{"id":1711,"date":"2025-10-07T15:26:22","date_gmt":"2025-10-07T13:26:22","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1711"},"modified":"2025-10-07T15:26:23","modified_gmt":"2025-10-07T13:26:23","slug":"la-symphonie-animale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/10\/07\/la-symphonie-animale\/","title":{"rendered":"La symphonie animale"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re des nouvelles parutions, parmi des couvertures doucement imag\u00e9es ou au contraire tr\u00e8s sombres, un roman attire spontan\u00e9ment l\u2019\u0153il, se d\u00e9marque. Aucun dessin, ni portrait, ou image\u2026seulement un titre et un motif vert fluo&nbsp;: subtil, surprenant mais rassurant \u2013 le vert connote l\u2019espoir et la vitalit\u00e9, non&nbsp;? Il s\u2019agit de&nbsp;<em>La voix des fauves<\/em>, par Julien Pellaton. Si la couverture d\u00e9tonne par son originalit\u00e9, le titre, quant \u00e0 lui, rend perplexe \u2013 d\u00e9cid\u00e9ment, ce roman ne se laisse pas apprivoiser facilement. Va-t-on lire un roman dont les personnages sont des animaux&nbsp;? Un roman militant pour la cause animale&nbsp;? Sceptique. Seuls les plus courageux oseront prendre en main le livre et entamer sa lecture. Et ils auront eu raison. Apr\u00e8s quelques pages, la subtilit\u00e9 intelligente qui se cache derri\u00e8re ces quelques mots inauguraux se fait d\u00e9j\u00e0 appr\u00e9cier. Alors, si le texte ne parle pas fondamentalement de f\u00e9lid\u00e9s, de quoi s\u2019agit-il&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce roman raconte l\u2019histoire d\u2019un jeune homme, Takeo, \u00e9tabli \u00e0 Gen\u00e8ve et anim\u00e9 par des r\u00eaves de carri\u00e8re de chanteur lyrique. Si ses aspirations semblent presque somptueuses, sa vie, elle, est bien loin \u2013 mais alors vraiment \u2013 de la beaut\u00e9 des op\u00e9ras. Le jeune homme, faute de moyens, travaille dans un petit bar dont la patronne est un personnage aussi excentrique qu\u2019irritant et de surcroit la mauvaise foi lui coule dans les veines. Les heures sont longues, les clients ex\u00e9crables et le salaire ridicule. Une triste vie qui g\u00e9n\u00e8re automatiquement, chez nous lecteur, une grande empathie pour ce jeune Takeo. Mais d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 se sortir de ce monde morose, Takeo plaque tout. Il entame un long voyage rempli d\u2019impr\u00e9vus \u00e0 travers l\u2019Europe et le globe, continuellement guid\u00e9 par la recherche de sens, le sens de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce sens, il l\u2019effleure du bout des doigts lorsqu\u2019il participe aux cours de l\u2019Op\u00e9ra Studio de Bruxelles. Mais tout s\u2019effondre \u00e0 nouveau quand un accident met subitement ses projets en p\u00e9ril. Il croit percevoir un sens dans sa relation amoureuse avec Javier, le cuisinier du petit restaurant dans lequel il travaille \u00e0 Bruxelles. Il semble s\u2019esquisser au travers de ses relations amicales. Ces p\u00e9r\u00e9grinations lui donnent-elles un sentiment d\u2019accomplissement et un sens v\u00e9ritable \u00e0 son existence&nbsp;? La fin demeure \u00e9nigmatique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Cette qu\u00eate pour trouver le sens de l\u2019existence n\u2019est pas l\u2019unique objet de ce roman. Plus que tout,&nbsp;<em>La voix des fauves<\/em>&nbsp;se mue en une ouverture sur le monde artistique, ses joies et ses travers. Julien Pellaton, danseur-chor\u00e9graphe-t\u00e9nor \u2013 eh oui, \u00e7a ne s\u2019invente pas \u2013, s\u2019amuse \u00e0 construire un roman que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019hybride, tant il est \u00e0 cheval entre litt\u00e9rature et op\u00e9ra. La structure du r\u00e9cit rappelle celle d\u2019une pi\u00e8ce chant\u00e9e : subdivis\u00e9e en actes et entrecoup\u00e9e par des interm\u00e8des, l\u2019histoire se construit dans un respect visible du sch\u00e9ma narratif traditionnel. Le protagoniste, aid\u00e9 de nombreux adjuvants se lance dans une qu\u00eate sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches et se bat contre divers opposants. Plus qu\u2019un simple respect de structuration, le roman fait