{"id":240,"date":"2018-09-10T06:00:25","date_gmt":"2018-09-10T04:00:25","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=240"},"modified":"2018-09-08T10:26:32","modified_gmt":"2018-09-08T08:26:32","slug":"le-vent-nouveau-des-revues-au-livre-sur-les-quais-de-morges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2018\/09\/10\/le-vent-nouveau-des-revues-au-livre-sur-les-quais-de-morges\/","title":{"rendered":"Le vent nouveau des revues au Livre sur les Quais de Morges"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une grande tente d\u2019un c\u00f4t\u00e9, remplie d\u2019auteures et d\u2019auteurs, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 deux autres tentes remplies d\u2019auteures et d\u2019auteurs. Le festival du Livre sur les Quais de Morges fait une nouvelle fois la part belle aux d\u00e9dicaces. Il semble que ce soit l\u00e0 l\u2019essentiel. La <em>rencontre.\u00a0<\/em>Un processus en trois temps\u00a0: 1) choisir un livre (sur des crit\u00e8res tout \u00e0 fait objectifs comme \u00ab\u00a0ila de beaux cheveux\u00a0; elle est pass\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9\u00a0\u00bb), 2) demander \u00e0 ce que l\u2019\u00e9crivain \u2013 dont le nom figure <em>sur<\/em>la couverture \u2013 \u00e9crive son nom <em>sous<\/em>la couverture, 3) passer en caisse. Quelquefois, une discussion est entam\u00e9e, il y a m\u00eame de bons \u00e9changes dans le temps imparti que permet une tente \u00e9troite, o\u00f9 lectrices et lecteurs se bousculent d\u2019impatience pour obtenir eux aussi cette exclusivit\u00e9. Il fait chaud malgr\u00e9 le temps maussade du week-end, peu d\u2019air circule. Le lac n\u2019y fait rien. Au moins, un stand de gaufres diffuse \u00e0 proximit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quelques \u00e9crivains que je connais me racontent leur fatigue. Lui a pris le train depuis Bienne et le reprendra ce soir, elle a encha\u00een\u00e9 deux tables rondes et trois rencontres presse. Six heures de pr\u00e9sence \u00e0 la table aujourd\u2019hui. Ici, personne ne conteste qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un vrai m\u00e9tier et qu\u2019il manque toujours des r\u00e9mun\u00e9rations d\u00e9centes, \u00ab\u00a0c\u2019est en train de changer, entend-on, pour cette ann\u00e9e, c\u2019est encore comme \u00e7a\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9crivain a l\u2019habitude d\u2019esp\u00e9rer. Heureusement, sa l\u00e9gitimit\u00e9 ne passe que rarement par son salaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <em>l\u00e9gitimit\u00e9<\/em>, la reconnaissance, voil\u00e0 des m\u00e9canismes artistiques bien peu ma\u00eetrisables pour un auteur. L\u2019un de ces m\u00e9canismes est souvent n\u00e9glig\u00e9, voire d\u00e9daign\u00e9 : la revue litt\u00e9raire. La vraie cons\u00e9cration pour un ou une \u00e9crivain, il faut se le dire, est d\u2019\u00eatre l\u2019objet, le th\u00e8me, d\u2019un num\u00e9ro de revue. J\u2019en prends pour preuve le magnifique num\u00e9ro de la Revue de Belles-Lettres consacr\u00e9 \u00e0 Anne Perrier, num\u00e9ro hommage, num\u00e9ro panth\u00e9onique. La voil\u00e0, \u00e0 tout jamais, une figure majeure de la po\u00e9sie suisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Moi j\u2019aime pas Anne Perrier\u00a0!\u00a0\u00bb me d\u00e9clare sans d\u00e9tour (et sans pr\u00e9paration non plus) une passante. C\u2019est aussi \u00e7a, le Livre sur les Quais, des commentaires \u00e0 la vol\u00e9e. \u00c0 Morges, pour la deuxi\u00e8me ann\u00e9e, Pro Helvetia initie un stand des revues litt\u00e9raires romandes. Elles sont toutes l\u00e0\u00a0: les plus consacr\u00e9es (la RBL, Viceversa), les plus cr\u00e9atives (Hippocampe, l\u2019Ours Blanc), les plus r\u00e9guli\u00e8res (La couleur des jours, le Persil), les derni\u00e8res venues (L\u2019\u00c9p\u00eetre, la Cinqui\u00e8me Saison). C\u2019est un stand collaboratif tenu \u00e0 tour de r\u00f4le par les diff\u00e9rents \u00e9diteurs. Je prenais mon quart le dimanche apr\u00e8s-midi. Et cette passante, surprise de voir un livre c\u00e9l\u00e9brant Anne Perrier, r\u00e9p\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime pas. J\u2019ai lu, j\u2019ai pas aim\u00e9. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 son infirmi\u00e8re il y a trente ans, alors je me suis dit je vais lire Anne Perrier et j\u2019ai pas aim\u00e9.\u00a0\u00bb Avant de continuer son chemin, elle se dirigeait vers les gaufres. Le stand des revues est entre les deux tentes de d\u00e9dicaces, dans un couloir, les visiteurs passent en coup de vent, jaugent de loin. Des regards pleins de curiosit\u00e9 sont parfois d\u00e9pos\u00e9s d\u00e9licatement sur la pellicule des couvertures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019enjeu n\u2019est pas l\u00e0\u00a0: les revues ne se risquent pas \u00e0 des ambitions commerciales. Les auteurs s\u2019y arr\u00eatent et discutent, envisagent un texte pour un prochain num\u00e9ro, saluent le travail fait par les revuistes. Le matin, une table ronde anim\u00e9e par David Collin tentait de d\u00e9celer les tenants si sp\u00e9cifiques du rapport entre critique et \u00e9crivain et la conciliation \u00e0 n\u00e9gocier lorsqu\u2019une personne endosse les deux r\u00f4les. Jean-Baptiste Para, r\u00e9dacteur en chef de la revue fran\u00e7aise <em>Europe<\/em>, \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire le r\u00f4le de la revue. La conclusion \u00e9tait limpide\u00a0: \u00ab\u00a0Les revues sont comme l\u2019anticyclone des A\u00e7ores sur l\u2019Europe litt\u00e9raire\u00a0: elles semblent lointaines et imperceptibles, mais ce sont elles qui d\u00e9finissent la m\u00e9t\u00e9o ici-bas\u00a0\u00bb. L\u2019on peut bien penser que les revues ne produisent que du vent, mais encore faut-il se rendre compte qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un vent plus que jamais n\u00e9cessaire pour faire circuler l\u2019air et semer les bonnes graines.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a une grande tente d\u2019un c\u00f4t\u00e9, remplie d\u2019auteures et d\u2019auteurs, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 deux autres tentes remplies d\u2019auteures et d\u2019auteurs. Le festival du Livre sur les Quais de Morges fait une nouvelle fois la part belle aux d\u00e9dicaces. Il semble que ce soit l\u00e0 l\u2019essentiel. 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