e9unit des fragments. On comprend que le narrateur voyage, qu\u2019il r\u00e9colte les impressions, la lumi\u00e8re du jour ou son absence, le froid, la chaleur, les \u00ab&nbsp;<em>gouttes s\u00e8ches patin\u00e9es de poussi\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb sur les vitres des wagons, les paysages, les gestes de celles et ceux qu\u2019il rencontre, les souvenirs que lui raconte Ratslek \u2013 cet inconnu crois\u00e9 pr\u00e8s de la fronti\u00e8re russe \u2013, le t\u00e9moignage du v\u00e9cu des anc\u00eatres, celui du cueilleur de s\u00e8ve ou de l\u2019apiculteur, \u00ab&nbsp;<em>ces insoumis discrets, ces cueilleurs des cadeaux de la for\u00eat<\/em>&nbsp;\u00bb dont la face reste quoi qu\u2019il arrive \u00ab&nbsp;<em>tourn\u00e9e vers le soleil<\/em>&nbsp;\u00bb. Ces individus qui ont su observer et prendre soin de la nature, vivre&nbsp;<em>avec<\/em>&nbsp;elle, et non pas&nbsp;<em>contre<\/em>&nbsp;elle. C\u2019est essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le tout est rassembl\u00e9 dans un petit livre \u00e0 la couverture noire, un peu comme la nuit sans fin des hivers nordiques. L\u2019objet est l\u00e9ger au point de se ranger sans g\u00eane dans la poche d\u2019un sac \u00e0 dos de voyage\u00a0: doit-il \u00eatre lu comme il s\u2019est \u00e9crit, sur les chemins\u00a0? Le livre de Luc Marelli a le go\u00fbt du froid qui pique la peau et du vent qui glisse dans les cheveux. Il donne envie de l\u2019emmener sur les routes. De s\u2019extraire de chez soi pour randonner \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et puis, lors d\u2019une courte halte, assis.e sur un banc, sur un rocher ou \u00e0 m\u00eame l\u2019herbe et l\u2019humus, le sortir de son sac afin d\u2019en savourer certains passages. Les imprimer en soi, ces passages, pour qu\u2019ensuite, pendant le reste de notre voyage, on devienne plus attentif.ve \u00e0 ce qui nous entoure\u00a0: les myrtilles, les h\u00e9rons, le temps bleu, le tumulte solitaire de la rivi\u00e8re, les feuilles jaunies ou les lichens roux \u00e9voqu\u00e9s par l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Avant d\u2019\u00eatre \u00e9crivain, Luc Marelli est peintre. J\u2019ai parcouru son site internet avec fascination\u00a0: on y d\u00e9couvre ses productions, des feuillages aux couleurs vives, des morceaux de nature captur\u00e9s, des troncs de bouleaux sinueux, de d\u00e9licates pommes de pin aux nuances rouges. S\u2019y cache-t-il celles esquiss\u00e9es durant le voyage de\u00a0<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em>\u00a0? La question intrigue, je me suis amus\u00e9e \u00e0 chercher les r\u00e9sonances, je les ai trouv\u00e9es. Marelli publie ici, chez art&amp;fiction, son premier texte. La maison d\u2019\u00e9dition est connue pour offrir un espace d\u2019expression aux artistes plasticiens, pour proposer des \u0153uvres qui sortent heureusement des sentiers battus. Certes, la structure de\u00a0<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em> d\u00e9route. Sa s\u00e9paration en trois parties distinctes, in\u00e9gales dans leur longueur et leur propos, n\u2019est pas pleinement convaincante\u00a0: pourquoi ajouter, \u00e0 la fin, ces \u00ab\u00a0pages arrach\u00e9es au carnet des Balkans\u00a0\u00bb dont la noirceur d\u00e9tonne si brutalement avec le reste, contredit m\u00eame le doux titre de l\u2019\u0153uvre\u00a0? Afin d\u2019appr\u00e9cier\u00a0<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em>, mieux vaut ne pas \u00eatre effray\u00e9.e.s par l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, ni d\u00e9sirer \u00e0 tout prix saisir l\u2019essence d\u2019un texte dans l\u2019encha\u00eenement de ses actions. Rien ou presque rien de tout \u00e7a dans le texte de Marelli\u00a0: la multiplicit\u00e9 des lieux, des personnages, des temporalit\u00e9s, des pronoms, des ellipses rend la trame narrative floue. Mais c\u2019est que le c\u0153ur de\u00a0<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em> est \u00e0 chercher ailleurs, et il nous fera pardonner les petites maladresses de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce c\u0153ur se trouve sans doute au plus joli des endroits\u00a0: le plaisir microtextuel, la saveur d\u2019un mot bien choisi ou d\u2019une phrase justement compos\u00e9e. La pr\u00e9cision lexicale d\u2019une description qui r\u00e9v\u00e8le soudain l\u2019essence d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 du monde \u2013 celle qu\u2019on a malheureusement manqu\u00e9e, \u00e0 force d\u2019\u00eatre pris.e dans le tourbillon d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui va toujours trop vite, entre les mails \u00e0 taper, la distraction