continuellement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des pi\u00e8ces d\u2019op\u00e9ras c\u00e9l\u00e8bres et use en abondance d\u2019extraits&nbsp;:&nbsp;<em>L\u2019Or du Rhin<\/em>&nbsp;de Wagner,&nbsp;<em>Macbeth<\/em>&nbsp;de Shakespeare,&nbsp;<em>Don Giovanni<\/em>&nbsp;de Mozart, et j\u2019en passe. La langue quant \u00e0 elle \u00e9pouse le fond, le rend plus percutant. C\u2019est une \u00e9criture ponctu\u00e9e d\u2019adjectifs, ultra descriptive, que propose l\u2019auteur. Des expressions parfois d\u00e9cal\u00e9es, un sens quelque fois difficile \u00e0 appr\u00e9hender \u2013 mais rien d\u2019insurmontable ne vous inqui\u00e9tez pas. Par-dessus tout, c\u2019est un langage empreint de lyrisme qui se d\u00e9veloppe au travers des pages, confirmant pleinement le lien vital que ce roman entretient avec l\u2019op\u00e9ra.&nbsp;<em>En ces nuits de froid, de rude bise hivernale, \/ parviennent jusqu\u2019\u00e0 ma chambre les plaintes de la banlieue. \/ Arrache-moi la vie avec le dernier baiser d\u2019amour. \/ Oh&nbsp;! arrache-la et prend, prends mon c\u0153ur.<\/em>&nbsp;On l\u2019aura compris, la forme est ing\u00e9nieusement organis\u00e9e pour pousser la th\u00e9matique de l\u2019op\u00e9ra \u00e0 son aboutissement le plus complet, mais les personnages et le contenu ne sont pas reste non plus. Loin d\u2019une simple illustration d\u2019un monde o\u00f9 musiciens, chanteurs, danseurs, com\u00e9diens s\u2019apprivoisent, s\u2019aiment, se s\u00e9parent et avancent au milieu des tumultes de la vie, le projet de Julien Pellaton semble bien plus profond. Si avant de d\u00e9marrer la lecture, l\u2019image du m\u00e9tier d\u2019artiste qui pr\u00e9domine dans l\u2019esprit du lecteur est probablement une image romantique et clich\u00e9e, pr\u00e9parez-vous \u00e0 \u00eatre d\u00e9contenanc\u00e9, car l\u2019auteur y met un grand coup de pied. Les paillettes remplac\u00e9es par l\u2019obscurit\u00e9.&nbsp;<em>Surgissez tous, ministres infernaux, \/ vous qui poussez, qui encouragez les mortels au crime&nbsp;! \/ Et toi, nuit, enveloppe-nous d\u2019\u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;: \/ que la lame ne voie pas la poitrine qu\u2019elle transperce<\/em>. Si quelques actions et moments de suspens rythment certains passages, le roman n\u2019en reste pas moins focalis\u00e9 sur les sensations et l\u2019observation. Tels des fauves, les personnages guettent et s\u2019orientent au travers d\u2019odeurs multiples, s\u2019apprivoisent, se d\u00e9fient. Le temps semble en certains endroits suspendu, seule la description continue son cours. Pour les lecteurs de roman \u00ab&nbsp;d\u2019action&nbsp;\u00bb pure, o\u00f9 tout s\u2019enchaine, cette lecture n\u2019est peut-\u00eatre pas le choix le plus judicieux. Mais pour ceux qui appr\u00e9cient \u00eatre surpris dans leur sensibilit\u00e9 et emmen\u00e9 dans un univers nouveau et inconnu, elle vous est vivement recommand\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>La voix des fauves<\/em>, mi-op\u00e9ra, mi-roman, offre, le temps de quelques pages, l\u2019occasion de plonger dans l\u2019univers artistique des ann\u00e9es 1990, o\u00f9 r\u00e9ussite rime parfois avec sacrifice de son int\u00e9grit\u00e9 et o\u00f9 amour et ill\u00e9galit\u00e9 semblent mari\u00e9s l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Un univers o\u00f9 on cherche \u00e0 saisir la vie pleinement, avec ses hauts et ses bas.\u00a0<em>Tu sais, hombre, la vie ce n\u2019est pas demain. Ce n\u2019est pas m\u00eame cette nuit. La vie c\u2019est maintenant. D\u2019ailleurs, on est d\u00e9j\u00e0 demain.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Julien Pellaton,\u00a0<em>La voix des fauves<\/em>, Lausanne, Paulette \u00e9ditrice, 291 pages, 29.20 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re des nouvelles parutions, parmi des couvertures doucement imag\u00e9es ou au contraire tr\u00e8s sombres, un roman attire spontan\u00e9ment l\u2019\u0153il, se d\u00e9marque. Aucun dessin, ni portrait, ou image\u2026seulement un titre et un motif vert fluo&nbsp;: subtil, surprenant mais rassurant \u2013 le vert connote l\u2019espoir et la vitalit\u00e9, non&nbsp;? 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