{"id":1690,"date":"2025-08-25T15:48:33","date_gmt":"2025-08-25T13:48:33","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1690"},"modified":"2025-08-25T16:03:24","modified_gmt":"2025-08-25T14:03:24","slug":"etre-de-papier-jusqua-losmose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/08\/25\/etre-de-papier-jusqua-losmose\/","title":{"rendered":"\u00catre de papier jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;osmose"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Maurane_Formaz_Podcast-avec-son-modifie.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Un accident, et la vie bascule. Jusque-l\u00e0, rien de surprenant, sauf quand l\u2019accident \u2013 sans gravit\u00e9 \u2013 devient le catalyseur de l\u2019effondrement en r\u00e9v\u00e9lant l\u2019insoup\u00e7onnable.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Avec&nbsp;<em>\u00catre de papier<\/em>, Marie Beer signe son neuvi\u00e8me roman et d\u00e9montre toute l\u2019amplitude d\u2019une autrice confirm\u00e9e. Alors que&nbsp;<em>Patate Chaude<\/em>&nbsp;se d\u00e9marquait par son humour affolant, l\u2019autrice livre ici une performance d\u2019un autre genre en plongeant dans les tr\u00e9fonds de la m\u00e9moire d\u2019un homme qui triture, cherche, gratte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os les parois pour comprendre \u00e0 quel moment sa femme a bascul\u00e9 dans la folie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Elle, c\u2019est Aline. Lui, c\u2019est Yann. Un couple en apparence ordinaire, m\u00e9tro \u2013 boulot \u2013 dodo, la routine semble bien ancr\u00e9e et rythme leurs vies. Tout chavire au moment o\u00f9 un bus renverse Aline. L\u2019accident n\u2019est pas grave, mais il met \u00e0 jour un mensonge&nbsp;: elle n\u2019a jamais mis les pieds dans l\u2019\u00e9cole o\u00f9 elle dit travailler depuis dix ans. Le choc. Demande de divorce, dialogue de sourds, col\u00e8re, incompr\u00e9hensions&nbsp;: le couple explose.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Qu\u2019y a-t-il de vrai dans ce qu\u2019Aline raconte chaque soir \u00e0 la maison&nbsp;? Est-il possible qu\u2019elle ait invent\u00e9 de toutes pi\u00e8ces son quotidien professionnel des dix derni\u00e8res ann\u00e9es&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Pourquoi leur a-t-elle jou\u00e9 cette com\u00e9die&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Marie Beer explore les d\u00e9bris d\u2019une vie \u00e0 deux. En alternant les flashbacks et le pr\u00e9sent, elle diss\u00e9mine des indices. Dans les \u00e9tapes de leur vie qui se succ\u00e8dent, lui est amoureux, elle toujours fantasque. Difficile de rester neutre dans l\u2019affaire tant l\u2019imposture est grosse. D\u2019abord avec lui, face au mensonge. Face \u00e0 l\u2019aberration d\u2019une vie construite sur du rien. Mais le rien est-il vraiment o\u00f9 l\u2019on croit&nbsp;? Est-il vraiment cette invention d\u2019une vie id\u00e9ale pour contrer la vie r\u00e9elle&nbsp;? Est-il vraiment condamnable quand il est le signe du trop&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019autrice diss\u00e8que le couple. Elle interroge les r\u00f4les, la charge mentale et parentale en poussant ses personnages jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde. Ils deviennent des all\u00e9gories, s\u2019immergent dans les clich\u00e9s et embrassent la caricature. Dans ce duel, chacun cherche \u00e0 imposer sa v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre et nous assistons \u00e0 deux voix qui se croisent sans jamais se rejoindre. Yann attaque l\u2019\u00e9go\u00efsme, elle attaque l\u2019absence. Il recharge avec la norme, elle rench\u00e9rit avec la libert\u00e9. Les coups fusent, ils touchent parfois. Les personnages se dessinent alors infiniment plus complexes. Le p\u00e8re carr\u00e9, aimant et travailleur est aussi l\u2019homme rempli de pr\u00e9jug\u00e9s qui fait tomber le couperet sur sa femme avant m\u00eame d\u2019avoir cherch\u00e9 \u00e0 la comprendre. La femme fantasque, menteuse et \u00e9go\u00efste est aussi la m\u00e8re au service des autres, pilier du foyer, qui tente de survivre \u00e0 une charge domestique qu\u2019elle est seule \u00e0 porter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Yann approche la chaise au bord du lit. Il s\u2019assied \u00e0 nouveau et il la scrute jusqu\u2019\u00e0 ce que le voile de ses paupi\u00e8res se rel\u00e8ve. Ils restent quelques instants prisonniers de cet \u00e9change de regards. Puis Aline articule p\u00e9niblement\u00a0:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">&#8211; <em>J\u2019ai exist\u00e9 comme j\u2019ai pu.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans cette chambre d\u2019h\u00f4pital, les comptes se r\u00e8glent sur la place publique et le d\u00e9bat devient universel. L\u2019autrice l\u2019illustre avec un voisin peu avenant qui ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019intervenir derri\u00e8re son rideau, que ce soit pour compter les points marqu\u00e9s par chacun des partenaires ou pour les faire taire et renvoyer ainsi ces questions \u00e0 l\u2019intime. En signant ce texte, Marie Beer d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que l\u2019intime est bel et bien politique pour le questionner \u00e0 travers des strates qui se d\u00e9ploient autant dans le contenu &#8211; \u00e0 travers les diff\u00e9rentes th\u00e9matiques explor\u00e9es \u2013 que dans la forme, avec une construction alternant ce qui est et ce qui a \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Alors qu\u2019<em>\u00eatre<\/em>\u00a0signifie avoir une r\u00e9alit\u00e9,\u00a0<em>\u00catre de papier<\/em>\u00a0est peut-\u00eatre la possibilit\u00e9 de la fuir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Marie Beer,&nbsp;<em>\u00catre de papier<\/em>, Gen\u00e8ve, Encre Fra\u00eeche, 2025, 183 pages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un accident, et la vie bascule. 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