{"id":474,"date":"2019-09-09T06:00:13","date_gmt":"2019-09-09T04:00:13","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=474"},"modified":"2019-06-30T14:25:45","modified_gmt":"2019-06-30T12:25:45","slug":"quand-une-enfance-genevoise-mene-a-un-polar-americain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/09\/09\/quand-une-enfance-genevoise-mene-a-un-polar-americain\/","title":{"rendered":"Quand une enfance genevoise m\u00e8ne \u00e0 un polar am\u00e9ricain"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Bref, quand on y pensait, assis sur la jet\u00e9e \u00e0 la tomb\u00e9e du soir, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les mouettes planent haut, le ventre rosi par les derniers rayons, la vie \u00e9tait dr\u00f4lement belle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis tout s\u2019\u00e9tait \u00e9croul\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son nouveau roman <em>Marathon, Florida<\/em>, Carole Allamand \u00e9labore deux r\u00e9cits successifs qui composent, au premier regard, un curieux ensemble disparate. Le premier est un polar qui se d\u00e9roule, comme l\u2019indique le titre, \u00e0 Marathon, en Floride. Tandis que le deuxi\u00e8me est autobiographique. Il observe les p\u00e9r\u00e9grinations de l\u2019auteure alors qu\u2019elle grandit \u00e0 Gen\u00e8ve dans les ann\u00e9es 1970. Une seconde partie qui (d)\u00e9tonne, et ce, notamment quand la premi\u00e8re suit le personnage de Norma Salvatore qui a abandonn\u00e9 son m\u00e9tier d\u2019infirmi\u00e8re dans le New Jersey pour revenir dans les Keys. Entr\u00e9e dans la police locale, elle attend de pouvoir faire la lumi\u00e8re sur le meurtre non r\u00e9solu de son fr\u00e8re, Alberto. La mort de ce dernier a boulevers\u00e9 le microcosme familial, provoquant son \u00e9clatement et la chute professionnelle des parents. L\u2019enqu\u00eate sur la mort d\u2019Alberto \u00e9tant \u00e0 nouveau ouverte, la jeune femme r\u00e9alise que l\u2019assassinat qu\u2019elle pensait \u00eatre li\u00e9 aux activit\u00e9s militantes \u00e9cologistes de son fr\u00e8re cache une v\u00e9rit\u00e9 plus complexe et douloureuse encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si son r\u00e9sum\u00e9 laisse quelque peu perplexe, <em>Marathon, Florida <\/em>est en r\u00e9alit\u00e9 le fruit d\u2019une d\u00e9marche litt\u00e9raire particuli\u00e8rement int\u00e9ressante. Professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rutgers dans le New Jersey, l\u2019\u00e9crivaine romande nous propose de d\u00e9couvrir le jeu troublant des auteur-e-s lorsqu\u2019ils manient le r\u00e9el pour fa\u00e7onner la fiction. En effet, la seconde partie se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre la mati\u00e8re qui a servi \u00e0 \u00e9laborer la premi\u00e8re. L\u2019enfance de Carole Allamand nous est racont\u00e9e sous la forme de courts chapitres qui sont autant d\u2019instantan\u00e9s de son quotidien de petite fille. Les intitul\u00e9s de ces photos r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 une th\u00e9matique, un nom, un objet ou encore un lieu qui rythment l\u2019enqu\u00eate de Norma. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le roman anglo-saxon inscrit la d\u00e9construction du geste cr\u00e9atif au c\u0153ur m\u00eame du texte, et on pense ici au remarqu\u00e9 <em>Asym\u00e9trie <\/em>de Lisa Halliday (Gallimard, 2018) ou encore aux\u00a0<em>Innocents et les autres <\/em>de Dana Spiotta (Actes Sud, 2019), la d\u00e9marche d\u2019une auteure francophone comme Carole Allamand interpelle et r\u00e9jouit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, force est de constater que l\u2019entreprise n\u2019est pas des plus simples et peut ne pas provoquer enti\u00e8rement l\u2019effet