{"id":1638,"date":"2025-05-28T10:23:49","date_gmt":"2025-05-28T08:23:49","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1638"},"modified":"2025-05-28T10:23:50","modified_gmt":"2025-05-28T08:23:50","slug":"lennui-se-manifeste-cest-certain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/05\/28\/lennui-se-manifeste-cest-certain\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ennui se manifeste, c&rsquo;est certain"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00ab&nbsp;28 juillet 1909&nbsp;\u00bb. C\u2019est sur cette date que s\u2019ouvre&nbsp;<em>le Manifeste Incertain 10<\/em>. Vous voulez d\u2019autres dates&nbsp;? Servez-vous, il y en aura bien assez pour tout le monde&nbsp;: \u00ab&nbsp;en ao\u00fbt 1922&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Automne 1956&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Novembre 1950&nbsp;\u00bb ou encore l\u2019ind\u00e9modable \u00ab&nbsp;6 janvier 1941&nbsp;\u00bb. Effectivement, c\u2019est bien un texte biographique. Il porte sur la vie de Malcolm Lowry, auteur de&nbsp;<em>Under the Volcano<\/em>, et sur celle du sculpteur et peintre suisse Alberto Giacometti qu\u2019on ne pr\u00e9sente plus dans nos contr\u00e9es. Les pages les concernant sont remarquables par la quantit\u00e9 astronomique d\u2019informations fournies. Loin de se concentrer uniquement sur les haut-faits et r\u00e9ussites de ces deux artistes, la narration d\u00e9voile aussi leurs \u00e9checs moraux ou professionnels&nbsp;: la beuverie, les r\u00e9\u00e9critures multiples ou encore la fr\u00e9quentation de prostitu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Petit apart\u00e9&nbsp;: j\u2019ai un souci. L\u2019ennui m\u2019inqui\u00e8te, non, me terrifie ! Je tremble rien que d\u2019y penser. Pour me d\u00e9partir de cette frayeur qui me tourmente, je propose un petit jeu&nbsp;:&nbsp;<em>Wikip\u00e9dia<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>Manifeste Incertain 10&nbsp;<\/em>? Attribuez les citations suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><a>\u00ab&nbsp;Le 17 septembre 1945, cinq mois apr\u00e8s la capitulation allemande, Alberto d\u00e9cide de regagner Paris, laissant Annette \u00e0 Gen\u00e8ve. Il y retrouve un ancien amour, Isabel, qui le rejoint dans l\u2019atelier de la rue Hippolyte-Maindron&nbsp;; ensemble, ils tentent d\u2019avoir une v\u00e9ritable vie de couple.&nbsp;\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00ab&nbsp;Mais son \u00e9tat finit par empirer, au point qu\u2019il accepte de se laisser soigner au Bellevue Hospital, dans le service de psychiatrie. C\u2019est Jan qui signe l\u2019autorisation d\u2019internement. \u00ab\u00a0Tremblant, incoh\u00e9rent, hallucin\u00e9\u00a0\u00bb, le patient ne reste que trois semaines dans l\u2019\u00e9tablissement, sous pr\u00e9texte qu\u2019il est un \u00e9tranger.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Perdu&nbsp;! Les deux citations sont bel et bien tir\u00e9es du livre. Les dates d\u00e9filent, les faits aussi, mais rien n\u2019est incarn\u00e9, on est face \u00e0 une suite d\u2019\u00e9v\u00e8nements d\u00e9crits de mani\u00e8re factuelle, on stagne. Le style est d\u2019un ennui dont l\u2019illusion ne tromperait m\u00eame pas Don Quichotte. Et c\u2019est dire si le style \u00e7a me conna\u00eet, \u00e9tant moi-m\u00eame heureux b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019un \u00e9chec d\u00e9finitif en \u00e9tudes de fran\u00e7ais. \u00c0 la limite, vous en sortirez nourri de&nbsp;<em>fun facts<\/em>&nbsp;sur Giacometti qui vous permettront de briller en soci\u00e9t\u00e9. Quitte \u00e0 s\u2019ennuyer, autant en retirer quelque chose. Critiquer et encore critiquer, c\u2019est \u2013 tout le monde l\u2019a bien s\u00fbr devin\u00e9 \u2013&nbsp;<em>BORING.