{"id":1727,"date":"2025-10-29T16:02:37","date_gmt":"2025-10-29T15:02:37","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1727"},"modified":"2025-10-29T16:02:37","modified_gmt":"2025-10-29T15:02:37","slug":"voir-le-mal-sans-etre-vu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2025\/10\/29\/voir-le-mal-sans-etre-vu\/","title":{"rendered":"Voir le mal sans \u00eatre vu"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">La fille de la brume est \u00e0 la fois titre et personnage. Elle s\u2019exprime en \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb tout au long de ce recueil de po\u00e9sies. A cette premi\u00e8re identit\u00e9 trouble et troubl\u00e9e s\u2019ajoutent d\u2019autres visages, comme\u00a0<em>la fille du d\u00e9sespoir<\/em>,\u00a0<em>la fille du vent<\/em>,\u00a0<em>la fille de l\u2019encre et du papier<\/em>, \u2026 Elle observe un monde violent et exprime ses \u00e9motions dans les po\u00e8mes que Damien Murith semble simplement retranscrire. Elle porte un regard froid sur les horreurs qu\u2019elle voit et tente de d\u00e9terminer la cause de ces maux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Souvent, elle s\u2019adresse \u00e0 quelqu\u2019un, un \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb tout aussi flou que son \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb. C\u2019est lui qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme responsable des violences qu\u2019elle d\u00e9crit et de l\u2019agonie de son propre monde. Il est \u00e9galement la cause du silence et de la solitude de la fille de la brume. Une force floue, malfaisante et violente&nbsp;qui peut \u00e9voquer la guerre ou la destruction de l\u2019environnement par l\u2019homme. Mais Damien Murith ne l\u2019identifie jamais clairement. Une chose est certaine, le choix de ce \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb cr\u00e9e un malaise chez le lecteur qui se sent inclus dans le mal que la fille de la brume d\u00e9peint.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Regarde-moi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bourreau \u00e0 l\u2019\u0153il blanc<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu tortures comme d\u2019autres<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>S\u2019amusent avec du sable<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tes actes ont mille ans<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mille litres de sang<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tes oc\u00e9ans sont gris<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tes ciels livides<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Si lourds que les nuages<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Comme des for\u00e7ats<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les tiennent \u00e0 bout de bras<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et moi \u00e0 te voir agir,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est \u00e0 bout de souffle que je vis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">A la fin du recueil, la fille de la brume semble prendre conscience de la force de sa po\u00e9sie. Par ses mots, elle est capable de r\u00e9\u00e9crire, de r\u00e9inventer les choses. Cette r\u00e9alisation lui fait prendre conscience de sa propre existence qu\u2019elle niait encore dans son premier po\u00e8me. Cette lucidit\u00e9 soudaine la m\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9conciliation finale avec le \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb qu\u2019elle ne reconnaissait plus \u00e0 cause de ses violences. C\u2019est une forme de retour \u00e0 l\u2019innocence de l\u2019enfance perdue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce matin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pos\u00e9 sur le fil de l\u2019aube<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Entre ciel et terre r\u00e9concili\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le sourire de l\u2019enfant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je te reconnais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Avec son premier recueil de po\u00e9sie, Damien Murith n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 proclamer le pouvoir des vers, des po\u00e8mes et de la parole. Ce th\u00e8me est d\u2019ailleurs proche de celui de son pr\u00e9c\u00e9dent ouvrage&nbsp;<em>La Voix du violoncelle<\/em>&nbsp;qui pr\u00e9sente l\u2019art \u00e0 la fois comme une \u00e9chappatoire \u00e0 la violence guerri\u00e8re du monde et comme un outil pour d\u00e9crire ces horreurs. La description du mal s\u2019impose comme la premi\u00e8re \u00e9tape pour le comprendre et le contrer. La fille de la brume montre la voie de l\u2019art et de la parole, un chemin pour sortir du pragmatisme adulte qui laisse prolif\u00e9rer la violence et pour retomber dans l\u2019indignation innocente de l\u2019enfance qui voit le mal tel qu\u2019il est.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Je me r\u00e9fugie dans l\u2019enfance<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et fuis jusqu\u2019\u00e0 mon ombre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Qui d\u00e9sarticul\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>N\u2019appartient plus \u00e0 personne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les mots sont des pierres<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Qui p\u00e8sent dans la bouche<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019attends qu\u2019une voix l\u00e9g\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Me lib\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Damien Murith,\u00a0<em>La fille de la brume<\/em>, Lausanne, \u00c9ditions d\u2019en bas, 2025, 64 pages, 18 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fille de la brume est \u00e0 la fois titre et personnage. 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