{"id":1695,"date":"2025-09-03T16:43:56","date_gmt":"2025-09-03T14:43:56","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1695"},"modified":"2025-09-03T16:43:57","modified_gmt":"2025-09-03T14:43:57","slug":"un-hameau-trompe-loeil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/09\/03\/un-hameau-trompe-loeil\/","title":{"rendered":"Un hameau trompe-l&rsquo;\u0153il"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Le hameau de personne<\/em>, c\u2019est un roman qu\u2019on ne voit pas venir. Lorsqu\u2019on d\u00e9couvre, au fil des premi\u00e8res pages, les personnages principaux, une impression se dessine&nbsp;: il va se passer quelque chose avec Fracasse, c\u2019est certain. Ce nom d\u00e9tone, il semble annonciateur d\u2019une catastrophe \u00e0 venir. Et cette intuition semble se confirmer, car Fracasse se r\u00e9v\u00e8le un adepte du voyeurisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">S\u2019agirait-il d\u2019un roman policier&nbsp;? Et bien non. Le r\u00e9cit d\u00e9joue les attentes et se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un roman de la marginalit\u00e9, centr\u00e9 sur l\u2019observation, le silence et les non-dits. Dans son roman, J\u00e9r\u00f4me Meizoz dresse le portrait d\u2019une s\u00e9rie de personnes en marge de la soci\u00e9t\u00e9. Fracasse, c\u2019est sa timidit\u00e9 et son travail dans l\u2019\u00e9criture qui le marginalisent. Javerne, le dealer \u00ab&nbsp;aux mots sales&nbsp;\u00bb, pr\u00e9f\u00e8re observer la vo\u00fbte c\u00e9leste plut\u00f4t que de se fondre dans la population ou trouver une femme. Il y a aussi Rosalba, devenue Emaney, qui s\u2019illustre en star des r\u00e9seaux sociaux, isol\u00e9e dans son chalet avec ses deux chiens. Puis Boksay, le photographe bulgare, et Ma\u00efko qui ne parle pas, et qui fait presque partie du d\u00e9cor. Alors que la petitesse du hameau devrait promouvoir leur rapprochement, c\u2019est le contraire qui se produit&nbsp;: les \u00e9changes restent superficiels, servent \u00e0 dissimuler des v\u00e9rit\u00e9s, \u00e0 camoufler des obsessions. De mani\u00e8re int\u00e9ressante, ce sont les t\u00e9moignages des diff\u00e9rents personnages qui nous conf\u00e8rent un acc\u00e8s \u00e0 leur moi int\u00e9rieur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Au fil des pages, les personnages se r\u00e9v\u00e8lent par le biais de regards crois\u00e9s. Chacun-e se raconte, mais surtout, est racont\u00e9-e par un-e autre, dans un dispositif narratif qui en dit souvent plus que ce que les personnages per\u00e7oivent d\u2019eux-m\u00eames. Le franc-parler de Javerne, par exemple, parait dissimuler une timidit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. Il y a aussi la lettre de Fracasse \u00e0 Emaney, qui renverse brutalement la perspective. Et si nous avions jug\u00e9 trop vite&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Finalement, arrive la chute \u2013 ou plut\u00f4t les chutes, car le roman offre le luxe du choix de la fin. Le drame \u00e9clate sans pr\u00e9venir, au d\u00e9tour d\u2019une page.&nbsp;&nbsp;Mais nous avions \u00e9t\u00e9 avertis de la trag\u00e9die : l\u2019histoire du po\u00e8te de la falaise, un promeneur qui avait d\u00e9viss\u00e9 dans les ann\u00e9es 1940 \u00e9tait finalement bel et bien pr\u00e9monitoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le roman de Meizoz, c\u2019est aussi une remise en question des nouvelles technologies, de la solitude masqu\u00e9e derri\u00e8re les followers, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019utilisation de l\u2019IA par Emaney dans ses cr\u00e9ations. L\u2019auteur lui-m\u00eame s\u2019ins\u00e8re d\u2019ailleurs dans la narration par un processus de mise en abyme, pour expliquer la cr\u00e9ation de la fin de l\u2019histoire. Cette incursion inattendue casse les codes habituels de la narration et propose une entrevue avec un nouveau personnage&nbsp;: le robot conversationnel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Le hameau de personne<\/em>&nbsp;est un livre \u00e0 la construction subtile et originale, m\u00eame les diff\u00e9rentes fins propos\u00e9es peuvent cr\u00e9er une forme de frustration pour les lecteurs et lectrices en qu\u00eate de r\u00e9solution. Le titre r\u00e9sume \u00e0 lui seul toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du roman : il sugg\u00e8re que l\u2019on peut \u00eatre \u00e0 la fois visible et invisible, une figure sur les r\u00e9seaux sociaux et personne dans la vie r\u00e9elle. En adoptant les mots de Fracasse, Emaney r\u00e9sume la solitude qui unit les habitants du hameau :&nbsp;<em>personne ne conna\u00eet ma personne<\/em>.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>J\u00e9r\u00f4me Meizoz,\u00a0<em>Le hameau de personne<\/em>, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2025, 160 pages, 24 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le hameau de personne, c\u2019est un roman qu\u2019on ne voit pas venir. 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