{"id":341,"date":"2018-12-17T06:00:57","date_gmt":"2018-12-17T05:00:57","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=341"},"modified":"2018-12-16T23:14:23","modified_gmt":"2018-12-16T22:14:23","slug":"lart-singulier-de-lexpression-a-deux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2018\/12\/17\/lart-singulier-de-lexpression-a-deux\/","title":{"rendered":"L\u2019art singulier de l\u2019expression \u00e0 deux"},"content":{"rendered":"<div class=\"csColumnGap\" style=\"margin: 0px; padding: 10px; float: left; width: 100%;\"><img style=\"border: none;\" src=\"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-content\/plugins\/advanced-wp-columns\/assets\/js\/plugins\/views\/img\/1x1-pixel.png\" \/><\/div>\n<div class=\"csColumn\" style=\"margin: 0px; padding: 10px; float: left; width: 100%; font-size: 11pt; line-height: 1.5em; letter-spacing: 0.5px; background-color: #d8d8d8;\" data-csstartpoint=\"543\" data-csendpoint=\"945\" data-cswidth=\"41.9%\" data-csid=\"82f3d651-5f92-fb39-a486-fe676ebb0a5b\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au printemps, dans le cadre des journ\u00e9es litt\u00e9raires de Soleure, nous avions rencontr\u00e9 Germano Zullo et Albertine pour parler de l\u2019exposition \u00ab&nbsp;Jardins \u00bb (<a href=\"http:\/\/www.buchjahr.uzh.ch\/solothurn18\/2018\/05\/13\/promenade-a-la-kuenstlerhaus\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">buchjahr.uzh.ch\/solothurn18<\/a>) et de la publication de <em>La femme canon<\/em> (<a href=\"http:\/\/www.buchjahr.uzh.ch\/solothurn18\/2018\/05\/12\/dans-les-jardins-dalbertine-et-de-germano-zullo\/\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">buchjahr.uzh.ch\/solothurn18<\/a>). Cette semaine, nous proposons un regard suppl\u00e9mentaire sur ce duo d\u2019artistes afin de mieux comprendre leur travail de cr\u00e9ation, leur lien avec les lecteurs et les d\u00e9fis auxquels ils font face.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Germano Zullo est auteur, Albertine illustratrice. Collaboration fr\u00e9quente\u00a0: l\u2019un \u00e9crit, l\u2019autre dessine, et le livre na\u00eet des deux gestes. Quelques minutes suffisent pourtant \u00e0 comprendre que tout n\u2019est pas si simple. L\u2019entente est totale et elle se ressent\u00a0; le couple travaille <em>ensemble\u00a0<\/em>plut\u00f4t que sur le m\u00eame objet. Le projet est discut\u00e9, brainstorm\u00e9, affin\u00e9 \u00e0 deux avant que chacun se retire dans son bureau. Les deux artistes brouillent encore les pistes lorsqu\u2019ils nous racontent la mani\u00e8re dont ils envisagent leur apport respectif. Germano nous parle de texte en images\u00a0: ce n\u2019est pas une histoire tiss\u00e9e de sc\u00e8nes, c\u2019est un sc\u00e9nario fait de planches. Albertine pr\u00e9sente le travail d\u2019illustration en insistant sur les aspects narratifs, le rythme, le ton. Tr\u00e8s vite on comprend que le duo d\u2019artistes fusionne devant les pages encore blanches, et bien malin qui croirait distinguer les deux plumes tant il semble qu\u2019il y ait derri\u00e8re les quatre mains un seul esprit. Les traits de l\u2019un et de l\u2019autre sont d\u2019autant plus indissociables que l\u2019\u0153uvre est abord\u00e9e dans une r\u00e9flexion globale, qui, pour plus de sensibilit\u00e9 et de justesse, abolit le texte partout o\u00f9 l\u2019image parle d\u2019elle-m\u00eame \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire souvent. L\u2019auteur et l\u2019illustratrice sont avant tout des co-cr\u00e9ateurs au service d\u2019un art commun, celui de toucher le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte se fait aussi discret parce que, contrairement aux bandes dessin\u00e9es traditionnelles, les personnages d\u2019Albertine et Germano Zullo parlent peu. <em>La femme canon\u00a0<\/em>(H\u00e9lice H\u00e9las \u00c9diteur, 2016) d\u00e9voile un couple qui se tait, s\u2019observe, s\u2019\u00e9loigne\u00a0; l\u2019amour est l\u00e0, sur chaque planche, tendrement fort, mais inexprimable. Le silence d\u00e9crit mieux que les mots la relation routini\u00e8re qui s\u2019installe, les frustrations quotidiennes et le d\u00e9sir qui s\u2019en va. Les non-dits s\u2019accumulent et font obstacle aux \u00e2mes qui se cherchent de plus en plus mal, jusqu\u2019\u00e0 ne plus se trouver. M\u00eame le manque se passe de phrases.