<\/em>&nbsp;Hop, insert bilingue pour vous tenir en haleine. \u00c7a fonctionne&nbsp;? Du moins j\u2019aurai essay\u00e9\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Donc, l\u2019<em>aburrimiento&nbsp;<\/em>(j\u2019essaie encore \u2026) m\u2019a consum\u00e9. Et deux cents pages, c\u2019est long. Mais, coup de th\u00e9\u00e2tre, tout n\u2019est pas \u00e0 jeter&nbsp;! En l\u2019occurrence, les (rares) fois o\u00f9 l\u2019auteur intervient&nbsp;: consid\u00e9rations sur la mort, les \u00ab&nbsp;faux-amis&nbsp;\u00bb, la politique, la guerre, la science \u2026 pensez \u00e0 un sujet de discussion entre potes \u00e0 deux heures du matin dans le fumoir d\u2019une bo\u00eete quelconque et vous le retrouverez certainement dans ce livre. Trop nombreuses pour \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es, ces interventions de Pajak ont le m\u00e9rite d\u2019offrir un vent de fra\u00eecheur bienvenu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00c0 soulever \u00e9galement&nbsp;: la forme, plus libre et subversive qu\u2019une simple (auto)biographie. Ainsi, l\u2019auteur ne se fait pas simplement jeter d\u2019un bar, il&nbsp;<em>s\u2019apitoie<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je sais qu\u2019au jeu de la n\u00e9gociation, pour grignoter un petit quart d\u2019heure de rab, je serai perdant<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;Ce sont ces moments de vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui conf\u00e8rent au manifeste son caract\u00e8re incertain, son int\u00e9r\u00eat. L\u2019entreprise est remarquable, et c\u2019est d\u2019autant plus regrettable que, le reste du temps, les artistes qu\u2019il met sur le devant de la sc\u00e8ne l\u2019\u00e9clipsent et alourdissent le propos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le texte, le texte, le texte&nbsp;! Il n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait mention que du texte et pourtant, une sp\u00e9cificit\u00e9 des&nbsp;<em>Manifestes Incertains<\/em>, c\u2019est bien leur accompagnement<em>&nbsp;<\/em>de dessins \u00e0 l\u2019encre par Pajak lui-m\u00eame. Ces images forment un dialogue avec l\u2019\u00e9criture, et ce ne sont pas les biographies qu\u2019elles portent, mais bien l\u2019ambiance g\u00e9n\u00e9rale que le texte inscrit, ce visuel pr\u00e9sent\u00e9 au lecteur. Ce processus fonctionne efficacement au d\u00e9but, mais ne suffit pas \u00e0 maintenir en vie mon int\u00e9r\u00eat, d\u00e9clar\u00e9 en mort clinique. Dommage, car par son d\u00e9calage, ce langage visuel dessinait pourtant une osmose prometteuse avec le texte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Mais bon. Peut-\u00eatre que c\u2019est bien moi, le probl\u00e8me. L\u2019ennui m\u2019inqui\u00e8te\u2026Mince&nbsp;! Et voil\u00e0&nbsp;! Je me r\u00e9p\u00e8te&nbsp;! Quittons la sc\u00e8ne avant de barber tout le monde&nbsp;! Je retourne m\u2019amuser.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Fr\u00e9d\u00e9rick Pajak,\u00a0<em>Manifeste Incertain 10. Les \u00c9trangers<\/em>, Paris, Les \u00e9ditions Noir sur Blanc, 2025, 272 pages, 31,20 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;28 juillet 1909&nbsp;\u00bb. C\u2019est sur cette date que s\u2019ouvre&nbsp;le Manifeste Incertain 10. Vous voulez d\u2019autres dates&nbsp;? Servez-vous, il y en aura bien assez pour tout le monde&nbsp;: \u00ab&nbsp;en ao\u00fbt 1922&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Automne 1956&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Novembre 1950&nbsp;\u00bb ou encore l\u2019ind\u00e9modable \u00ab&nbsp;6 janvier 1941&nbsp;\u00bb. Effectivement, c\u2019est bien un texte biographique. 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