{"id":1765,"date":"2026-05-21T09:53:42","date_gmt":"2026-05-21T07:53:42","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1765"},"modified":"2026-05-21T09:53:42","modified_gmt":"2026-05-21T07:53:42","slug":"ralentir-avec-la-simone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2026\/05\/21\/ralentir-avec-la-simone\/","title":{"rendered":"Ralentir avec La Simone"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">La Simone c\u2019\u00e9tait ma grand-m\u00e8re, peut-\u00eatre la v\u00f4tre aussi. Celle qui fait de bonnes tisanes tout en racontant, avec douceur, une vie qui n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 tendre avec elle. Avec cet ouvrage, Adrien Rupp nous emm\u00e8ne \u00e0 la rencontre de cette figure singuli\u00e8re d\u2019une ancienne couturi\u00e8re et paysanne, qui s\u2019attache \u00e0 des choses simples, sans jamais les r\u00e9duire \u00e0 peu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans un monde satur\u00e9 d\u2019urgences et d\u2019injonctions \u00e0 la productivit\u00e9, cet ouvrage propose une r\u00e9sistance douce. A travers de courts r\u00e9cits du quotidien, de souvenirs et de rencontres, Rupp construit une \u00e9criture qui r\u00e9v\u00e8le les gens ordinaires et le quotidien simple d\u2019une fa\u00e7on noble. Le texte met en lumi\u00e8re la Simone, mais aussi celles et ceux qui l\u2019ont c\u00f4toy\u00e9e. La Simone n\u2019est pas press\u00e9e, elle ralentit le monde qui nous entoure.&nbsp;<em>\u00ab L\u2019important, c\u2019est qu\u2019on arrive tous en m\u00eame temps \u00e0 Nouvel An. Le reste, elle s\u2019en fout un peu<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce qui frappe d\u2019embl\u00e9e, c\u2019est la construction du livre. Rupp alterne prose, r\u00e9pliques en italiques et vers, la forme se refuse d\u2019\u00eatre enferm\u00e9e dans un seul registre. L\u2019\u00e9criture ne dit pas, elle fait ressentir : gestes pr\u00e9cis, d\u00e9tails sensoriels, quitte \u00e0 verser parfois dans l\u2019inflation des m\u00e9taphores. Il y a quelque chose de coh\u00e9rent dans ce choix, l\u2019auteur est un com\u00e9dien form\u00e9 \u00e0 la Manufacture de Lausanne, et on sent dans ces pages une attention particuli\u00e8re aux dialogues, aux silences. L\u2019ouvrage est d\u2019ailleurs en cours d\u2019adaptation sc\u00e9nique. Ce rythme, l\u2019auteur l\u2019impose aussi avec des pauses : des pages blanches, des illustrations de plantes, comme des moments de repos impos\u00e9s au lectorat. On lit, on s\u2019arr\u00eate, on ressent, on ralentit. Le titre lui-m\u00eame est \u00e9vocateur : La Simone, avec cet article rural et affectif, transforme un pr\u00e9nom en figure. Comme si elle ne pouvait dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019\u00e9criture, ici, peut \u00eatre per\u00e7ue comme la couture, elle relie les souvenirs, assemble les fragments d\u2019une vie pour emp\u00eacher qu\u2019elle ne disparaisse. Car la Simone, \u00e0 la fin, elle perd la t\u00eate, et ses souvenirs s\u2019effilochent. Cet ouvrage est avant tout un acte d\u2019amour, une fa\u00e7on, par les mots, de garder quelqu\u2019un vivant. La mort traverse pourtant le r\u00e9cit : celle des autres, celle qui vient, celle qu\u2019on veut \u00e9carter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Lors de la lecture, le texte apaise, il modifie notre attention : on s\u2019arr\u00eate sur des d\u00e9tails qui, habituellement, passent inaper\u00e7us. C\u2019est la grande force de l\u2019auteur, peut-\u00eatre aussi sa seule limite. \u00c0 force de tendresse, la Simone fr\u00f4le parfois la figure id\u00e9ale de la grand-m\u00e8re, celle que tout le monde aurait voulu avoir. Le r\u00e9cit mobilise des images famili\u00e8res qui peuvent tendre vers le clich\u00e9, mais il s\u2019inscrit dans une m\u00e9moire collective reconnaissable. On aurait peut-\u00eatre aim\u00e9, par moments, plus d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s, plus d\u2019ombres, m\u00eame si le livre en contient une, particuli\u00e8rement marquante : la m\u00e9moire qui s\u2019en va \u00e0 cause de la vieillesse. La volont\u00e9 de Rupp est sans doute d\u2019offrir non pas un portrait r\u00e9aliste, mais une flamme \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, avant qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9teigne \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">La Simone a quelque chose de r\u00e9gressif, au sens le plus doux du terme. \u00ab&nbsp;<em>Le matin, avec la Simone, c\u2019est doux comme la tendresse&nbsp;<\/em>\u00bb. Cette phrase, simple, presque enfantine, est pourtant si juste, c\u2019est l\u00e0 toute la force d\u2019Adrien Rupp. La Simone est une ode \u00e0 la simplicit\u00e9, mais aussi une invitation \u00e0 ralentir, \u00e0 redonner de la valeur \u00e0 ce qui para\u00eet insignifiant. Dans un monde qui tire souvent sur le fil, l\u2019auteur choisit d\u2019utiliser ce dernier pour recoudre des souvenirs. Un livre \u00e0 lire lentement, comme une tisane qu\u2019on laisse doucement infuser.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Adrien Rupp,\u00a0<em>La Simone<\/em>, Lausanne, \u00e9ditions La Veilleuse, mars 2026, 116 pages, 24 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Simone c\u2019\u00e9tait ma grand-m\u00e8re, peut-\u00eatre la v\u00f4tre aussi. Celle qui fait de bonnes tisanes tout en racontant, avec douceur, une vie qui n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 tendre avec elle. 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