{"id":1652,"date":"2025-06-18T10:36:38","date_gmt":"2025-06-18T08:36:38","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1652"},"modified":"2025-06-18T10:36:39","modified_gmt":"2025-06-18T08:36:39","slug":"longe-a-lame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/06\/18\/longe-a-lame\/","title":{"rendered":"Longe \u00e0 l&rsquo;\u00e2me"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>LONGE<\/strong><strong>,&nbsp;<\/strong>subst. f\u00e9m.&nbsp;<strong>1<\/strong>. &#8211;<em>&nbsp;<\/em>Lani\u00e8re de cuir servant \u00e0 attacher un cheval ou \u00e0 le mener \u00e0 la main.&nbsp;<strong>2<\/strong>. &#8211; Moiti\u00e9 de l\u2019\u00e9chine de veau ou de chevreuil depuis le bas de l\u2019\u00e9paule jusqu\u2019\u00e0 la queue.&nbsp;<strong>3<\/strong>. &#8211;<em>&nbsp;<\/em>Ann\u00e9e<em>.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ces descriptions peuvent toutes \u00e9voquer le titre du nouvel ouvrage de Sarah Jollien-Fardel,&nbsp;<em>La longe<\/em>. En effet, on se demande de quoi va traiter ce livre au titre myst\u00e9rieux et plurivoque. R\u00e9cit animal&nbsp;? Violences domestiques&nbsp;? Boucher sanguinaire&nbsp;? Attachement contr\u00f4l\u00e9&nbsp;? Apr\u00e8s le premier roman plut\u00f4t cru de l\u2019autrice valaisanne, il est l\u00e9gitime de s\u2019attendre au pire quant \u00e0 l\u2019usage de cet objet \u00e0 la fois commun mais aux sens disparates. Si la violence paternelle de&nbsp;<em>Sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e<\/em>&nbsp;(2022)<em>&nbsp;<\/em>se poursuivait dans&nbsp;<em>La longe&nbsp;<\/em>(2025), il serait fort probable que la longe soit un objet utilis\u00e9 pour attacher, et donc qu\u2019elle soit adopt\u00e9e comme un vulgaire instrument de torture. Pourtant, il n\u2019en est rien, et c\u2019est l\u00e0 que l\u2019autrice surprend. La longe est utilis\u00e9e par amour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Vous vous demanderez peut-\u00eatre, en lisant ces lignes, comment l\u2019on peut autant appr\u00e9cier un livre dont le titre \u00e9voque, sans vergogne, un objet qu\u2019on utilise pour attacher quelque chose ou quelqu\u2019un (car vous l\u2019aurez compris, c\u2019est le sens de la premi\u00e8re d\u00e9finition qui est employ\u00e9 dans le livre de Jollien-Fardel). Vous risquez de penser que je suis une adepte de la violence, et c\u2019est vrai, mais uniquement&nbsp;lorsque celle-ci est si prodigieusement abord\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>La longe&nbsp;<\/em>est un roman douloureux, imp\u00e9tueux, brutal. Il r\u00e9v\u00e8le le deuil, mais pas seulement. La col\u00e8re aussi, l\u2019injustice, l\u2019incompr\u00e9hension. Ces sentiments qui peuvent ronger de l\u2019int\u00e9rieur, le personnage de Rose en est rempli. Lorsque sa fille d\u00e9c\u00e8de, tout s\u2019\u00e9croule autour d\u2019elle, tout devient insipide, vide de sens. Elle nous ram\u00e8ne dans le pass\u00e9 et nous raconte sa rencontre avec Camil, son amour de toujours, et nous pr\u00e9sente aussi sa famille, sa maman. La mort de celle-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Oui, oui, chance de parler \u00e0 ma maman-fant\u00f4me, qui me r\u00e9pond en soufflant sur les nuages pour d\u00e9voiler un bout de soleil<\/em>.&nbsp;\u00bb La tristesse \u00e9touffante de son p\u00e8re, la d\u00e9tresse autodestructrice de son fr\u00e8re. Ses liens avec les morts. Les diff\u00e9rents lieux helv\u00e9tiques sont importants, ils contextualisent mais symbolisent, aussi:<em>&nbsp;<\/em>\u00ab&nbsp;<em>Ce dr\u00f4le de duo de grands-m\u00e8res, la citadine d\u00e9pendante et la fille de la montagne rebelle, m\u2019entoure, me prot\u00e8ge, m\u2019encourage \u00e0 croire que tout, vraiment tout m\u2019est accessible<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp;La nature qu\u2019elle ch\u00e9rit tant, son refuge. Sa grossesse, empreinte de sentiments oppos\u00e9s. La naissance d\u2019Anna, la maternit\u00e9 et d\u2019autres morts.