{"id":260,"date":"2018-10-01T06:00:03","date_gmt":"2018-10-01T04:00:03","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=260"},"modified":"2018-09-29T14:25:11","modified_gmt":"2018-09-29T12:25:11","slug":"prochain-arret-festival-du-livre-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2018\/10\/01\/prochain-arret-festival-du-livre-suisse\/","title":{"rendered":"Prochain arr\u00eat : Festival du livre suisse"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 peine arrive-t-on \u00e0 Sion, sur le lieu de la manifestation, que les rayons de soleil, refl\u00e9t\u00e9s par les structures miroitantes du b\u00e2timent, se d\u00e9posent sur votre visage et vous rougissent les joues. Il fait beau et chaud, on regrette d\u00e9j\u00e0 le temps des vacances. Mais pas de panique, la troisi\u00e8me \u00e9dition du Festival du livre suisse est plac\u00e9e sous le signe du voyage. Certains sirotent un verre sur la terrasse, d\u2019autres plantent leur fourchette dans leur derni\u00e8re morce, les uns feuillettent les ouvrages expos\u00e9s, les autres \u00e9coutent attentivement les conf\u00e9rences en cours. On se croirait ailleurs. O\u00f9 \u00e7a\u00a0? Allez savoir\u00a0! Ailleurs. En tout cas pas \u00e0 la M\u00e9diath\u00e8que de Sion qui, pour l\u2019\u2019occasion, s\u2019est transform\u00e9e en v\u00e9ritable carrefour litt\u00e9raire, o\u00f9 chaque direction m\u00e8ne non pas \u00e0 Rome, mais aux tables rondes et \u00e0 la passion pour les mots. Ici, chacun d\u00e9ambule \u00e0 son aise entre les diff\u00e9rents stands, \u00e0 la recherche d\u2019une contr\u00e9e suffisamment int\u00e9ressante pour y faire halte. Les destinations sont multiples mais la visite peut sans autre se faire sans <em>lonely planet\u00a0<\/em>: l\u2019instinct reste le meilleur guide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le Hall, Gilles Lapouge (<em>Atlas des paradis perdus<\/em>, Arthaud) et Alexis Jenni (<em>La Conqu\u00eate des \u00eeles de la Terre Ferme<\/em>, Gallimard) d\u00e9battent sur la question de l\u2019\u00e9crivain voyageur \u2013 ou du voyageur \u00e9crivain\u00a0: tous deux reconnaissent le talent de Nicolas Bouvier, mais Alexis Jenni rappelle que la dext\u00e9rit\u00e9 d\u2019un auteur repose avant tout sur sa capacit\u00e9 de \u00ab\u00a0faire croire\u00a0\u00bb au voyage\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on a voyag\u00e9 qu\u2019on va emporter le lecteur par notre r\u00e9cit, c\u2019est le r\u00e9cit qui l\u2019emporte. C\u2019est toujours la litt\u00e9rature qui l\u2019emporte.\u00a0\u00bb Sur la gauche, un petit couloir m\u00e8ne \u00e0 un bureau solitaire, orn\u00e9 de photos, qu\u2019une lumi\u00e8re tamis\u00e9e plonge dans une ambiance intimiste\u00a0: encore un hymne au d\u00e9placement. Cette fois, ce n\u2019est pas au visiteur de voyager, mais aux mots. Feuilles et stylos sont \u00e0 disposition, une lettre d\u2019amour de Frida Kahlo est suspendue et ne demande qu\u2019\u00e0 recevoir une r\u00e9ponse. On prend le temps que l\u2019on veut, pour \u00e9crire ce que l\u2019on veut, avant de d\u00e9poser sa carte postale dans l\u2019urne et de poursuivre son chemin. Ceux qui n\u2019ont pas le mal de mer se font happer par la voix de Max Lobe qui s\u2019essaye \u00e0 la mod\u00e9ration. Il r\u00e9unit Pierre Crevoisier (<em>Marins \u00e0 l\u2019encre<\/em>, Slatkine<em>) <\/em>et Jack K\u00fcpfer (<em>Lady des abysses<\/em>, L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme) autour du r\u00e9cit de leurs exp\u00e9riences en mer, embarquant l\u2019auditoire tant\u00f4t en Alaska, tant\u00f4t dans les grands fonds marins. Et comme toute exp\u00e9dition conna\u00eet ses traverses, ses craintes et angoisses, certains se risquent \u00e0 l\u2019univers plus sombre du polar, o\u00f9 Olivia Gerig\u00a0(<em>Le Mage noir<\/em>, L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme)<em>\u00a0<\/em>et Jan Kepons\u00a0(<em>Le mod\u00e8le<\/em>, 180\u00b0 \u00e9ditions) se mettent d\u2019accord sur l\u2019importance du ficelage de l\u2019intrigue. Habitu\u00e9 \u00e0 vulgariser la complexit\u00e9 du secteur financier, le banquier genevois s\u2019est lanc\u00e9 dans le roman noir \u2013 comme quoi chiffres et lettres ne s\u2019excluent pas mutuellement \u2013 et insiste sur la discipline de son \u00e9criture\u00a0: \u00ab\u00a0Le m\u00e9canisme litt\u00e9raire du polar est semblable \u00e0 l\u2019horlogerie. M\u00eame la pi\u00e8ce la plus fine, le moindre petit indice, joue un r\u00f4le consid\u00e9rable. Pour que l\u2019histoire tienne, le rouage doit \u00eatre parfait\u00a0\u00bb. Deux ans d\u2019\u00e9tudes de criminologie par correspondance\u00a0: voil\u00e0 \u00e0 quoi s\u2019est attel\u00e9e Olivia Gerig, motiv\u00e9e par l\u2019envie de comprendre les facteurs qui conduisent un individu \u00e0 commettre des atrocit\u00e9s. \u00ab\u00a0Je suis quelqu\u2019un d\u2019assez