{"id":1522,"date":"2024-10-15T14:00:01","date_gmt":"2024-10-15T12:00:01","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1522"},"modified":"2024-10-15T14:00:02","modified_gmt":"2024-10-15T12:00:02","slug":"stella-une-sainte-qui-touche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2024\/10\/15\/stella-une-sainte-qui-touche\/","title":{"rendered":"<em>Stella, une sainte \u00ab&nbsp;qui touche&nbsp;\u00bb<\/em>"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Prendre en main ce livre, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la saisir. D\u00e8s la couverture, la nouvelle h\u00e9ro\u00efne de Joseph Incardona se pare de dorures pour nous inviter \u00e0 entrer. La rosace qui entoure sa t\u00eate nous appelle. Avec les yeux mi-clos, la femme repr\u00e9sent\u00e9e semble en pri\u00e8re ou \u2026 en jouissance ? L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du personnage de Stella nous interpelle. Oui, elle est jeune et blonde mais pas que. Oui Incardona provoque, mais pas que. Ouvrons le livre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Par trois fois, la prostitu\u00e9e gu\u00e9rit les hommes, et la confession du dernier d\u2019entre eux fait basculer leurs destins \u00e0 tous. Le probl\u00e8me de Stella, ou son don, est qu\u2019elle est capable de soigner ceux avec qui elle couche. Et \u00e7a d\u00e9range, forc\u00e9ment. Allez leur dire, \u00e0 ceux qui prient encore la Vierge Marie, que la derni\u00e8re sainte en vogue op\u00e8re par le p\u00e9ch\u00e9 de chair. Tr\u00e8s vite (mais alors l\u00e0 vraiment tr\u00e8s vite) la nouvelle est transmise au Vatican, qui y voit une extraordinaire opportunit\u00e9. Cette femme fait des miracles, il suffira donc d\u2019en faire une martyre rapidos pour qu\u2019elle soit la nouvelle sainte en vogue. Les jumeaux Bronski sont sur le coup et donnent tout son sens au genre&nbsp;<em>pulp<\/em>, caract\u00e9ris\u00e9 par le nombre de crimes violents.&nbsp;Avec&nbsp;<em>Stella et l\u2019Am\u00e9rique<\/em>, l\u2019auteur s\u2019inscrit pleinement dans la suite de ses romans noirs, tout en y m\u00ealant un nouveau souffle par l\u2019originalit\u00e9 du destin de sa muse la plus r\u00e9cente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019histoire d\u00e9file, s\u2019encha\u00eene dans une soixantaine de chapitres qui semblent vouloir donner un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur au camping-car de notre sainte prostitu\u00e9e. Entre ceux qui veulent profiter de ses services, le pr\u00eatre ancien militaire qui va l\u2019aider, et les deux tueurs \u00e0 gage envoy\u00e9s par le Saint Si\u00e8ge pour la tuer, Stella prend la fuite. Ce cadre prometteur laisse place \u00e0 la traque de cette si na\u00efve louve. Et le voyage commence, dans une Am\u00e9rique rendue tout de suite famili\u00e8re. Pour ce faire, le texte nous plonge dans des sc\u00e8nes visuelles, montrant tour \u00e0 tour une caravane de voyante mexicaine, des jumeaux-tueurs nettoyant des restes humains, puis la salle de sport du pape, Simon II. Les emprunts \u00e0 l\u2019anglais, \u00e0 l\u2019espagnol ou au latin participent au r\u00e9alisme des dialogues. Les multiples r\u00e9f\u00e9rences aux marques y contribuent aussi, m\u00eame si c\u2019est toujours frustrant de ne pas savoir de quoi exactement on parle. Elles pr\u00e9cisent ce cadre am\u00e9ricain tout en nous distanciant quand celles-ci sont trop pouss\u00e9es&nbsp;: vous savez \u00e0 quoi \u00e7a ressemble, vous, les&nbsp;<em>Tony Lama&nbsp;<\/em>ou la&nbsp;<em>Chevrolet Camaro \u201969<\/em>&nbsp;? Non&nbsp;? Et bien bonne chance pour vous imaginer les pompes des fr\u00e8res Bronski ou leur bolide. L\u2019abondance, autre trait emprunt\u00e9 \u00e0 la grande Am\u00e9rique, m\u2019a fait quelque fois me demander si ce n\u2019\u00e9tait pas un peu trop&nbsp;: trop de r\u00e9f\u00e9rences, trop d\u2019encha\u00eenements, trop de personnages\u2026 Mais n\u2019est-ce pas dans ce&nbsp;<em>trop<\/em>&nbsp;que se m\u00ealent les fils de l\u2019intensit\u00e9 