{"id":438,"date":"2019-04-22T06:00:56","date_gmt":"2019-04-22T04:00:56","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=438"},"modified":"2019-04-23T15:15:19","modified_gmt":"2019-04-23T13:15:19","slug":"un-plongeon-dans-les-mots-lautre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/04\/22\/un-plongeon-dans-les-mots-lautre\/","title":{"rendered":"Un plongeon dans les mots l\u2019autre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Dans les combles de l\u2019Ancien H\u00f4pital des Bourgeois \u00e0 Fribourg, c\u2019\u00e9tait au tour d\u2019\u00c9lisa Shua Dusapin et de Julia von Lucadou de pr\u00e9senter leurs derniers romans respectifs, <em>Les Billes du Pachinko\u00a0<\/em>et <em>Die Hochhausspringerin<\/em>. Nathalie Garbely, la mod\u00e9ratrice, adresse quelques mots de bienvenue en fran\u00e7ais, puis en allemand. Le ton de la soir\u00e9e est donn\u00e9\u00a0: si cette tourn\u00e9e de lectures dans le cadre des prix suisses de litt\u00e9rature permet de d\u00e9couvrir les textes des auteur\u00b7e\u00b7s prim\u00e9\u00b7e\u00b7s, elle est aussi l\u2019occasion pour le public de passer le R\u00f6stigraben et d\u2019aller \u00e0 la rencontre de l\u2019autre langue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son premier roman, <em>Die Hochhausspringerin<\/em>, Julia von Lucadou met en sc\u00e8ne Riva, une sportive d\u2019\u00e9lite qui saute du haut des gratte-ciel en Flysuit<sup>TM<\/sup>; malgr\u00e9 le succ\u00e8s, elle d\u00e9cide de ne plus s\u2019entra\u00eener et tourne le dos \u00e0 ses sponsors. Hitomi, sa th\u00e9rapeute, aura pour mission d\u2019inciter l\u2019athl\u00e8te \u00e0 poursuivre co\u00fbte que co\u00fbte sa carri\u00e8re, au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9ritocratique o\u00f9 la performance et le d\u00e9passement de soi sont au centre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: left;\"><em>Soudain, une secousse traverse son corps, elle s\u2019avance vers le bord du toit, le moment est venu. Peut-\u00eatre souhaitez-vous vous \u00e9loigner un peu, quitter le gros plan et ouvrir le regard vers ce qui se trouve au-dessous d\u2019elle. Le canyon qui s\u2019ouvre entre les gratte-ciel est profond de mille m\u00e8tres, mille m\u00e8tres d\u2019altitude exactement, ainsi que le stipulent les directives du Comit\u00e9 mondial de Highrise Diving<sup>TM<\/sup>.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px; text-align: left;\"><em>Les spectateurs retiennent leur souffle tandis que la jeune femme vient se placer tout au bord du toit plat. Son Flysuit<sup>TM <\/sup>lui conf\u00e8re un \u00e9clat surnaturel. Au sol comme dans les box r\u00e9serv\u00e9s au public dans le gratte-ciel d\u2019en face et dans la Skybox<sup>TM<\/sup>tout en haut, les spectateurs lui tendent les bras. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Die Hochhausspringerin\u00a0<\/em>pr\u00e9sente un univers technologique et dystopique o\u00f9 tout peut \u00eatre contr\u00f4l\u00e9, m\u00eame le corps humain\u00a0: \u00ab\u00a0Le syst\u00e8me d\u00e9crit dans mon roman reste toutefois attrayant pour les personnages\u00a0\u00bb explique l\u2019auteure, \u00ab\u00a0car tout le monde veut donner le meilleur de soi-m\u00eame pour atteindre l\u2019excellence. Les gens se surveillent eux-m\u00eames sans arr\u00eat afin que tout fonctionne \u00e0 la perfection. C\u2019est un monde totalitaire, mais un totalitarisme davantage \u00e9conomique que politique.\u00a0\u00bb Julia von Lucadou pr\u00eate attention \u00e0 chaque d\u00e9tail, jusque dans le choix des noms de ses personnages\u00a0: \u00ab\u00a0Je me suis inspir\u00e9e de la tradition japonaise, o\u00f9 les noms ont une signification sociale ou symbolique. Dans mon livre, la plupart des noms portent d\u00e9j\u00e0 en eux l\u2019identit\u00e9 et le statut de l\u2019individu\u00a0\u00bb. Une minutie qui s\u2019entend lorsque l\u2019auteure lit son texte au public\u00a0: les phrases, tant\u00f4t br\u00e8ves tant\u00f4t longues, naissent et se dissipent dans un souffle, les sonorit\u00e9s se m\u00ealent, se r\u00e9pondent et figurent une narratrice sans cesse \u00e0 l\u2019\u00e9coute de son corps et de ce qui l\u2019entoure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 ce monde futuriste et intransigeant dont parle Julia von Lucadou avec une pointe d\u2019ironie, on trouve la m\u00e9galopole de Tokyo dans laquelle \u00e9volue Claire, l\u2019h\u00e9ro\u00efne du dernier roman d\u2019\u00c9lisa Shua Dusapin,\u00a0<em><a href=\"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2018\/10\/08\/les-billes-du-pachinko-le-jeu-a-lepreuve-du-reel\/\">Les Billes du Pachinko<\/a><\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>Je sors du train, m\u2019engouffre dans le boyau de la gare de Shinagawa. \u00c9cailles sur les parois, des \u00e9crans num\u00e9riques vantent un dentifrice avec une femme aux crocs scintillants. Flux de gens press\u00e9s. \u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur, des ouvriers d\u00e9montent les restes d&rsquo;un chantier. Une plateforme surplombe un parc de cerisiers, parcell\u00e9 d&rsquo;enclos o\u00f9 fument les salarymen, le geste saccad\u00e9. Ils \u00e9crasent les m\u00e9gots sur des pierres qui me rappellent le sel qu\u2019on donne aux chevaux. