{"id":1709,"date":"2025-09-26T14:31:18","date_gmt":"2025-09-26T12:31:18","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1709"},"modified":"2025-09-26T14:31:18","modified_gmt":"2025-09-26T12:31:18","slug":"se-taire-pour-survivre-parler-pour-exister","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/09\/26\/se-taire-pour-survivre-parler-pour-exister\/","title":{"rendered":"Se taire pour survivre. Parler pour exister."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Certains livres ne cherchent pas \u00e0 s\u2019imposer. Ils se laissent approcher lentement, dans un souffle presque imperceptible.&nbsp;<em>Me taire,<\/em>&nbsp;de Sandro Marcacci, avance sans forcer le pas. Pas de d\u00e9monstration, pas de grands effets. Le texte enveloppe, puis \u00e9chappe. Il retient plus qu\u2019il ne d\u00e9voile. Tout se joue entre les mots : dans les silences, les phrases interrompues, les contours qui glissent.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">D\u00e8s les premi\u00e8res pages, le r\u00e9el vacille. Les visages restent flous, les lieux incertains, les pronoms s\u2019omettent. Une femme, Jeanne-Marie, appara\u00eet, mais tout autour d\u2019elle semble \u00e9rod\u00e9. Rien n\u2019est dit clairement\u202f: une g\u00eane flotte, des soup\u00e7ons, une maladie difficile \u00e0 nommer, que le texte laisse longtemps au second plan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce roman explore l\u2019effacement. Jeanne-Marie traverse l\u2019existence sans bruit\u202f: enfant ignor\u00e9e, \u00e9pouse tol\u00e9r\u00e9e, m\u00e8re tenue \u00e0 distance. M\u00eame son corps semble con\u00e7u pour se faire oublier. Dans un centre de soins, elle croise d\u2019autres femmes mises \u00e0 l\u2019\u00e9cart, partage quelques instants, quelques douleurs. Respirer, oui. Parler, non. Rester invisible, m\u00eame en gu\u00e9rison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Au c\u0153ur du texte, une phrase r\u00e9sonne\u202f:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00ab\u202fIl m\u2019a fallu pour \u00e7a \u00eatre malade, la maladie et le sentiment d\u2019y \u00eatre \u00e0 ma place.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">La maladie devient paradoxalement un lieu d\u2019existence, une sorte d\u2019ancrage. Dans cette mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart impos\u00e9e, Jeanne-Marie semble enfin trouver un territoire \u00e0 elle, un espace o\u00f9 son existence, jusque-l\u00e0 en retrait, devient perceptible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Et puis il y a l\u2019avant, et l\u2019apr\u00e8s, un r\u00e9cit sans chronologie rigide. Remontent des souvenirs\u202f: une adolescence sans tendresse, une s\u0153ur morte trop t\u00f4t, une grossesse pr\u00e9coce, un mari absent, une fille qu\u2019elle observe d\u00e9sormais de loin. Louise, sa fille, reste son unique attache, sa seule raison de continuer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le style est sobre, proche de la retenue. Une parole fragile, qui s\u2019effiloche parfois, comme la m\u00e9moire. Certains passages laissent une impression de flou difficile \u00e0 transpercer, notamment au d\u00e9but, mais cette confusion fait corps avec le sujet. Raconter exige ici de ne pas trop dire. Ce silence-l\u00e0 m\u00e9rite son espace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019\u00e9criture fait parfois penser \u00e0 Annie Ernaux, dans sa clart\u00e9 sans d\u00e9tour. \u00c0 Marguerite Duras, pour ses silences denses et insistants. Pourtant, le texte de Sandro Marcacci garde son identit\u00e9 propre. Il est travers\u00e9 par des sensations brutes, par une attention aigu\u00eb \u00e0 l\u2019espace, au regard des autres. Il est aussi l\u2019\u00e9vidence d\u2019une critique sociale : ce qu\u2019une femme doit taire, ce qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 choisit de ne pas entendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les photographies int\u00e9gr\u00e9es ne sont pas des illustrations. Elles prolongent l\u2019intime. Elles t\u00e9moignent. Elles disent : J\u2019\u00e9tais l\u00e0. J\u2019ai exist\u00e9. Elles montrent ce que le texte tait. Comme les citations en t\u00eate de chapitre, elles viennent souligner, sans bruit, ce qui se joue sous la surface.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Me taire<\/em>&nbsp;laisse une empreinte profonde. Ni spectaculaire ni d\u00e9monstratif, il agit avec pudeur et t\u00e9nacit\u00e9. \u00c0 l\u2019image de Jeanne-Marie. \u00c0 l\u2019image de tant de vies invisibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00c0 propos de l\u2019auteur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">N\u00e9 en 1963 \u00e0 Neuch\u00e2tel, Sandro Marcacci est \u00e9crivain, professeur de lettres et photographe. Son \u0153uvre m\u00eale texte et image, souvent tourn\u00e9e vers l\u2019intime et les voix en retrait. Avec&nbsp;<em>Me taire<\/em>, il poursuit ce travail d\u2019\u00e9criture pudique et attentive, en donnant chair \u00e0 une existence effac\u00e9e, marqu\u00e9e par le silence, la maladie et la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Sandro Marcacci,\u00a0<em>Me taire<\/em>, \u00c9ditions d\u2019en bas, f\u00e9vrier 2025, 129p, 24 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certains livres ne cherchent pas \u00e0 s\u2019imposer. Ils se laissent approcher lentement, dans un souffle presque imperceptible.&nbsp;Me taire,&nbsp;de Sandro Marcacci, avance sans forcer le pas. Pas de d\u00e9monstration, pas de grands effets. Le texte enveloppe, puis \u00e9chappe. Il retient plus qu\u2019il ne d\u00e9voile. 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