{"id":1714,"date":"2025-10-22T10:17:16","date_gmt":"2025-10-22T08:17:16","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1714"},"modified":"2025-10-22T10:17:56","modified_gmt":"2025-10-22T08:17:56","slug":"chirine-sheybani","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/10\/22\/chirine-sheybani\/","title":{"rendered":"Chirine Sheybani, l&rsquo;\u00e9criture pluri-elle"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p><em>\u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est respirer, c\u2019est reconstruire ce que l\u2019on voit, compl\u00e9ter ce que l\u2019on ne voit pas. C\u2019est remplir, remplir le monde.\u00a0\u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le soleil inonde la terrasse du coll\u00e8ge de Saussure \u00e0 Gen\u00e8ve. Le ciel d\u00e9couvert doit trouver gr\u00e2ce aux yeux de Chirine Sheybani. En effet, pour \u00e9crire, l\u2019\u00e9crivaine a besoin d\u2019arbres, de vert, mais surtout d\u2019un bout de ciel. N\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve d\u2019un p\u00e8re iranien et d\u2019une m\u00e8re valaisanne, celle qui est d\u2019abord pass\u00e9e par une licence en histoire \u00e9conomique et sociale, un master en d\u00e9mographie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, puis une licence en langue et litt\u00e9rature fran\u00e7aise et une ma\u00eetrise en p\u00e9dagogie s\u2019est finalement dirig\u00e9e vers l\u2019enseignement. Un parcours acad\u00e9mique bien rempli qui ne l\u2019a jamais \u00e9loign\u00e9e des mots.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Plurielle(s)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Enseignante, m\u00e8re, femme, \u00e9crivaine. Chirine Sheybani est beaucoup de choses. Elle se d\u00e9finit avant tout comme une personne qui invente des histoires. Une mani\u00e8re de r\u00e9sumer la pluralit\u00e9 qui la d\u00e9finit. Car pour l\u2019autrice, \u00ab&nbsp;un des grands plaisirs de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est qu\u2019elle me permet d\u2019\u00eatre un moi multiple. Et je crois que c\u2019est quelque chose que j\u2019aime \u00e9norm\u00e9ment, de ne pas \u00eatre qu\u2019un seul moi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Cette pluralit\u00e9, on la retrouve aussi au travers de ses quatre romans publi\u00e9s chez Cousu Mouche. Au sein de ses personnages dans ses deux premiers romans. D\u2019abord chez Sepideh, h\u00e9ro\u00efne de&nbsp;<em>Nafasam<\/em>, puis chez Salom\u00e9 dans&nbsp;<em>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une m\u00e8re qui s\u2019en va<\/em>. Les deux protagonistes sont plurielles dans leur identit\u00e9. Malade, \u00e0 la d\u00e9couverte de ses origines et amoureuse pour la premi\u00e8re. M\u00e8re qui d\u00e9sirait l\u2019enfant et m\u00e8re perdue chez la seconde. Son troisi\u00e8me roman,&nbsp;<em>Elle(s)<\/em>, d\u00e9voile quant \u00e0 lui les destins de Jeanne et Oriane dans un r\u00e9cit polyphonique qui croise leur voix pour leur donner corps.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans son quatri\u00e8me roman qui vient de para\u00eetre,&nbsp;<em>Inconnue<\/em>&nbsp;qui explore le pass\u00e9 d\u2019une femme qui se r\u00e9veille \u00e0 l\u2019h\u00f4pital sans aucun souvenir, l\u2019autrice explore, au moyen de la polyphonie, les deux femmes que l\u2019amn\u00e9sie a cr\u00e9\u00e9es. En effet, il y a l\u2019inconnue, avant qu\u2019elle ne le soit, celle qui a une identit\u00e9 et une histoire, des liens et une famille. Et puis, il y a celle qui est un myst\u00e8re pour elle et les autres, celle que l\u2019on cherche \u00e0 percer \u00e0 jour avec fascination.