{"id":420,"date":"2019-06-17T06:00:45","date_gmt":"2019-06-17T04:00:45","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=420"},"modified":"2019-05-27T11:39:17","modified_gmt":"2019-05-27T09:39:17","slug":"katerina-ou-lunique-reponse-a-pourquoi-berlin-de-marie-perny","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/06\/17\/katerina-ou-lunique-reponse-a-pourquoi-berlin-de-marie-perny\/","title":{"rendered":"\u00ab Katerina \u00bb, ou l\u2019unique r\u00e9ponse \u00e0 Pourquoi Berlin ? de Marie Perny"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Ce roman est \u2026 quel est le mot\u00a0? Ti\u00e8de.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne donne ni chaud, ni froid, on en ressort tel qu\u2019on y est entr\u00e9\u00b7e\u00a0: sur sa faim. Ce n\u2019est pas qu\u2019il faille \u00eatre boulevers\u00e9\u00b7e \u00e0 chaque page pour appr\u00e9cier une \u0153uvre, mais enfin\u00a0! Un peu de verve, \u00e7a n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 de trop, loin s\u2019en faut. Sans \u00eatre mauvais, ce roman n\u2019apporte rien de particulier, tant au niveau de l\u2019intrigue qui n\u2019offre aucune sorte de rebondissement, que du style qui n\u2019ose pas l\u2019originalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, ne t\u2019enfuis pas, \u00f4 toi, tr\u00e8s cher\u00b7e lecteur\u00b7rice,\u00a0<em>mon semblable, mon fr\u00e8re <\/em>(ou ma s\u0153ur\u00a0?), toi qui as d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019acquisition de ce livre et qui ne sais maintenant plus quoi en faire. Tout n\u2019est pas \u00e0 jeter dans cet ouvrage : il faut bien admettre que certains passages sauront r\u00e9chauffer l\u2019atmosph\u00e8re moite, notamment ceux au sein desquels appara\u00eet Katerina, une personnalit\u00e9 hors du commun, tr\u00e8s color\u00e9e et pour le moins surprenante. Et puis, qui ne saurait appr\u00e9cier quelques formulations bien tourn\u00e9es, \u00e7\u00e0 et l\u00e0\u00a0? Je ne suis pas rest\u00e9e froide face \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique des mots que lui adresse son \u00e9poux\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne te quitte pas, c\u2019est toi qui es absente\u00a0\u00bb\u00a0; ou encore ceux prononc\u00e9s par Katerina\u00a0lorsqu\u2019elle confie l\u2019histoire de sa m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Elle restait cach\u00e9e derri\u00e8re le bleu de ses yeux, elle avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s belle avant d\u2019\u00eatre triste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ceux qui n\u2019auraient pas encore lu le roman (ou qui n\u2019en auront peut-\u00eatre jamais l\u2019intention), celui-ci raconte l\u2019histoire d\u2019une femme dont la vie est chamboul\u00e9e par le d\u00e9part de sa fille Lucie, qui s\u00e9journe six mois \u00e0 Berlin. Loin de son enfant, incapable de se d\u00e9finir autrement que par son r\u00f4le maternel, elle perd tous ses rep\u00e8res et entre dans une profonde crise identitaire o\u00f9 rien ne la satisfait jamais tout \u00e0 fait. Le d\u00e9cor est pos\u00e9\u00a0: c\u2019est le syndrome du nid vide, avec son lot d\u2019errances, de remises en question et d\u2019incertitudes. Envoyant valser son statut d\u2019\u00e9pouse et sa carri\u00e8re de com\u00e9dienne, elle rend visite \u00e0 sa fille et d\u00e9couvre en Berlin une ville qui la touche beaucoup, empreinte d\u2019une histoire folle, encore plus folle que Katerina, cette femme qui n\u2019a pourtant d\u00e9j\u00e0 plus toute sa t\u00eate. La protagoniste y fait la connaissance de la dr\u00f4le d\u2019Allemande qui, de la plus \u00e9trange des mani\u00e8res, fera remonter \u00e0 la surface une peur tr\u00e8s ancienne, enfouie au plus profond de cette m\u00e8re. N\u00e9e d\u2019une femme qui ne voulait pas d\u2019elle, dans le contexte d\u2019une Allemagne d\u00e9chir\u00e9e par la guerre froide, Katerina partage son histoire et