des notifications WhatsApp, les r\u00e9unions pros et les heures pass\u00e9es derri\u00e8re nos \u00e9crans. \u00ab\u00a0<em>La fonte des neiges [qui] a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la nudit\u00e9 de l\u2019intime, en creux, comme dans une l\u00e9gende<\/em>\u00a0\u00bb, ces \u00ab\u00a0<em>quelques gouttes d\u2019un distillat puissant [qui] sourdent des arbres blancs<\/em>\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0<em>maisons rouges [qui] palpitent sur l\u2019herbe<\/em>\u00a0\u00bb, moi je ne les avais pas vues, pas comme \u00e7a. Et il m\u2019a suffi d\u2019\u00eatre assise au bord de ma fen\u00eatre, avec\u00a0<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em>\u00a0entre les mains, pour recevoir ces for\u00eats du Nord transform\u00e9es par un jour de redoux. Le texte se situe \u00e0 mi-chemin entre prose et po\u00e9sie\u00a0: ce sont ses \u00e9clairs de po\u00e9sie qui en font toute la d\u00e9licatesse. Le regard de Luc Marelli, celui du peintre qui a d\u00e9j\u00e0 finement observ\u00e9, est transmis \u00e0 travers son \u00e9criture de fa\u00e7on saisissante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ses phrases br\u00e8ves ou averbales sont autant de coups de pinceau sur la toile, minutieux. Il voit celles et ceux qu\u2019il croise dans leur singularit\u00e9 et inscrit sur la page les d\u00e9tails qui font leur unicit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le boiteux gagne l\u2019\u00e9picerie, quatre dames volubiles descendent du bus \u00e0 la queue leu leu et se s\u00e9parent avec des saluts presque militaires<\/em>&nbsp;\u00bb, tandis qu\u2019\u00e0 Biln\u00e4s, \u00ab&nbsp;<em>une passag\u00e8re fourbue se d\u00e9hanche vers la porte, mascara en larmes<\/em>&nbsp;\u00bb. Il voit les v\u00e9g\u00e9taux et les petits animaux, ceux qu\u2019on oublie, ceux qu\u2019on n\u00e9glige et dont la n\u00e9gligence nous fait perdre peu \u00e0 peu notre sensibilit\u00e9 au vivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Des vers de terre se retirent en profondeur et s\u2019enroulent avec tendresse autour des racines. Les strates se soudent et le gel chasse la vie plus bas en un gr\u00e9sillement continu. Derri\u00e8re la maison grise dans un bosquet \u00e9pargn\u00e9, aux aguets, le li\u00e8vre blanc observe.<\/em>&nbsp;\u00bb Dans la veine d\u2019un Pierre-Andr\u00e9 Milhit ou d\u2019une Claudie Hunzinger, Luc Marelli compte parmi les auteur.e.s qui nous aident, gr\u00e2ce aux mots, \u00e0 retrouver notre sensibilit\u00e9 \u00e0 la nature, aux \u00eatres qui la peuplent, qu\u2019ils soient humains ou non-humains. Ce travail permettra-t-il de r\u00e9soudre notre crise \u00e9cologique comme l\u2019esp\u00e8re le philosophe Baptiste Morizot&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Quoi qu\u2019il en soit, Luc Marelli parvient \u00e0 emmener en voyage. Il transporte au Nord, jusqu\u2019\u00e0 ces pays un peu \u00e9tranges o\u00f9 \u00ab\u00a0<em>la journ\u00e9e commence par un coucher de soleil<\/em>\u00a0\u00bb. Il invite \u00e0 la lenteur et \u00e0 la contemplation. Apr\u00e8s l\u2019avoir lu, on r\u00eaverait d\u2019emporter\u00a0<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em>\u00a0sur les sentiers nordiques afin de le relire l\u00e0-bas. On br\u00fble d\u2019envie de r\u00e9server vite vite des billets de train en quelques clics sur son ordinateur. Moi, j\u2019ai au moins amorc\u00e9 un mouvement pour quitter le rebord de ma fen\u00eatre et aller faire un tour en for\u00eat, pas loin. Bien s\u00fbr avec le livre de Luc Marelli gliss\u00e9 dans mon sac \u00e0 dos jaune moutarde (pas au fond mais dessus, juste \u00e0 port\u00e9e de main, au cas o\u00f9 je m\u2019assi\u00e9rais sur un banc, un rocher, un petit carr\u00e9 d\u2019herbe et d\u2019humus).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Luc Marelli,\u00a0<em>Tendresses apr\u00e8s la pluie<\/em>, Lausanne, Art&amp;fiction, 2024, 116 pages, 16,50 CHF.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"table table-hover\"><tbody><tr><td><\/td><td><\/td><td><\/td><td><\/td><\/tr><tr><td><\/td><td><img loading=\"lazy\" width=\"179\" height=\"224\" src=\"blob:https:\/\/blog.unifr.ch\/5a5b1534-f096-4563-a7b6-a43b2b767597\"><\/td><td><\/td><td><img loading=\"lazy\" width=\"198\" height=\"222\" src=\"blob:https:\/\/blog.unifr.ch\/575cb35f-f765-425d-98c1-7222d1b865d7\"><\/td><\/tr><tr><td><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dits des images&nbsp;: Luc Marelli,&nbsp;<a href=\"https:\/\/lucmarelli.ch\/fr\/\">https:\/\/lucmarelli.ch\/fr\/<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un peintre part en voyage. 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