{"id":1545,"date":"2024-11-20T13:40:53","date_gmt":"2024-11-20T12:40:53","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1545"},"modified":"2024-11-20T13:40:54","modified_gmt":"2024-11-20T12:40:54","slug":"des-vies-comme-les-notres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2024\/11\/20\/des-vies-comme-les-notres\/","title":{"rendered":"Des vies comme les n\u00f4tres"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Ce qu\u2019il reste de tout \u00e7a<\/em>, c\u2019est un roman qui se savoure sans se presser, avec une tasse de caf\u00e9, le premier lundi matin des vacances d\u2019\u00e9t\u00e9. Ou un soir, pendant que le ciel devient rose, et que dans la chambre, en haut, les enfants se sont d\u00e9j\u00e0 endormis. Il se d\u00e9guste comme une histoire familiale qu\u2019on s\u2019approprie, comme le r\u00e9cit de souvenirs qui r\u00e9veillent les n\u00f4tres. Il \u00e9meut. Il touche au c\u0153ur de nous-m\u00eames, qui est aussi celui de toute vie\u00a0: lorsqu\u2019un \u00eatre na\u00eet, lie sa vie \u00e0 celle d\u2019un autre, engendre de nouveaux \u00eatres \u00e0 son tour puis prend soin de toute sa lign\u00e9e.\u00a0<em>Ce qu\u2019il reste de tout \u00e7a<\/em>\u00a0ne laisse pas indemne mais surtout, surtout, il d\u00e9pose un sourire sur le visage de son lecteur. Celui qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Moi aussi, j\u2019ai v\u00e9cu \u00e7a, et c\u2019\u00e9tait beau\u00a0\u00bb. Ou\u00a0: \u00ab\u00a0Moi aussi, je vivrai \u00e7a un jour, et ce sera beau\u00a0\u00bb. Je n\u2019avais pas envie que le livre s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Voici ce que c\u2019est, une lign\u00e9e, et voil\u00e0 ce que c\u2019est que de se lier. \u00c0 l\u2019image de deux fils qu\u2019on attache ensemble&nbsp;; une boucle, et \u00e7a continue sans que le n\u0153ud se d\u00e9fasse. Et le fil s\u2019allonge, simplement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Des vies simples racont\u00e9es avec une langue simple. Le bonheur des petits riens, parce que \u00ab&nbsp;lorsque les journ\u00e9es s\u2019ach\u00e8vent et qu\u2019on ne peut plus rien en faire, il s\u2019agit de r\u00e9cup\u00e9rer ce qui n\u2019est pas r\u00e9utilisable&nbsp;\u00bb. La beaut\u00e9 d\u2019un lien avec la nature qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 perdu. Un humour discret qui r\u00e9ussit \u00e0 arracher de l\u00e9gers rires. Avec le temps, des fils qui se nouent, des h\u00e9ritages qui se transmettent&nbsp;: une couleur de cheveux, une p\u00e2leur de la peau, un caract\u00e8re, quelques billets durement gagn\u00e9s, une portion de terre, la tendresse. C\u2019est tout \u00e7a, et plus, le livre de Fanny Desarzens. On a lu Ramuz. On a lu de grandes fresques familiales. On a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 les gens simples issus de communaut\u00e9s rurales. Et pourtant, Fanny Desarzens parvient encore \u00e0 surprendre. Difficile d\u2019expliquer pourquoi. Dans la langue, quelque chose touche. Dans les gestes des personnages, quelque chose touche \u00e9galement,&nbsp;<em>parle<\/em>. Dans le rythme, quelque chose heurte. Il suffit de la subtile alchimie du fond et de la forme et \u00e7a y est, au creux du ventre du lecteur, quelque chose&nbsp;<em>s\u2019\u00e9veille<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Peut-\u00eatre parce que quelque chose&nbsp;<em>lui ressemble<\/em>&nbsp;? Le r\u00e9cit s\u2019ouvre sur la figure de Marianne. Splendide Marianne \u00e0 laquelle on s\u2019attache d\u00e8s les premi\u00e8res pages. Solide et fragile face au paysage, \u00e0 727 m\u00e8tres d\u2019altitude, elle est \u00ab&nbsp;cette forme stable dans le d\u00e9cor, cet intervalle qui relie tout le reste&nbsp;\u00bb, le ciel et la terre. Elle est aussi le n\u0153ud du roman, la plaque tournante entre tous ses personnages. Elle est la fille, l\u2019\u00e9pouse, la m\u00e8re et la grand-m\u00e8re. Elle est notre m\u00e8re et notre grand-m\u00e8re. Marianne grandit \u00e0 la campagne. Un soir de bal, tandis que sur le ciel, \u00ab&nbsp;le jaune s\u2019amoindrissait&nbsp;\u00bb et que \u00ab&nbsp;\u00e7a devenait bleu et un peu violet, plus doux&nbsp;\u00bb, elle rencontre Adrien, en salopette de travail \u00ab&nbsp;parce qu\u2019il ne voulait pas se faire beau parce que de toute fa\u00e7on \u00e0 quoi \u00e7a servait&nbsp;\u00bb. Ils tombent amoureux, sentent surtout qu\u2019ils se comprendront. Ils s\u2019installent dans un \u00e9troit appartement \u00e0 Lausanne. Ils \u00e9l\u00e8vent Daniel, puis vient Andr\u00e9. Presque comme mon grand-p\u00e8re, Adrien passe toute sa vie \u00e0 effectuer des livraisons au volant de sa petite voiture rouge, radio enclench\u00e9e fort, et alors \u00ab&nbsp;il r\u00e9pandait un \u00e9cho autour de lui sans faire attention, sans faire expr\u00e8s&nbsp;\u00bb. Comme ma m\u00e8re, Marianne photographie Daniel qui \u00ab&nbsp;<em>mange ses premiers spaghettis \u00e0 la tomate&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb. Et les vies se font, se poursuivent, ressemblent toujours un peu aux n\u00f4tres, finalement. Le temps file et&nbsp;<em>Ce qu\u2019il reste de tout \u00e7a<\/em>&nbsp;dessine les existences comme des tableaux, sans clich\u00e9s, sans larmoiements excessifs, dans une juste sobri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Fanny Desarzens se passe de fioritures. Elle va \u00e0 l\u2019essentiel. Un peu comme le po\u00e8te Matthieu Corpataux avec&nbsp;<em>Emma au jardin<\/em>. Et \u00e7a marche, parce que souvent, la simplicit\u00e9 seule suffit \u00e0 d\u00e9gager des \u00e9motions, \u00e0 \u00e9veiller les n\u00f4tres. Emma devient notre grand-m\u00e8re. Marianne aussi. On touche le c\u0153ur de la vie en racontant une vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Et parmi tout \u00e7a il y a cette personne qui est l\u00e0, tout \u00e0 la fois vieille et enfant. (p.144)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00c0 la fin, il reste Marianne. Et nos souvenirs. Et une tasse de caf\u00e9 vide. Et nos vacances d\u2019\u00e9t\u00e9 en famille \u00e0 d\u00e9buter.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Fanny Desarzens,\u00a0<em>Ce qu\u2019il reste de tout \u00e7a<\/em>, Gen\u00e8ve, Slatkine, 2024, 157 pages, 22 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qu\u2019il reste de tout \u00e7a, c\u2019est un roman qui se savoure sans se presser, avec une tasse de caf\u00e9, le premier lundi matin des vacances d\u2019\u00e9t\u00e9. Ou un soir, pendant que le ciel devient rose, et que dans la chambre, en haut, les enfants se sont d\u00e9j\u00e0 endormis. 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