{"id":1698,"date":"2025-09-09T14:34:34","date_gmt":"2025-09-09T12:34:34","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1698"},"modified":"2025-09-09T14:34:34","modified_gmt":"2025-09-09T12:34:34","slug":"rien-de-nouveau-sous-le-ciel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/09\/09\/rien-de-nouveau-sous-le-ciel\/","title":{"rendered":"Rien de nouveau sous le ciel"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong><em>Je me r\u00e9veillerai un matin sous un ciel nouveau<\/em><\/strong><strong>&nbsp;met en sc\u00e8ne, au c\u0153ur de la ville de Gen\u00e8ve, une narratrice fra\u00eechement s\u00e9par\u00e9e de son mari, tentant de se reconstruire une identit\u00e9.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le huiti\u00e8me roman de l\u2019autrice genevoise Anne Br\u00e9cart plonge les lecteur\u00b7ices dans les m\u00e9andres des souvenirs d\u2019une femme qui doit r\u00e9apprendre \u00e0 vivre seule, alors que tout ce qu\u2019elle conna\u00eet s\u2019effondre autour d\u2019elle. Priv\u00e9e de sa vie familiale et de l\u2019amour de son mari, la narratrice, dont le nom reste inconnu tout au long du roman, doit faire face \u00e0 une solitude soudaine, \u00e0 un appartement vide et froid et surtout, au temps qui passe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Je constate ce soir, dans l\u2019appartement pr\u00eat\u00e9, que le temps passe tout autrement que dans ma vie d\u2019avant, qu\u2019il a une tout autre consistance. Au lieu d\u2019\u00eatre fluide et lumineux il me para\u00eet gluant et noir, s\u2019\u00e9coule lentement et avec peine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans le r\u00e9cit, la rupture est plus que sentimentale, elle est \u00e9galement temporelle et identitaire. Autour de la narratrice, le temps cesse d\u2019exister. Il devient son ennemi puisqu\u2019il la met face \u00e0 ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme son plus grand \u00e9chec : la perte de son mariage et des liens familiaux. A la fa\u00e7on du recueil&nbsp;<em>Le Temps d\u00e9borde<\/em>&nbsp;que Paul \u00c9luard publie apr\u00e8s la mort de Nusch, son \u00e9pouse et muse, Br\u00e9cart utilise le temps qui passe, ou plut\u00f4t son absence, pour mettre sa narratrice face \u00e0 ses ins\u00e9curit\u00e9s et \u00e0 sa s\u00e9paration. D\u2019abord \u00e9pouse et m\u00e8re, le personnage principal du roman redevient une sorte d\u2019adolescente perdue et doit r\u00e9apprendre petit \u00e0 petit \u00e0 \u00eatre seule et \u00e0 se suffire \u00e0 elle-m\u00eame. Pas facile lorsque la d\u00e9pendance affective a toujours fait partie de sa vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>R\u00e9trospectivement, je note mon absolue impossibilit\u00e9 de dire non. Je m\u2019imagine nager dans un fort courant&nbsp;: celui qui est emport\u00e9 par un fleuve imp\u00e9tueux ne dit pas non.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce besoin d\u2019exister \u00e0 travers les autres r\u00e9appara\u00eet d\u2019ailleurs rapidement quand la narratrice fait la rencontre de S., un coll\u00e8gue de travail qui traverse lui aussi un divorce douloureux. Toutefois, malgr\u00e9 les dires du personnage principal, l\u2019homme appara\u00eet comme une t\u00e2che noire aux yeux des lecteur\u00b7ices vigilant\u00b7es. Humeur changeante, mensonges,&nbsp;<em>mixed signals<\/em>&nbsp;comme on dit en anglais, S. devient peu \u00e0 peu une figure masculine toxique. Pourtant, la seule qui ne semble pas s\u2019en rendre compte, c\u2019est la narratrice. Tr\u00e8s vite, S. devient le centre de ses pens\u00e9es et am\u00e8ne une pr\u00e9sence, voire un sens, dans sa vie. Bien qu\u2019elle sente de plus en plus que la situation ne lui convient pas, la narratrice se raccroche \u00e0 la seule chose qui la sorte de sa torpeur&nbsp;: une apparente histoire d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>On peut aussi \u00eatre combl\u00e9e par un amour impossible qui s\u2019installe dans notre imaginaire et qui ne nous laisse pas en paix.