recherch\u00e9. Au d\u00e9but, l\u2019invitation \u00e0 d\u00e9couvrir les tranches de vie qui ont men\u00e9 \u00e0 la fiction dont on vient de lire les derni\u00e8res pages est des plus s\u00e9duisantes. Puis, au fil des fragments qui constituent la seconde partie, la surprise s\u2019essouffle et le processus employ\u00e9 par Carole Allamand s\u2019enraye en devenant quelque peu redondant. S\u2019installe l\u2019impression qu\u2019il consiste uniquement \u00e0 identifier les th\u00e8mes affront\u00e9s dans l\u2019enfance qui ont servi \u00e0 cr\u00e9er, des ann\u00e9es plus tard, un roman policier. Par ailleurs, la vitalit\u00e9 et la profondeur avec laquelle elle relate sa jeunesse genevoise participe \u00e0 estomper la curiosit\u00e9 ressentie au pr\u00e9alable pour la performance litt\u00e9raire que la romanci\u00e8re a voulu r\u00e9aliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Percutante en elle-m\u00eame, l\u2019enfance de Carole Allamand g\u00e9n\u00e8re une foule d\u2019\u00e9motions qui tend \u00e0 faire m\u00eame oublier l\u2019enqu\u00eate polici\u00e8re de la premi\u00e8re partie. Hormis une fascinante incursion dans les familles dysfonctionnelles dans lesquelles certains enfants de la g\u00e9n\u00e9ration X ont \u00e9volu\u00e9, elle donne \u00e0 voir une topographie culturelle de l\u2019av\u00e8nement des nouveaux m\u00e9dias dans les ann\u00e9es 1970. Mais ce second r\u00e9cit rend surtout dans toute sa complexit\u00e9 le fait de grandir en tant que fille \u00e0 cette \u00e9poque. Pr\u00e9f\u00e9rant jouer avec les gar\u00e7ons, l\u2019auteure a d\u00fb essuyer les humiliantes injustices r\u00e9serv\u00e9es aux filles qui d\u00e9daignent leur poup\u00e9e. \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re, lui, veut bien m\u2019acheter des soldats de plomb ou un sabre d\u2019abordage en plastique, mais\u00a0il ne se ridiculisera pas aupr\u00e8s du Servette F.C. en essayant d\u2019inscrire sa fille \u00e0 l\u2019\u00e9cole de football.\u00a0\u2018Pour \u00e7a, il te manque quelque chose\u2019, d\u00e9clare-t-il en ricanant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant la richesse de ce r\u00e9cit, il est possible d\u2019en venir \u00e0 regretter que la romanci\u00e8re genevoise n\u2019en ait pas fait le seul sujet de son roman. Outre l\u2019int\u00e9r\u00eat de d\u00e9couvrir le visage de la Suisse dans les ann\u00e9es 1970, la confrontation du comportement d\u2019une enfant qui se d\u00e9fait des id\u00e9es re\u00e7ues sur les petites filles avec le regard de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque r\u00e9sonne encore comme un ph\u00e9nom\u00e8ne tout \u00e0 fait actuel. Toutefois, il aurait \u00e9t\u00e9 dommage de manquer la d\u00e9marche de Carole Allamand qui, en exposant le processus cr\u00e9atif des auteur-e-s, propose de d\u00e9ranger les lecteurs dans leurs habitudes. On ne peut que souhaiter que son entreprise insuffle \u00e0 d\u2019autres \u00e9crivain-e-s francophones l\u2019envie de jouer avec la construction de leur r\u00e9cit en vue de nous faire r\u00e9fl\u00e9chir sur notre lecture au lieu de se laisser porter sans effort par une structure sans heurts, ni ruptures.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Camille Bernasconi<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carole Allamand, <em>Marathon, Florida<\/em>, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2019, 268 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Bref, quand on y pensait, assis sur la jet\u00e9e \u00e0 la tomb\u00e9e du soir, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les mouettes planent haut, le ventre rosi par les derniers rayons, la vie \u00e9tait dr\u00f4lement belle. 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