{"id":523,"date":"2019-09-16T06:00:27","date_gmt":"2019-09-16T04:00:27","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=523"},"modified":"2019-06-30T14:26:19","modified_gmt":"2019-06-30T12:26:19","slug":"dechirer-le-voile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/09\/16\/dechirer-le-voile\/","title":{"rendered":"D\u00e9chirer le voile"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s <em>Le Jour des cons<\/em>, <em>Sale Pute\u00a0!!!\u00a0<\/em>et <em>Des Truies pour Piggy Boy<\/em>, courts textes inspir\u00e9s par le cin\u00e9ma d\u2019exploitation des ann\u00e9es septante et huitante et \u00e9dit\u00e9s aux autoproclam\u00e9es <em>nano\u00e9ditions\u00a0<\/em>La Puce, Philippe Battaglia change de nom (pr\u00e9c\u00e9demment Tadzul Lempke), d\u2019\u00e9dition (L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme) et d\u2019ampleur. Il faut le dire d\u2019embl\u00e9e\u00a0: si vous \u00eates amateurs de belles lettres et f\u00e9rus de classiques polis, <em>Personne n\u2019aime Simon\u00a0<\/em>n\u2019est pas pour vous. La trame en est pour le moins \u00e9tonnante, l\u2019architecture sc\u00e9naristique suit les exigences d\u2019un cin\u00e9aste surprenant, la violence et la grossi\u00e8ret\u00e9 sont omnipr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Tous les flocons de neige sont uniques. C\u2019est leur norme. En \u00e9tant uniques, ils sont tous pareils. Pour qu\u2019un flocon de neige soit vraiment unique, il faudrait qu\u2019il ressemble exactement \u00e0 un autre putain de flocon de neige\u2026<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Simon est l\u2019\u00eatre le moins appr\u00e9ci\u00e9 qui soit. Abandonn\u00e9 \u00e0 la naissance par des parents qui le ha\u00efssent au premier regard, il n\u2019est aim\u00e9 que de ses chats et de sa s\u0153ur Charlotte. Entra\u00een\u00e9 par une mal\u00e9diction et les rouages de l\u2019univers dans une aventure qui remet en cause les fondements du monde, il fait la connaissance de l\u2019\u00c9tranger, hypostase du Voile, une sorte de dieu vengeur, de Baron Samedi crois\u00e9 avec le Vieux Georgie de <em>Cloud Atlas\u00a0<\/em>(pour les cin\u00e9philes). Cette entit\u00e9, intruse dans le monde des vivants, gorg\u00e9e de la haine dont elle se nourrit, appara\u00eet \u00e0 un Simon \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019on lui adresse la parole sans r\u00e9pulsion \u2013 parce que, vraiment, personne n\u2019aime Simon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Non qu\u2019il f\u00fbt cruel ou difforme. Ni m\u00eame laid. \u00c0 vrai dire, il \u00e9tait bien b\u00e2ti. Mais il d\u00e9gageait quelque chose. Une \u00e9nergie, une vibration peut-\u00eatre. Un je-ne-sais-quoi qui engendrait irr\u00e9m\u00e9diablement chez toute personne qui le c\u00f4toyait une haine farouche \u00e0 son \u00e9gard.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en Nouvelle-Orl\u00e9ans que le sort du duo incongru sera scell\u00e9, ainsi que celui de Charlotte, enlev\u00e9e par le ma\u00eetre malveillant d\u2019une loge ma\u00e7onnique ancienne, soucieux d\u2019accomplir une obscure proph\u00e9tie. Mais l\u2019int\u00e9r\u00eat principal du r\u00e9cit \u00e9tant son histoire m\u00eame, mieux vaut ne pas trop en dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car ce n\u2019est pas par le style que ce roman se distingue. Il associe un peu gauchement une narration trop classique (pass\u00e9 simple, imparfaits de l\u2019indicatif et du subjonctif), une ponctuation fr\u00e9quente qui enclot des phrases trop souvent non-verbales, et une expressivit\u00e9 pour le moins outranci\u00e8re, contamin\u00e9e par des personnages