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Une pluralit\u00e9 qui s\u2019exprime \u00e9galement dans la vari\u00e9t\u00e9 des th\u00e8mes auxquels l\u2019autrice s\u2019int\u00e9resse. En effet, les h\u00e9ro\u00efnes de ses romans ne partagent que le fait d\u2019\u00eatre des femmes. Un point commun qui semble profond\u00e9ment inspirer l\u2019autrice qui joue de la langue et des mots pour proposer un \u00e9clairage nouveau sur des th\u00e9matiques comme les troubles du comportement alimentaire, la maternit\u00e9 ou les relations amoureuses, avec beaucoup d\u2019intelligence et de subtilit\u00e9, cr\u00e9ant ainsi un nouvel espace de r\u00e9flexion pour penser ces r\u00e9alit\u00e9s intimes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>L\u2019amour des mots<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00ab&nbsp;En ce moment, il y a un mot que j\u2019aime beaucoup, c\u2019est le mot canop\u00e9&nbsp;\u00bb. Chirine, c\u2019est aussi \u00e7a, l\u2019amour des mots. Le d\u00e9sir de trouver celui qui retranscrira au mieux ce qu\u2019elle voit, ce qu\u2019elle ressent, ce qu\u2019elle pense. Mais les mots, c\u2019est aussi la libert\u00e9. La libert\u00e9 de tout dire et de tout inventer. Quand on lui demande si elle pense que tout a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait dans la litt\u00e9rature, sa r\u00e9ponse est directe. \u00ab&nbsp;Impossible.&nbsp;\u00bb Pour elle, les mots sont un immense terrain de jeu sur lequel on peut tout cr\u00e9er. Ils sont la chose la plus standard pour cr\u00e9er la chose la plus unique. Une simple histoire de combinaison, il suffit de trouver le bon mot \u00e0 imbriquer dans l\u2019autre bon mot. C\u2019est ce qu\u2019elle enseigne \u00e0 ses coll\u00e9giens durant ses cours de fran\u00e7ais. \u00ab&nbsp;Si un jour vous voulez que ce soit \u00e0 vous, dans la minute, c\u2019est \u00e0 vous. Et vous les utilisez comme vous voulez.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Pour celle qui a besoin d\u2019une grande solitude pour \u00e9crire, les mots c\u2019est aussi une \u00e9vasion dans un monde o\u00f9 l\u2019on est en constante interaction avec les autres. \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9criture me rend plus compl\u00e8te. C\u2019est quelque chose de moi avec moi.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Respirer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans l\u2019\u00e9criture de Chirine Sheybani, on ne peut pas passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son utilisation de la ponctuation bien loin des r\u00e8gles classiques. La ponctuation, et notament l\u2019utilisation du point, c\u2019est la mise en valeur des mots. \u00ab&nbsp;Et parfois, le mot, il a besoin d\u2019\u00eatre tout seul.&nbsp;\u00bb C\u2019est son parcours classique, avec des parents qui accordaient une grande importance au fait de bien lire et \u00e9crire, qui l\u2019a men\u00e9e aux libert\u00e9s qu\u2019elle prend avec les r\u00e8gles. \u00ab&nbsp;Une fois qu\u2019on est pass\u00e9 par toute cette formation, on peut s\u2019approprier l\u2019objet.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Une ponctuation qui trouve peut-\u00eatre sa source dans l\u2019enfance de l\u2019autrice, qui avait pour habitude d\u2019inventer des histoires pour ses fr\u00e8res et s\u0153urs. Dans l\u2019oralit\u00e9 en tout cas, car Chirine \u00ab\u00a0\u00e9crit comme elle raconte\u00a0\u00bb. Et elle raconte en respirant. Alors, dans ses textes qui touchent \u00e0 des th\u00e9matiques complexes et parfois difficiles, elle guide notre lecture avec les points qu\u2019elle diss\u00e9mine au fil du r\u00e9cit. Comme un rappel\u00a0: ok, l\u00e0, \u00ab\u00a0respire\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Chirine Sheybani,\u00a0<em>Inconnue<\/em>, Gen\u00e8ve, Cousu Mouche, 2025, 159 pages, 25 CHF<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est respirer, c\u2019est reconstruire ce que l\u2019on voit, compl\u00e9ter ce que l\u2019on ne voit pas. C\u2019est remplir, remplir le monde.\u00a0\u00bb Le soleil inonde la terrasse du coll\u00e8ge de Saussure \u00e0 Gen\u00e8ve. Le ciel d\u00e9couvert doit trouver gr\u00e2ce aux yeux de Chirine Sheybani. 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