{"id":1631,"date":"2025-05-23T15:45:20","date_gmt":"2025-05-23T13:45:20","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1631"},"modified":"2025-05-23T15:45:20","modified_gmt":"2025-05-23T13:45:20","slug":"peut-on-pere-donner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/05\/23\/peut-on-pere-donner\/","title":{"rendered":"Peut-on p\u00e8re-donner ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Il y a les p\u00e8res g\u00e9niteurs et il y a les p\u00e8res fa\u00e7onneurs. Il y a ceux qui n\u2019ont fait que nous donner la vie et il y a ceux qui lui donnent un sens.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Avec son septi\u00e8me roman,&nbsp;<em>La danse des p\u00e8res<\/em>, Max Lobe d\u00e9voile un pan plus intime de son \u00e9criture et propose une r\u00e9flexion sur les figures paternelles qui construisent l\u2019identit\u00e9 d\u2019un individu. L\u2019auteur aux nombreux prix litt\u00e9raires renvoie son lectorat au Cameroun pour d\u00e9couvrir la vie de Benjamin M\u00fcller, un jeune homosexuel qui se bat pour son \u00e9mancipation. Max Lobe n\u2019en est pas \u00e0 son coup d\u2019essai quant \u00e0 ces th\u00e9matiques&nbsp;; toutefois,&nbsp;<em>La danse des p\u00e8res<\/em>&nbsp;se distingue dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit ici d\u2019un livre d\u00e9di\u00e9 aux p\u00e8res qui peuvent nous faire du mal et \u00e0 ceux qui peuvent nous en sauver.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Si Kiyo et Dorcas observent la sc\u00e8ne, sages dans leur coin comme un jur\u00e9 devant une audition de ballerino, moi, j\u2019applaudis de toutes mes forces, Paaapa de paaapa !, Paaapa de paaapa !; je saute sur les chaises, le canap\u00e9, partout-partout, je l\u00e8ve mes petites mains en l\u2019air et je crie comme un admirateur devant son \u00e9toile.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Adulte, Benjamin est accoud\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre dans son appartement lorsque les souvenirs de son enfance \u00e0 Douala, dans son Cameroun natal, l\u2019envahissent.<em>&nbsp;<\/em>\u00c0 priori, c\u2019\u00e9tait une enfance heureuse. Le p\u00e8re de famille, Kund\u00e8 Di Gwet Nj\u00e9, est un p\u00e8re aimant qui propage la bonne humeur par ses contes issus de sa vie, mais aussi par ses d\u00e9hanch\u00e9s l\u00e9gendaires de funky-makossa. Mais cette ambiance bon enfant n\u2019est qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re : Benjamin sera violemment rejet\u00e9 par son p\u00e8re et les autres hommes de Douala \u00e0 cause de son apparence jug\u00e9e \u00ab&nbsp;trop&nbsp;\u00bb f\u00e9minine. Le protagoniste devra se battre seul pour prendre sa revanche sur ces hommes qui l\u2019ont ostracis\u00e9. Son seul soutien r\u00e9side en ses<em>&nbsp;autres<\/em>&nbsp;p\u00e8res, ceux qu\u2019il ne conna\u00eet qu\u2019\u00e0 travers les livres et la danse, et qui sont l\u00e0 pour l\u2019\u00e9pauler tout au long de ce combat personnel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Aaah les enfants&nbsp;! C\u2019est\u00e0dire que parfois, lorsque je regarde la photo de P\u00f4oopo Biya que votre m\u00e8re a fait accrocher ici au-dessus de cette t\u00e9l\u00e9vision, je me dis&nbsp;: Vreuuument, si se\u00fbment notre petit p\u00e8re de la nation-ci avait eu affaire \u00e0 nos fr\u00e8res nkassa d\u2019Alg\u00e9rie, il y a longtemps qu\u2019il aurait quitt\u00e9 son petit tr\u00f4ne de palais \u00e0 \u00c9toudi, l\u00e0-bas \u00e0 Yaound\u00e9. Est-ce que les nkassa blaguent&nbsp;? ils allaient lui dire, Ma\u2019as-salama, Au revoir monsieur le pr\u00e9sident&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>La danse des p\u00e8res&nbsp;<\/em>nous plonge dans l\u2019intimit\u00e9 du jeune Benjamin. Plus encore, nous vivons sa vie. Nous prenons place \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pour assister au th\u00e9\u00e2tre de son enfance. Le mot d\u2019ordre est \u2018authenticit\u00e9\u2019 et pour y parvenir, l\u2019auteur propose un livre o\u00f9 la langue d\u00e9ploy\u00e9e est \u00e0 l\u2019intersection entre le fran\u00e7ais et le bassa. Max Lobe opte pour une langue vivante o\u00f9 r\u00e9cit et discours se m\u00e9langent pour faire place \u00e0 l\u2019oralit\u00e9. Lire&nbsp;<em>La danse des p\u00e8res<\/em>&nbsp;devient ainsi t\u00e2che ardue, tant le livre est bruyant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Que quoi ? Tu baises avec les hommes ? Aaah Benjamin, t\u2019es devenu pire encore qu\u2019une chose blanche. Maintenant, \u00e9coute-moi bien, eh, comme tu vis l\u00e0-bas avec ces gens-l\u00e0, reste avec eux. Ne remets plus jamais les pieds ici. Compris ? Jamais.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Vivre dans l\u2019intimit\u00e9 de Benjamin a un prix\u00a0: la souffrance. On ne peut rester insensible au d\u00e9versement de haine homophobe que Benjamin vit \u00e0 Douala. De cette souffrance na\u00eet sa soif de revanche. Benjamin refuse cat\u00e9goriquement de rester victime et reprend le contr\u00f4le de son histoire.\u00a0<em>La danse des p\u00e8res\u00a0<\/em>est un livre qui questionne le pardon. Est-il possible de pardonner \u00e0 nos p\u00e8res le mal qu\u2019ils nous ont inflig\u00e9\u00a0? Comment faire\u00a0? Pour Benjamin, la route vers le pardon est longue et c\u2019est une route qui se fait en solitaire. Max Lobe fait de l\u2019intime une redoutable arme politique. De Kourouma \u00e0 Mongo Beti, en passant par James Baldwin et Arthur Mitchell,\u00a0<em>La danse des p\u00e8res\u00a0<\/em>est une lettre de remerciement \u00e0 tous ses p\u00e8res racis\u00e9s qui ont donn\u00e9 sens \u00e0 sa vie en refusant de se taire.\u00a0<em>La danse des p\u00e8res\u00a0<\/em>envoie valser le patriarcat avec un texte \u00e0 la m\u00e9lodie explosive. Mais la question reste en suspens\u00a0: serez-vous capable de suivre la cadence\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Max Lobe,\u00a0<em>La danse des p\u00e8res<\/em>, Gen\u00e8ve, Zo\u00e9, 2025, 176 pages, 24 CHF.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a les p\u00e8res g\u00e9niteurs et il y a les p\u00e8res fa\u00e7onneurs. 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