{"id":175,"date":"2018-06-04T06:00:35","date_gmt":"2018-06-04T04:00:35","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=175"},"modified":"2018-06-04T08:05:42","modified_gmt":"2018-06-04T06:05:42","slug":"spleen-sexe-et-rocknroll","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2018\/06\/04\/spleen-sexe-et-rocknroll\/","title":{"rendered":"Spleen, sexe et rock\u2019n\u2019roll"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les mains dans le cambouis et les genoux aussi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un mec banal qui n\u2019en finit pas de tr\u00e9bucher. La vie lui arrache tour \u00e0 tour sa Gina, son travail, son peu de stabilit\u00e9. Mais attention : quand Andr\u00e9 Pastrella s\u2019enfonce, c\u2019est joyeusement, n\u00e9gligemment fougueux, des terrasses des P\u00e2quis aux salons \u00e9changistes, de filles en filles (Andr\u00e9 cherche \u00e0 s\u00e9duire) et de pages en pages (Andr\u00e9 voudrait publier), seul au milieu de la foule bigarr\u00e9e, perdu entre l\u2019ami de toujours, trafiquant d\u2019antiquit\u00e9s, et les femmes, Suzy la prostitu\u00e9e tha\u00efe, Cynthia la coll\u00e8gue attrayante comme un second choix, ou Judith du bureau de r\u00e9insertion professionnelle, aussi superbe que cam\u00e9e. Une gorg\u00e9e apr\u00e8s l\u2019autre, sans mod\u00e9ration, le tutti-frutti alcoolis\u00e9 devient explosif et se teinte d\u2019un optimisme un peu na\u00eff : <em>s<\/em><em>i les histoires d\u2019amour finissent mal en g\u00e9n\u00e9ral, arriver syst\u00e9matiquement en bout de piste ne m\u00e8ne pas forc\u00e9ment \u00e0 la catastrophe.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un mec<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Banana Spleen<\/em>raconte les histoires d\u2019un mou r\u00eaveur. Devant son existence qui se fragmente, notre ordinaire bonhomme se voit \u00e9crivain. La fiction, c\u2019est cette prise qui le raccroche \u00e0 un monde dans lequel tout semble dispara\u00eetre, sombrer ou mourir. Et quand l\u2019inspiration suit le m\u00eame chemin, ne restent que des \u00e9bauches \u2013 souvent banales ou grossi\u00e8res \u2013 diss\u00e9min\u00e9es dans le livre. Ainsi <em>Banana spleen<\/em>est un miroir\u00a0: c\u2019est \u00e0 la fois l\u2019\u0153uvre de Joseph Incardona et le recueil de nouvelles de son anti-h\u00e9ros, un objet sarcastique qui s\u2019amuse \u00e0 brouiller les fronti\u00e8res. Car si Andr\u00e9 Pastrella se cherche encore, Joseph Incardona ma\u00eetrise son art et se montre incisif, capable de d\u00e9cimer nos id\u00e9aux en un coup de crayon, tout en magnifiant les \u00e9pisodes de triviale obsc\u00e9nit\u00e9. La nouvelle n\u2019est jamais loin, et les chapitres courts, envol\u00e9s, aussi terre-\u00e0-terre que po\u00e9tiques, transportent le lecteur dans un monde absurde et \u00e9lectrique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je me suis pench\u00e9 pour l\u2019embrasser sur la nuque, pr\u00e8s de l\u2019oreille, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019odeur de sa peau reste vive et intacte. Les vitres \u00e9taient embu\u00e9es \u00e0 cause de la chaleur du four. Les lasagnes seraient encore meilleures r\u00e9chauff\u00e9es. Dehors, une pellicule de neige recouvrait le balcon. Tout allait bien, bordel. Pourquoi cette nostalgie, tout \u00e0 coup, ce sentiment soudain de perte ? <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Jamais deux sans trois<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Incardona, cet auteur <em>au cul entre deux chaises<\/em>, r\u00e9compens\u00e9 par la 9<sup>\u00e8me<\/sup>\u00e9dition du prix du Roman des Romands pour <em>Permis C<\/em>(devenu pour Pocket Poche <em>Une saison en enfance<\/em>), vient confirmer son ancrage en Suisse et en France et nous offre une \u00e9dition remani\u00e9e, un Spleen <em>revu, corrig\u00e9, augment\u00e9, remast\u00e9ris\u00e9\u00a0<\/em>douze ans apr\u00e8s sa premi\u00e8re sortie.C\u2019est d\u00e9sormais l\u2019ensemble de la trilogie consacr\u00e9e \u00e0 son alter ego, Andr\u00e9 Pastrella, avec lequel il partage les sonorit\u00e9s d\u2019un nom italo-francophone, qui est publi\u00e9e aux \u00e9ditions BSN Press.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De l\u2019humour noir au rire jaune<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa nouvelle \u00e9dition, la couverture se donne un coup de bistouri et arbore des couleurs vives qui viennent rehausser l\u2019humour caustique propre \u00e0 notre Sullivan version rock. C\u2019est cette atmosph\u00e8re qui se diffuse au fil des pages, soutenue par une \u00e9criture qui joue de dialogues avec d\u2019autres mondes, musique et pop culture en t\u00eate. Bref, c\u2019est tout l\u2019univers d\u2019Incardona, dont la plume a titill\u00e9 le roman noir, policier, la bande dessin\u00e9e, le th\u00e9\u00e2tre ou encore le cin\u00e9ma, qui s\u2019invite dans <em>Banana Spleen<\/em>, pour nous donner un monde <em>o\u00f9 <\/em><em>\u00a0le paradis \u00e9tait peut-\u00eatre une baignoire remplie de mousse, une parenth\u00e8se inachev\u00e9e et, au fond, il n\u2019\u00e9tait jamais tr\u00e8s loin de l\u2019enfer.\u00a0<\/em>Sans tabou ni limite, ce r\u00e9cit caboss\u00e9 nous donne l\u2019ivresse avec la gueule de bois, d\u00e9voile les corps et leurs sexualit\u00e9s, mais ne transgresse jamais tout \u00e0 fait la fronti\u00e8re de l\u2019impudique. Il r\u00e9ussit l\u2019exploit de condenser des enjeux psychologiques et sociaux d\u2019une rare violence \u2013 la mort, le ch\u00f4mage, l\u2019argent, les pulsions \u2013 sans quitter sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 grin\u00e7ante, une tonalit\u00e9 noire \u00e0 l\u2019acidit\u00e9 d\u2019un jaune citron dont la saveur serait presque douce sous l\u2019\u00e9corce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Joseph Incardona, <em>Banana Spleen<\/em><i>, <\/i>Roman, Collection fictio, BSN Press, 2018, 320\u00a0 pages<br \/>\n28.00 CHF | \u20ac 23.00<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mains dans le cambouis et les genoux aussi C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un mec banal qui n\u2019en finit pas de tr\u00e9bucher. La vie lui arrache tour \u00e0 tour sa Gina, son travail, son peu de stabilit\u00e9. 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