{"id":463,"date":"2019-05-27T06:00:07","date_gmt":"2019-05-27T04:00:07","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=463"},"modified":"2019-05-27T11:35:44","modified_gmt":"2019-05-27T09:35:44","slug":"antonia-ce-fantome-ramene-a-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/05\/27\/antonia-ce-fantome-ramene-a-la-vie\/","title":{"rendered":"Antonia, ce fant\u00f4me ramen\u00e9 \u00e0 la vie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ne te plains pas, tu as une famille. C\u2019est \u00e0 toi de la rendre heureuse. Te rends-tu compte d\u2019o\u00f9 tu vis\u00a0? De comment tu vis\u00a0? Tu devrais te sentir combl\u00e9e.\u00a0C\u2019est \u00e0 toi de faire un effort. C\u2019est sur toi que repose le bien-\u00eatre de la famille<\/em>. Une\u00a0<em>perfect house wife<\/em>, voil\u00e0 ce que doivent \u00eatre les femmes des ann\u00e9es 1960, et aucune r\u00e9clamation n\u2019est admise, s\u2019il vous pla\u00eet\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Antonia<\/em>, publi\u00e9 en 2019<em>,\u00a0<\/em>Gabriella Zalap\u00ec nous expose, \u00e0 travers un journal intime tenu entre 1965 et 1966, le quotidien d\u2019une jeune femme tourment\u00e9e. Antonia est une femme reni\u00e9e par sa propre famille\u00a0; elle est un fant\u00f4me que Gabriella Zalap\u00ec a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019exhumer. D\u2019apr\u00e8s l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique que pr\u00e9sente l\u2019auteure \u00e0 la fin de son livre, Antonia aurait exist\u00e9, elle serait m\u00eame en vie, mais cette r\u00e9f\u00e9rence g\u00e9n\u00e9alogique est-elle r\u00e9elle\u00a0? Existe-t-il un lien familial entre Antonia et l\u2019auteure\u00a0? Ce sont des questions qui resteront sans r\u00e9ponses. A partir de son v\u00e9cu, de photographies et d\u2019archives familiales red\u00e9couvertes, Zalap\u00ec entrem\u00eale fiction et r\u00e9alit\u00e9 pour donner vie \u00e0 Antonia, cette jeune m\u00e8re tourment\u00e9e. Les r\u00e9cits biographiques qui emplissent ce journal intime se nourrissent de la r\u00e9alit\u00e9 et en font pourtant un ouvrage fictif qui \u00e9voque des instants de vie pos\u00e9s sur le papier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu entre fiction et r\u00e9alit\u00e9 se prolonge dans la ressemblance qui existe entre l\u2019auteure elle-m\u00eame et Antonia. Comme celle-ci, Gabriella Zalap\u00ec poss\u00e8de des origines suisses, italiennes et anglaises. Les tr\u00e8s nombreux voyages qu\u2019effectue cette artiste plasticienne, les d\u00e9m\u00e9nagements de ville en ville et le caract\u00e8re composite de sa famille la poussent \u00e0 m\u00e9diter sur la construction de l\u2019identit\u00e9\u00a0; un questionnement sur soi qui se trouve aussi au c\u0153ur du journal intime fictif d\u2019Antonia.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un vide \u00e0 combler <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9change ce matin avec Franco au petit-d\u00e9jeuner\u00a0: \u00ab\u00a0Ouvre la fen\u00eatre. Elle est ouverte. Il n\u2019y a pas d\u2019air\u00a0\u00bb. <\/em>Ces quelques mots suffisent \u00e0 faire ressentir le vide de la vie d\u2019Antonia. Il n\u2019y a pas d\u2019air dans le quotidien pourtant confortable de cette femme tiraill\u00e9e entre contraintes et envies, et l\u2019\u00e9criture sobre, en courtes phrases, devient une \u00e9chappatoire \u00e0 son mal-\u00eatre. Franco, l\u2019\u00e9poux d\u2019Antonia, est un homme aux mani\u00e8res irr\u00e9prochables et au temp\u00e9rament assommant. Le jeune couple m\u00e8ne une vie \u00ab\u00a0paisible\u00a0\u00bb, cern\u00e9e par la <em>nurse\u00a0<\/em>qui s\u2019est appropri\u00e9, de bon droit selon Franco, leur enfant unique qu\u2019Antonia ne parvient pas \u00e0 aimer. Outre l\u2019atmosph\u00e8re malsaine de son foyer, Antonia ne trouve pas sa place entre sa riche famille paternelle anglaise install\u00e9e en Italie et sa m\u00e8re juive. L\u2019absence de figure parentale stable \u2013 un p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et une m\u00e8re beaucoup trop exigeante \u2013 incite Antonia \u00e0 se rapprocher de Nonna, cette grand-m\u00e8re paternelle qui l\u2019aime sans condition. Nonna est une figure forte qui a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer dans le cercle familial, \u00e0 la diff\u00e9rence de sa petite-fille\u00a0; elle est le pilier f\u00e9minin sur lequel Antonia tente de s\u2019appuyer pour <em>mettre de l\u2019ordre dans les morceaux \u00e9pars de son histoire<\/em>. Ce sont ces souvenirs du pass\u00e9, l\u00e9gu\u00e9s par Nonna \u00e0 sa petite-fille, qui vont la pousser \u00e0 se lib\u00e9rer, au risque de devenir la honte de la famille.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gabriella Zalap\u00ec,\u00a0<em>Antonia, <\/em>\u00c9ditions Zo\u00e9, 2019, 100 pages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dafina Meha<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ne te plains pas, tu as une famille. 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