incardonesque&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Comme souvent, de nombreux alli\u00e9s meurent, et certains dans des conditions que l\u2019on pourrait reprocher \u00e0 l\u2019auteur. La sc\u00e8ne o\u00f9 les deux jumeaux s\u2019asseyent un instant dans une \u00e9glise pour contempler avec \u00e9motion la mise en sc\u00e8ne macabre qu\u2019ils viennent de r\u00e9aliser en tuant un s\u00e9minariste est particuli\u00e8rement gla\u00e7ante. Une fois, seulement, le texte nous permet de reprendre notre souffle dans cette course, en \u00e9talant la description d\u2019un moment cl\u00e9 en deux colonnes. Cet \u00e9tirement temporel de quelques lignes aurait m\u00e9rit\u00e9 de se r\u00e9p\u00e9ter, notamment au moment o\u00f9 Stella s\u2019interroge sur le sens de ce curieux don de gu\u00e9rison. Une courte pause intervient alors, comme pour relativiser l\u2019existence du pr\u00eatre et de la sainte en fuite : \u00ab&nbsp;Il aurait pu lui dire, aussi, le p\u00e8re Brown, que notre corps contient l\u2019essentiel de toute la mati\u00e8re recens\u00e9e \u00e0 ce jour dans l\u2019univers. Que rien n\u2019existe en dehors de nous. Que tout existe en dehors de nous.&nbsp;\u00bb Les passages o\u00f9 l\u2019auteur prend de la hauteur par rapport \u00e0 l\u2019histoire sont d\u00e9licieux, si bien que nous les souhaiterions plus nombreux. Le troisi\u00e8me miracul\u00e9 rejoint sa femme et doit bien lui expliquer comment il a \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ri. Forc\u00e9ment, il est mal re\u00e7u. \u00ab&nbsp;Et Robert se sentit seul comme il ne l\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9. Oppress\u00e9 non par la solitude en elle-m\u00eame, mais par celle \u00e9prouv\u00e9e en pr\u00e9sence de l\u2019autre, la pire qui soit.&nbsp;\u00bb On retrouve aussi ces prises de recul dans les jeux d\u2019apparition de l\u2019auteur, qui s\u2019int\u00e8gre dans son texte en parlant \u00e0 la premi\u00e8re personne. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre attach\u00e9 aux affreux fr\u00e8res Bronski&nbsp;: \u00ab&nbsp;ils sont les rouages de l\u2019\u00e9pop\u00e9e, ils sont la l\u00e9gende, ce que je tente de d\u00e9crire. Et j\u2019ai trop bu, et je suis si triste, faut pas m\u2019en vouloir de ce lyrisme, je reviens, j\u2019en reviens \u00e0 mes personnages, ils sont mon r\u00eave \u00e0 moi \u2013 j\u2019en reviens.&nbsp;\u00bb Derri\u00e8re la toile de l\u2019intrigue, Joseph Incardona n\u2019a pas peur de se montrer pour nous donner \u00e0 voir les rouages de son ouvrage en construction. En plus de cela, on partage son plaisir \u00e0 imaginer la vie vaticane, les dessous de ce lieu tant fantasm\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Entre humour et violence crue, s\u00e9duction et na\u00efvet\u00e9, gu\u00e9rison par le sexe (lieu du p\u00e9ch\u00e9), les jeux d\u2019opposition sont nombreux. Tout abonde dans ce texte, mais finalement rien n\u2019est en trop puisqu\u2019\u00ab&nbsp;on \u00e9crit parce que tout ce qui n\u2019est pas dit se perd.&nbsp;\u00bb L\u2019incongruit\u00e9 et l\u2019apparente distance de l\u2019histoire avec notre quotidien s\u2019efface au profit de la finesse des personnages. Au-del\u00e0 du rose, du bleu et du dor\u00e9 qui ornent la couverture, Incardona nous donne \u00e0 vivre toutes les nuances de la palette \u00e9motionnelle, nous tirant du noir meurtrier vers le blond de la volupt\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Joseph Incardona,\u00a0<em>Stella et l\u2019Am\u00e9rique<\/em>, Bouscat, finitudes \u00e9ditions, 2024, 224 pages, 36 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prendre en main ce livre, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la saisir. D\u00e8s la couverture, la nouvelle h\u00e9ro\u00efne de Joseph Incardona se pare de dorures pour nous inviter \u00e0 entrer. La rosace qui entoure sa t\u00eate nous appelle. Avec les yeux mi-clos, la femme repr\u00e9sent\u00e9e semble en pri\u00e8re ou \u2026 en jouissance ? 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