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Albertine avoue \u00eatre fascin\u00e9e par les gens, leurs postures, leur mani\u00e8re de se donner au monde, leurs solitudes, leurs rapports amoureux. L\u2019introspection est \u00e0 la fois th\u00e9matis\u00e9e et encourag\u00e9e. Le texte n\u2019est jamais directif. Le dessin, lui, favorise la r\u00e9flexion par le cadre qu\u2019il offre\u00a0: des grands espaces et du calme, d\u2019une part, et un foisonnement de d\u00e9tails, d\u2019anecdotes humoristiques d\u2019autre part, pour faire marcher la machine \u00e0 souvenirs. Tout est imagin\u00e9 pour laisser \u00e9merger les sentiments et impressions qui donnent ensuite un sens \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Les artistes insistent, ils ne sont pas d\u00e9miurges\u00a0; avec humilit\u00e9, ils expliquent que le sens de leur \u0153uvre ne leur appartient pas plus qu\u2019\u00e0 qui veut s\u2019en saisir. Et puisque toute la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui se retrouve dans les pages, c\u2019est un public extr\u00eamement vari\u00e9 qui entre dans la r\u00eaverie. Albertine et Germano Zullo n\u2019y pensent m\u00eame pas. Eux sont au service d\u2019une id\u00e9e qu\u2019ils concr\u00e9tisent au mieux\u00a0: \u00ab\u00a0Les livres et les \u0153uvres d\u2019art sont faits pour \u00eatre \u00e0 la fois aim\u00e9s et d\u00e9test\u00e9s\u00a0\u00bb, affirment-ils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9crire sans tenir compte de la r\u00e9ception de leur \u0153uvre, c\u2019est aussi revendiquer une libert\u00e9 du geste artistique, \u00e0 laquelle r\u00e9pond une libert\u00e9 du lecteur dans son processus d\u2019assimilation. Si le couple insiste sur cet aspect, c\u2019est qu\u2019ils sentent un resserrement de la pens\u00e9e dans le milieu jeunesse, en particulier en France. R\u00e9cemment, par exemple, ils se sont vu reprocher le dessin d\u2019un p\u00e8re tendant une fleur \u00e0 sa petite fille, sous pr\u00e9texte que l\u2019image pouvait v\u00e9hiculer un sous-entendu p\u00e9dophile. \u00ab\u00a0La bien-pensance politique tente peu \u00e0 peu de s\u2019immiscer dans le propos des livres et l\u2019on commence \u00e0 sentir qu\u2019il y a des choses qu\u2019il ne faut pas dire, ou alors au contraire des sujets dont il faut traiter, notamment la repr\u00e9sentation de la pluralit\u00e9.\u00a0\u00bb Pour eux qui revendiquent le droit d\u2019exister en dehors du politique, il n\u2019est pas question que les auteurs deviennent des fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat au service d\u2019un dogme particulier. Tous deux esp\u00e8rent que la Suisse ne prendra pas le m\u00eame chemin que la France dans ce domaine-l\u00e0 et qu\u2019ils pourront continuer \u00e0 dessiner, imaginer et cr\u00e9er \u00e0 l\u2019abri de la censure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au printemps, dans le cadre des journ\u00e9es litt\u00e9raires de Soleure, nous avions rencontr\u00e9 Germano Zullo et Albertine pour parler de l\u2019exposition \u00ab&nbsp;Jardins \u00bb (buchjahr.uzh.ch\/solothurn18) et de la publication de La femme canon (buchjahr.uzh.ch\/solothurn18). 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