orduriers. Pire que tout, il faut souvent s\u2019interrompre dans sa lecture \u2013 ou pas \u2013 pour aller lire des notes de bas de page. Si\u00a0! Loin d\u2019apporter toujours quelque chose, elles sont souvent assez faibles et leur quantit\u00e9 lasse rapidement. On y trouve notamment des explications wikip\u00e9diesques dont on se passerait et des remarques et compl\u00e9ments d\u2019informationr\u00e9visibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en d\u00e9pit de ses faiblesses, <em>Personne n\u2019aime Simon\u00a0<\/em>peut accrocher quiconque se montrerait sensible \u00e0 ses ind\u00e9niables qualit\u00e9s de mise en sc\u00e8ne et \u00e0 l\u2019aspect loufoque et \u00e9tonnamment attractif des protagonistes (p\u00eale-m\u00eale\u00a0: Papy Belle Gueule\u00a0; Santiag l\u2019alligator\u00a0; l\u2019\u00e9norme Sergent Chochotte\u00a0; la poule orang\u00e9e et dentue, cheffe de bataillon, qui crache des boules de feu.)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Un terrifiant cot retentit, de mille gosiers unis.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et si, d\u2019un point de vue purement esth\u00e9tique, les illustrations de Ludovic Chappex sont sans aucun doute la grande r\u00e9ussite du livre, l\u2019int\u00e9r\u00eat du r\u00e9cit est ailleurs, et ces illustrations ne seraient pas si prenantes sans l\u2019imagination prolifique de Philippe Battaglia. L\u2019auteur nous plonge dans une course p\u00e9rilleuse et stimulante et, malgr\u00e9 quelques facilit\u00e9s, sauve un ensemble un peu l\u00e9ger par une \u00e9nergie col\u00e9reuse et entra\u00eenante, o\u00f9 scintillent de v\u00e9ritables fulgurances.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Il s\u2019\u00e9lan\u00e7a \u00e0 travers la route, \u00e9vitant de justesse un taxi jaune qui fit hurler son klaxon et son chauffeur.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Parfois la vie t\u2019offre une cerise sur le g\u00e2teau, parfois, elle te balance tout le cerisier dans la gueule.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Il se concentrait sur les t\u00e9n\u00e8bres pour essayer d\u2019en faire jaillir un bruit.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut \u00eatre troubl\u00e9 par son d\u00e9nouement quelque peu obscur, mais il semble clair qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un roman de la haine, de la ranc\u0153ur renferm\u00e9e, o\u00f9 les vies se g\u00e2chent et les corps se d\u00e9membrent, mais o\u00f9 Simon le malaim\u00e9 aura peut-\u00eatre l\u2019opportunit\u00e9 de d\u00e9chirer ce voile rouge qui donne au monde le go\u00fbt du sang.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Baptiste Colombara<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Philippe Battaglia, <em>Personne n\u2019aime Simon<\/em>, L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme, avril 2019, CHF 24.70, \u20ac19.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Illustrations\u00a0de Ludovic Chappex. Pour en voir plus sur sa production artistique, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.ludovicchappex.ch\/\">http:\/\/www.ludovicchappex.ch\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s Le Jour des cons, Sale Pute\u00a0!!!\u00a0et Des Truies pour Piggy Boy, courts textes inspir\u00e9s par le cin\u00e9ma d\u2019exploitation des ann\u00e9es septante et huitante et \u00e9dit\u00e9s aux autoproclam\u00e9es nano\u00e9ditions\u00a0La Puce, Philippe Battaglia change de nom (pr\u00e9c\u00e9demment Tadzul Lempke), d\u2019\u00e9dition (L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme) et d\u2019ampleur. 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