celle de ses parents. Ces confidences ravivent alors de vieilles blessures chez son interlocutrice, car celle-ci n\u2019a jamais r\u00e9ellement fait le deuil de sa propre m\u00e8re, morte deux mois avant la chute du Mur de Berlin. C\u2019est l\u00e0, dans cette plaie qui n\u2019a jamais vraiment gu\u00e9ri, que se joue la v\u00e9ritable rencontre des deux femmes\u00a0: la pr\u00e9sence d\u2019une m\u00e8re traumatis\u00e9e par les horreurs de ce monde, puis son d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9. Pr\u00e9sent\u00e9e ainsi,\u00a0 l\u2019intrigue peut donner envie. Et pourtant, bien que le sujet soit int\u00e9ressant, il est pauvrement trait\u00e9. D\u2019une part, le rythme\u00a0: terriblement lent, de ces lenteurs sans saveur qui vous perdent, d\u00e9nu\u00e9es de profondeur. D\u2019autre part, l\u2019autrice se perd dans des descriptions ternes, sans grand int\u00e9r\u00eat narratif ou stylistique, comme une anecdote que l\u2019on raconterait sans trop savoir pourquoi. Enfin \u00e0 tout ceci se rajoute la caract\u00e9ristique la plus d\u00e9rangeante de ce roman\u00a0: la mollesse patente de la protagoniste, \u00e0 qui l\u2019on aimerait parfois prodiguer un bon coup de pied au derri\u00e8re dans l\u2019espoir de la raviver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour autant, tout n\u2019est pas aussi fade dans ce livre qui finit par croquer le personnage particuli\u00e8rement loufoque et attachant\u00a0de Katerina, cette vieille femme que l\u2019on prend pour folle, elle \u00ab\u00a0qui voit la peur au fond des \u00eatres\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0pense que la plupart des gens sont des coffres blind\u00e9s. Elle ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019\u00e0 ceux qui laissent voir un peu de leur faiblesse.\u00a0\u00bb Tant\u00f4t grave, tant\u00f4t dr\u00f4le (et ce bien malgr\u00e9 elle), on ne sait jamais \u00e0 quoi s\u2019attendre face \u00e0 la dr\u00f4le d\u2019Allemande qui ne m\u00e2che pas ses mots\u00a0: \u00ab Ma pauvre, toi, tu es vert fan\u00e9, un vilain vert qui devait \u00eatre plus frais avant.\u00a0\u00bb Et dans le flot de paroles sans fin qu\u2019elle d\u00e9verse \u00e0 chacune de ses apparitions, le\u00b7la lecteur\u00b7rice a l\u2019occasion de trouver, entre deux tirades abruptes, de surprenants \u00e9clairs de lucidit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les histoires, c\u2019est des poup\u00e9es russes. Tu en ouvres une, il y en a une autre dedans et encore une autre. Moi, tout au fond, j\u2019ai trouv\u00e9 celle de ma m\u00e8re, une gamine morte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et qui avait peur tout le temps. \u00bb A la fois insolite et attachante, Katerina retient l\u2019attention de celle ou celui qui, comme moi, s\u2019appr\u00eate \u00e0 reposer ce roman sur sa table de chevet. Figure d\u2019autant plus fascinante qu\u2019elle semblerait inspir\u00e9e d\u2019une personne r\u00e9elle, si l\u2019on en croit la page de remerciements de l\u2019autrice. A vrai dire, j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rencontrer cette dame, plut\u00f4t que de lire sa simple description\u00a0; et si toi, bien aim\u00e9\u00b7e lecteur\u00b7rice, par miracle, tu venais \u00e0 retrouver sa trace, je t\u2019en prie, partons ensemble pour Berlin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marie Perny, <em>Pourquoi Berlin\u00a0?<\/em>, Editions de l\u2019Aire, 104 pages, 25.-CHF.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Kaziwa Raim<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce roman est \u2026 quel est le mot\u00a0? Ti\u00e8de. Il ne donne ni chaud, ni froid, on en ressort tel qu\u2019on y est entr\u00e9\u00b7e\u00a0: sur sa faim. Ce n\u2019est pas qu\u2019il faille \u00eatre boulevers\u00e9\u00b7e \u00e0 chaque page pour appr\u00e9cier une \u0153uvre, mais enfin\u00a0! 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