noir\u00a0\u00bb, affirme-t-elle, en noir, interrog\u00e9e par un jeune homme \u00e9galement v\u00eatu de noir. Quant \u00e0 Jan Kepons, il expose toute l\u2019importance qu\u2019il accorde \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0plausibilit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que je cherche par-dessus tout, c\u2019est \u00e0 stimuler le lecteur et amener LA question\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que c\u2019est vrai\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Est-ce que c\u2019est possible\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb Cette interrogation cl\u00f4t l\u2019\u00e9change, laisse les globe-trotteurs pensifs et les ram\u00e8ne \u00e0 leur errance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des piles de livres ornent les tables, les couvertures d\u00e9ploient leurs couleurs et donnent \u00e0 voir un nombre incalculable d\u2019horizons litt\u00e9raires. C\u2019est d\u2019ailleurs tous ces auteurs de chez nous qui, rivalisant assur\u00e9ment avec le Cervin, devraient appara\u00eetre sur les calendriers afin que les touristes soient davantage inform\u00e9s de la richesse de la litt\u00e9rature suisse. Une touriste fran\u00e7aise, Katia Astafieff, a justement fait le d\u00e9tour, dimanche matin, pour nous pr\u00e9senter sa derni\u00e8re publication \u2013 <em>Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse\u00a0<\/em>(Pocket) \u2013 aux c\u00f4t\u00e9s de Sarah Gysler (<em>Petite<\/em>, \u00c9ditions des \u00c9quateurs). Les deux auteures sont particuli\u00e8rement dr\u00f4les, souriantes et d\u00e9construisent les clich\u00e9s du genre. Non, leurs livres ne racontent pas les 12 travaux d\u2019Hercule, ni les aventures de Lara Croft, \u00eatre une femme voyageuse n\u2019a rien d\u2019un exploit. Ces livres sont le moyen le plus efficace de transmettre un seul message\u00a0: que vous soyez homme ou femme, la devise est la m\u00eame, \u00ab\u00a0Allez-y, c\u2019est possible\u00a0! Mettez en pratique ce que vous avez cent fois ressass\u00e9 en paroles. Sortir de son confort pour d\u00e9couvrir le monde est \u00e0 la port\u00e9e de chacun.\u00a0\u00bb Le public est conquis, mais la valise se fera plus tard. Il reste encore un arr\u00eat avant de reprendre la route\u00a0: direction le Pli, un autre espace de discussion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On y parle de changement, d\u2019\u00e9volution constante de la mati\u00e8re, on aborde le \u00ab\u00a0d\u00e9formatage litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. Pierre Yves Lador (<em>Poussi\u00e8re demain<\/em>) et Quentin Mouron (<em>Vesoul, le 7 janvier 2015<\/em>), tous deux publi\u00e9s chez l\u2019\u00e9diteur Olivier Morattel, d\u00e9fendent la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019humour et la recherche d\u2019un style particulier, novateur, qui \u00e9vite la facilit\u00e9. Le jeune lausannois s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s critique, sans \u00eatre arrogant,\u00a0affirmant son c\u00f4t\u00e9 pince-sans-rire, sans oublier de se compter parmi les cibles de ses moqueries\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019autod\u00e9rision n\u2019est pas la premi\u00e8re vertu du milieu litt\u00e9raire, il faut le dire. Je m\u2019amuse, par exemple, du \u00ab\u00a0po\u00e8te champ\u00eatre\u00a0\u00bb. Alors oui, c\u2019est normal qu\u2019une voix s\u2019affirme et qu\u2019une forme puisse \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, mais il y a quelque chose de caricatural dans la sp\u00e9cialisation des po\u00e8tes.\u00a0Et on est tr\u00e8s vite \u00e9tiquet\u00e9 dans les librairies \u00bb. Quant \u00e0 l\u2019ancien directeur de la Biblioth\u00e8que municipale de Lausanne, il n\u2019h\u00e9site pas, \u00e0 l\u2019instar de son camarade, \u00e0 faire preuve de sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Souvent, on oublie que malgr\u00e9 une grande libert\u00e9 de ton, on travaille avec des \u00e9diteurs et on a beau faire ce que l\u2019on veut, faire ce que l\u2019on veut c\u2019est surtout faire ce que l\u2019on peut\u00a0\u00bb. Sur ces mots, le p\u00e9riple s\u2019ach\u00e8ve, laissant derri\u00e8re lui d\u2019autres anecdotes non relat\u00e9es, mais les mots existent ailleurs que sur papier, ils existent aussi dans la t\u00eate, sous forme de souvenirs. Nul besoin de r\u00e9server votre ticket pour l\u2019an prochain, l\u2019exp\u00e9dition au Festival du livre suisse est gratuite\u00a0!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 peine arrive-t-on \u00e0 Sion, sur le lieu de la manifestation, que les rayons de soleil, refl\u00e9t\u00e9s par les structures miroitantes du b\u00e2timent, se d\u00e9posent sur votre visage et vous rougissent les joues. Il fait beau et chaud, on regrette d\u00e9j\u00e0 le temps des vacances. 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