{"id":1791,"date":"2026-08-03T08:48:31","date_gmt":"2026-08-03T06:48:31","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=1791"},"modified":"2026-08-03T08:49:38","modified_gmt":"2026-08-03T06:49:38","slug":"un-monde-en-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2026\/08\/03\/un-monde-en-crise\/","title":{"rendered":"Un monde en crise"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Pendant que vous lisez ces lignes, les glaciers continuent de fondre. C\u2019est ce que raconte\u00a0<em>Un monde en liquidation<\/em>, le nouveau livre de Thierry Raboud. Un ouvrage tr\u00e8s actuel, m\u00ealant r\u00e9flexions environnementales et \u00e9l\u00e9ments personnels, qui confronte le lecteur \u00e0 lui-m\u00eame. Avec une force troublante, presque farouche, ce texte nous pousse \u00e0 remettre en question toutes nos excuses face au climat : nos actions, et surtout notre inaction.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le titre lui-m\u00eame fait \u00e9cho \u00e0 cette disparition. Rien que la liste de tous les glaciers disparus en Suisse prend neuf pages enti\u00e8res. Est-ce vraiment n\u00e9cessaire ? Cette \u00e9num\u00e9ration montre en tout cas que la fonte des glaciers n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9, c&rsquo;est la liquidation d&rsquo;un monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Loin de banaliser la situation avec un simple \u00ab c\u2019est la vie \u00bb, Raboud d\u00e9nonce l&rsquo;absurdit\u00e9 humaine qui acc\u00e9l\u00e8re ce processus. Il \u00e9voque la vente de glace alpine \u00e0 Duba\u00ef, oui, en plein d\u00e9sert, juste pour que l&rsquo;on puisse y commander des cocktails avec de la \u00ab&nbsp;vraie glace&nbsp;\u00bb. En bon journaliste, l&rsquo;auteur sait qu&rsquo;un texte fort doit \u00eatre complet. Il explore donc les mythes et traditions li\u00e9s aux glaciers. J\u2019ai ainsi \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 d&rsquo;apprendre que le mythe du dragon a probablement \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 par l\u2019apparence d\u2019un ver de glace. L\u2019image sur la couverture&nbsp;est explicite&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00ab Les glaciers rampent comme des serpents qui \u00e9pient leur proie, roulant lentement de leurs sources lointaines.&nbsp;Image qui a sans doute inspir\u00e9 ce dragon aux \u00e9cailles de s\u00e9racs grav\u00e9 par un autre Anglais f\u00e9ru de sommets, Henry George Willinks.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Bien que le livre contienne des images, ce n&rsquo;est pas une bande dessin\u00e9e. Elles sont utilis\u00e9es judicieusement, l\u00e0 o\u00f9 elles apportent une vraie valeur ajout\u00e9e ; le reste du temps, les mots de Raboud suffisent. Il joue&nbsp;brillamment&nbsp;avec&nbsp;les m\u00e9taphores,&nbsp;jusque&nbsp;dans la&nbsp;typographie,&nbsp;pour&nbsp;illustrer&nbsp;cette&nbsp;disparition. L&rsquo;auteur prend d&rsquo;ailleurs pour point de d\u00e9part une photo de son enfance : on l&rsquo;y voit dans une grotte de glace, avec des ours blancs en arri\u00e8re-plan. Non, pas de vrais animaux, mais des mascottes. En Suisse, il n\u2019y a jamais eu d&rsquo;ours blancs sauvages dans le d\u00e9sert de glace. Ils vivaient plut\u00f4t dans les cirques ou derri\u00e8re les barres m\u00e9talliques des zoos. Raboud les qualifie de \u00ab peluches vivantes \u00bb, nous mettant ainsi face \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 inconfortable, non seulement sur l&rsquo;environnement, mais aussi sur nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Un monde en liquidation<\/em>&nbsp;est un livre exigeant, tant par les convictions qu\u2019il porte que par le style qui est le sien. Raboud n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9laisser parfois la clart\u00e9 journalistique au profit de phrases si m\u00e9taphoriques qu&rsquo;elles forment presque une langue \u00e0 part enti\u00e8re, qu&rsquo;il faut d\u00e9chiffrer. L&rsquo;ouvrage est hybride, oscillant entre le documentaire et le r\u00e9cit intime, lorsque Raboud raconte par exemple son exp\u00e9dition sur les traces des glaciers avec sa fille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce livre exige de l\u2019engagement. Il pousse \u00e0 l&rsquo;introspection et revendique d\u2019\u00eatre lu entre les lignes. Et surtout, il nous fait ressentir le passage du temps : rien que pendant le temps que vous avez mis \u00e0 lire cette critique, les glaciers ont encore recul\u00e9 de plusieurs m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Thierry Raboud,\u00a0<em>Un monde en liquidation \u2013 Histoires postglaciaires,<\/em>\u00a0\u00e9ditions Baconniere, mars 2026, 124 pages, 20.70 CHF<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant que vous lisez ces lignes, les glaciers continuent de fondre. C\u2019est ce que raconte\u00a0Un monde en liquidation, le nouveau livre de Thierry Raboud. Un ouvrage tr\u00e8s actuel, m\u00ealant r\u00e9flexions environnementales et \u00e9l\u00e9ments personnels, qui confronte le lecteur \u00e0 lui-m\u00eame. 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