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Gr\u00e2ce \u00e0 la structure de journal intime du roman, l\u2019autrice plonge ses lecteurs\u00b7ices au c\u0153ur m\u00eame des pens\u00e9es et des doutes du personnage principal. Pendant une dur\u00e9e de dix mois, il est possible de suivre les \u00e9tats d\u2019\u00e2me de la narratrice et de capter l\u2019\u00e9volution de sa personne. D\u00e8s lors, le r\u00e9cit de la narratrice se fait \u00e0 la fois \u00e0 travers elle-m\u00eame, mais \u00e9galement \u00e0 travers les autres personnages qu\u2019elle conna\u00eet et qu\u2019elle d\u00e9crit en d\u00e9tail. Une ressemblance avec le c\u00e9l\u00e8bre roman&nbsp;<em>Mrs Dalloway&nbsp;<\/em>de Virginia Woolf (1925) est fortement perceptible et l\u2019autrice anglaise est d\u2019ailleurs souvent cit\u00e9e dans le roman de Br\u00e9cart, pour qui Woolf est une source assum\u00e9e d\u2019inspiration.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Cela dit, l\u2019\u00e9criture introspective et sensible d\u2019Anne Br\u00e9cart, qui rappelle d\u2019ailleurs par endroits celle d\u2019Annie Ernaux, ne suffit pas \u00e0 entra\u00eener les lecteur\u00b7ices dans le r\u00e9cit de mani\u00e8re durable. Satur\u00e9 de descriptions et des lamentations de la part de la narratrice, le r\u00e9cit ralentit et le personnage principal se montre presque un petit peu \u00e9nervant, bien qu\u2019il soit manifeste que cette femme a avant tout besoin d\u2019aide. Parfois, l\u2019envie pourrait vous prendre d\u2019entrer dans le roman et de secouer la narratrice afin qu\u2019elle se r\u00e9veille&nbsp;et qu\u2019elle reprenne les r\u00eanes de sa vie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les diff\u00e9rentes th\u00e9matiques abord\u00e9es dans&nbsp;<em>Je me r\u00e9veillerai un matin sous un ciel nouveau<\/em>&nbsp;ne sont, par ailleurs, pas nouvelles sous la plume de l\u2019autrice. En effet,&nbsp;<em>Les Ann\u00e9es de verre<\/em>&nbsp;(1997) et&nbsp;<em>La Lenteur de l\u2019aube<\/em>&nbsp;(2013) exploraient d\u00e9j\u00e0 l\u2019importance des souvenirs et de la m\u00e9moire, tandis qu\u2019<em>Angle mort<\/em>&nbsp;(2002) questionnait l\u2019identit\u00e9 humaine. Ainsi, le huiti\u00e8me roman d\u2019Anne Br\u00e9cart para\u00eet plut\u00f4t semblable \u00e0 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, ce qui risque de le rendre moins attrayant. N\u00e9anmoins, ces diff\u00e9rentes th\u00e9matiques demeurent universelles et touchent sans doute de nombreux lecteurs et surtout, de nombreuses lectrices qui traversent des \u00e9preuves similaires \u00e0 celles \u00e9voqu\u00e9es dans&nbsp;<em>Je me r\u00e9veillerai un matin sous un ciel nouveau<\/em>.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Anne Br\u00e9cart,\u00a0<em>Je me r\u00e9veillerai un matin sous un ciel nouveau<\/em>, Gen\u00e8ve, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2025, 144 pages, 23 CHF.<\/p>\n\n\n\n<p>Image provenant d\u2019une banque d\u2019images libres de droit.\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.vecteezy.com\/photo\/34868497-ville-paysage-de-geneve-centre-ville-et-lac-suisse-brillant-arc-en-ciel-plus-de-celebre-140-metres-jet-d-eau-fontaine\">https:\/\/fr.vecteezy.com\/photo\/34868497-ville-paysage-de-geneve-centre-ville-et-lac-suisse-brillant-arc-en-ciel-plus-de-celebre-140-metres-jet-d-eau-fontaine<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me r\u00e9veillerai un matin sous un ciel nouveau&nbsp;met en sc\u00e8ne, au c\u0153ur de la ville de Gen\u00e8ve, une narratrice fra\u00eechement s\u00e9par\u00e9e de son mari, tentant de se reconstruire une identit\u00e9.&nbsp; Le huiti\u00e8me roman de l\u2019autrice genevoise Anne Br\u00e9cart plonge les lecteur\u00b7ices dans les m\u00e9andres des souvenirs d\u2019une femme qui doit r\u00e9apprendre \u00e0 vivre seule, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":115,"featured_media":1699,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1698"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/115"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1698"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1698\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1700,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1698\/revisions\/1700"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1699"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}