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Elle est o\u00f9 Anna&nbsp;?&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Anna est morte.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Moi je suis retenue dans une chambre aux parois bois\u00e9es, attach\u00e9e \u00e0 une longe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Rose traverse des \u00e9preuves profond\u00e9ment marquantes&nbsp;: le suicide de sa m\u00e8re pendant son enfance, puis la perte de sa propre fille, qui la pousse au bord du gouffre. Ainsi, elle oscille entre hospitalisation psychiatrique et soins \u00e0 domicile. Camil d\u00e9cide alors d\u2019emmener Rose dans leur&nbsp;<em>mayen&nbsp;<\/em>en montagne. Elle ne se doute pas qu\u2019il va l\u2019attacher \u00e0 une longe. Camil ex\u00e9cute ce pi\u00e8ge aux airs pernicieux. Il la laisse dans ses pens\u00e9es, dans un silence oppressant, un silence de souffrance, mais de lib\u00e9ration, aussi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Je parle \u00e0 mes morts, ils me r\u00e9pondent de moins en moins, il faut bien qu\u2019ils vivent. Les vivants reviennent.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Sarah Jollien-Fardel arrive brillamment \u00e0 exposer la violence, en la rendant malgr\u00e9 tout absolument sublime. Il ne faut pas la cacher ou la censurer. Consid\u00e9rer la violence peut \u00eatre un v\u00e9ritable rem\u00e8de pour l\u2019\u00e2me. Tout comme&nbsp;<em>Sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e<\/em>,&nbsp;<em>La longe&nbsp;<\/em>vous \u00e9meut, vous plonge dans les abysses de la d\u00e9tresse, de la douleur. Mais&nbsp;<em>La longe<\/em>&nbsp;vous en sort aussi, vous redonne faim de lumi\u00e8re, soif de vivre. Car finalement, c\u2019est ce que la longe, l\u2019objet, l\u2019exp\u00e9rience, a eu comme effet sur Rose.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Dans la mont\u00e9e blanchie, sous le bleu du ciel, je souris et je pleure en m\u00eame temps.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Sarah Jollien-Fardel,\u00a0<em>La longe<\/em>, Sabine Wespieser, 2024, 160 pages, 27 CHF<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LONGE,&nbsp;subst. f\u00e9m.&nbsp;1. &#8211;&nbsp;Lani\u00e8re de cuir servant \u00e0 attacher un cheval ou \u00e0 le mener \u00e0 la main.&nbsp;2. &#8211; Moiti\u00e9 de l\u2019\u00e9chine de veau ou de chevreuil depuis le bas de l\u2019\u00e9paule jusqu\u2019\u00e0 la queue.&nbsp;3. &#8211;&nbsp;Ann\u00e9e.&nbsp; Ces descriptions peuvent toutes \u00e9voquer le titre du nouvel ouvrage de Sarah Jollien-Fardel,&nbsp;La longe. En effet, on se demande de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":121,"featured_media":1653,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1652"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/121"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1652"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1652\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1654,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1652\/revisions\/1654"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1653"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1652"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1652"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1652"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}