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\"><em>Je suis les instructions de Mme Ogawa. Emprunter la passerelle menant au complexe r\u00e9sidentiel, immeuble 4488, signaler mon arriv\u00e9e dans l\u2019interphone, l&rsquo;ascenseur me fera monter jusqu\u2019au dernier \u00e9tage. <\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec <em>Les Billes du Pachinko<\/em>, l\u2019auteure interroge l\u2019impossibilit\u00e9 de se dire les choses\u00a0; son roman v\u00e9hicule un sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 qui selon elle d\u00e9coule de la construction du texte\u00a0: \u00ab\u00a0Moi-m\u00eame, je ne savais pas o\u00f9 j\u2019allais, ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 enlever le superflu et \u00e9viter les monologues psychologisants. J\u2019ai utilis\u00e9 une voix qui me ressemblait, celle qui revient voir ses grands-parents et qui ne parle plus leur langue. J\u2019\u00e9cris pour ce que je ne peux pas dire en cor\u00e9en.\u00a0\u00bb Quand on lui parle de sa relation \u00e0 la Suisse, \u00c9lisa Shua Dusapin explique avoir voulu sortir de la dichotomie France-Cor\u00e9e avec l\u2019\u00e9criture de ce deuxi\u00e8me roman : \u00ab\u00a0En Cor\u00e9e, on me pr\u00e9sentait toujours comme une auteure fran\u00e7aise et on occultait le fait que j\u2019\u00e9tais Suisse.\u00a0\u00bb L\u2019auteure se dit particuli\u00e8rement attach\u00e9e \u00e0 ce pays, \u00e0 son plurilinguisme, \u00e0 l\u2019ouverture que l\u2019on peut avoir \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 son travail d\u2019\u00e9criture, \u00c9lisa Shua Dusapin insiste sur la musicalit\u00e9 des phrases\u00a0: \u00ab\u00a0Je joue du violon, et je crois que cela forge mon rapport \u00e0 la langue.\u00a0\u00bb Pour elle, le texte doit \u00eatre lu \u00e0 voix haute et correspondre \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des personnages ou de la ville. Une grande partie de son travail a consist\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er une atmosph\u00e8re, celle de Tokyo et de ses habitants qui traversent chaque jour la m\u00e9galopole. Une ville d\u00e9stabilisante pour l\u2019h\u00e9ro\u00efne, log\u00e9e chez ses grands-parents cor\u00e9ens qui ne veulent pas parler japonais avec elle. Claire fait face \u00e0 des situations qui lui paraissent d\u00e9cal\u00e9es, comme ces parcs d\u2019attractions qui attirent les jeunes couples plus que les enfants ou alors cette \u00e9coli\u00e8re dont elle doit s\u2019occuper, et qui dort dans une piscine d\u00e9saffect\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une heure trente de dialogue avec les deux auteures prim\u00e9es, la mod\u00e9ratrice cl\u00f4t la discussion, \u00e0 notre plus grand regret. Pour celles et ceux qui n\u2019ont pas un train \u00e0 prendre, la soir\u00e9e se prolonge autour d\u2019un verre avec les laur\u00e9ates, toujours ravies d\u2019\u00e9changer avec leur public. Alors si vous n\u2019avez pas eu encore l\u2019occasion d\u2019assister \u00e0 l\u2019une de ces rencontres, rien n\u2019est perdu, puisqu\u2019elles se d\u00e9rouleront jusqu\u2019en juin \u00e0 travers toute la Suisse\u00a0! Plus d\u2019informations sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.prixlitterature.ch\/fr\/tournee-de-lecture-2019\/\">http:\/\/www.prixlitterature.ch\/fr\/tournee-de-lecture-2019\/<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Agathe Herold<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9lisa Shua Dusapin, <em>Les Billes du Pachinko<\/em>, Carouge-Gen\u00e8ve, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2018, 140 p., 22 CHF.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Julia von Lucadou, <em>Die Hochhausspringerin<\/em>, Hanser Berlin, M\u00fcnchen, 2018, 288 p., 29 CHF. Traduction de l\u2019extrait\u00a0: St\u00e9phanie Lux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Cr\u00e9dits photographiques\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Olivier Vogelsang \/ Maurice Haas<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les combles de l\u2019Ancien H\u00f4pital des Bourgeois \u00e0 Fribourg, c\u2019\u00e9tait au tour d\u2019\u00c9lisa Shua Dusapin et de Julia von Lucadou de pr\u00e9senter leurs derniers romans respectifs, Les Billes du Pachinko\u00a0et Die Hochhausspringerin. Nathalie Garbely, la mod\u00e9ratrice, adresse quelques mots de bienvenue en fran\u00e7ais, puis en allemand. 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