{"id":531,"date":"2019-07-01T06:00:43","date_gmt":"2019-07-01T04:00:43","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=531"},"modified":"2019-07-13T10:38:27","modified_gmt":"2019-07-13T08:38:27","slug":"un-vent-de-revolte-sur-yverdon-les-bains-alain-damasio-a-la-maison-dailleurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/07\/01\/un-vent-de-revolte-sur-yverdon-les-bains-alain-damasio-a-la-maison-dailleurs\/","title":{"rendered":"Un vent de r\u00e9volte sur Yverdon-les-Bains : Alain Damasio \u00e0 la Maison d\u2019Ailleurs"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque nous nous rem\u00e9morerons, dans quelques ann\u00e9es, la journ\u00e9e du 14 juin 2019, c\u2019est bien plus \u00e0 la gr\u00e8ve des femmes qu\u2019\u00e0 la venue d\u2019Alain Damasio \u00e0 Yverdon-les-Bains que nous penserons. Toutefois, il n\u2019est pas mal \u00e0 propos d\u2019appr\u00e9hender d\u2019un m\u00eame geste les deux \u00e9v\u00e9nements : si le premier clame haut et fort la r\u00e9volte dans les rues de Suisse, le second assied son r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans l\u2019une des \u0153uvres majeures de la science-fiction contemporaine. <em>Les Furtifs<\/em>, dernier roman d\u2019Alain Damasio, est paru en avril dernier \u00e0 <em>La Volte<\/em>, une maison d\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante dont il est le co-cr\u00e9ateur. L\u2019auteur est un habitu\u00e9 d\u2019Yverdon-les-Bains. En 2017, il collaborait notamment avec l\u2019artiste Beb-Deum \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de <em>Mondiale<\/em>&#x2122;, le catalogue de l\u2019exposition Corps-concept programm\u00e9e \u00e0 la Maison d\u2019Ailleurs. Cette fois-ci, Alain Damasio est l\u2019invit\u00e9 de marque d\u2019une soir\u00e9e \u00ab Cin&amp;blabla \u00bb. Au programme : une conf\u00e9rence, un ap\u00e9ritif et la projection du film <em>Strange Days\u00a0<\/em>de Kathryn Bigelow, suivie d\u2019une discussion.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est 18h30 dans l\u2019Espace Jules Verne, attenant \u00e0 la Maison d\u2019Ailleurs. C\u2019est l\u00e0 que Marc Atallah ouvre le bal et pose sa premi\u00e8re question \u00e0 Alain Damasio, devant un vaste auditoire d\u00e9j\u00e0 suspendu \u00e0 leurs l\u00e8vres. Une multitude d\u2019ouvrages les entourent, qui ne repr\u00e9sentent pourtant qu\u2019un fragment de l\u2019immense collection l\u00e9gu\u00e9e en 1976 \u00e0 la ville vaudoise par Pierre Versins, le fondateur du mus\u00e9e. La proximit\u00e9 du papier offre \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e un ancrage dans le pr\u00e9sent, face \u00e0 un flot ininterrompu \u2013 Damasio parle comme il \u00e9crit \u2013 de r\u00e9flexions souvent dystopiques, mais toujours bien r\u00e9elles, dont l\u2019int\u00e9r\u00eat n\u2019a d\u2019\u00e9gal que l\u2019inqui\u00e9tude qu\u2019elles suscitent. Il y est question de technocapitalisme, dans lequel Marc Atallah voit (et Damasio confirme) un rapport toujours plus organique et sensuel \u00e0 la technologie. On y parle \u00e9galement des intelligences artificielles et de la standardisation des comportements qu\u2019elles entra\u00eenent, de contr\u00f4le et de surveillance, de ZAD et d\u2019impact du num\u00e9rique sur les rapports entre les individus d\u2019une part, entre les individus et le monde d\u2019autre part. Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Gilles Deleuze, l\u2019un des principaux ma\u00eetres \u00e0 penser de l\u2019\u00e9crivain, ponctuent son discours. \u00ab Si je suis deleuzien, dit-il, c\u2019est que j\u2019\u00e9prouve une haine totale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la r\u00e9p\u00e9tition. \u00bb Il \u00e9voque alors la s\u00e9dentarit\u00e9 d\u2019un r\u00e9seau \u00ab mobile \u00bb qui, s\u2019il ne cesse de donner l\u2019illusion du mouvement, n\u2019offre rien d\u2019autre qu\u2019une reproduction du m\u00eame en tout lieu et en tout temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la politique et les technologies sont au c\u0153ur du propos, la litt\u00e9rature n\u2019est pas en reste. Marc Atallah \u00e9voque avec son invit\u00e9 la question du style, ce qui lui permet d\u2019aborder frontalement son travail de cr\u00e9ation. \u00ab La syntaxe impose un rythme, fait couler une rivi\u00e8re. \u00bb \u00c9crire, c\u2019est faire de l\u2019hydrodynamique. Damasio poursuit sur l\u2019\u00e9laboration et la caract\u00e9risation de ses personnages, avant d\u2019approfondir son rapport \u00e0 la langue, aux sons qui la composent (qu\u2019il appelle \u00ab&amp;nbsp;sonances\u00a0\u00bb) et \u00e0 tous les sens qu\u2019ils v\u00e9hiculent : \u00ab J\u2019\u00e9cris par <em>constellasons<\/em>, par groupes de phon\u00e8mes. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps passe, la conf\u00e9rence touche \u00e0 sa fin. \u00ab Si vous avez des questions ou des r\u00e9actions, n\u2019h\u00e9sitez pas ! \u00bb, lance Marc Atallah. De part et d\u2019autre des mains se l\u00e8vent, dont la mienne. Seuls deux spectateurs auront l\u2019occasion de prendre la parole ; je n\u2019en fais pas partie. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, place \u00e0 l\u2019ap\u00e9ritif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous avez de la chance, en Suisse ! Chez nous, c\u2019est tout au plus quelques cacahu\u00e8tes et quelques chips\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je saisis l\u2019occasion pour me rapprocher de Damasio :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Rassurez-vous, tous nos ap\u00e9ros ne ressemblent pas \u00e0 celui-ci. Les chips et les cacahu\u00e8tes, on conna\u00eet bien aussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019en profite pour lui poser ma question. Dans <em>Les Furtifs\u00a0<\/em>notamment, Damasio accorde une grande importance \u00e0 la typographie et fait ainsi figure d\u2019exception dans le genre du roman et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de la prose narrative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Qu\u2019est-ce que les jeux typographiques apportent de plus \u00e0 vos textes par rapport \u00e0 une mise en forme traditionnelle ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La possibilit\u00e9 d\u2019aller plus loin que le texte, de dire autrement et de dire davantage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019explication que me donne Damasio est on ne peut plus claire : au sens premier des mots se surimprime une signification visuelle, qui tant\u00f4t caract\u00e9rise un personnage et sa fa\u00e7on de s\u2019exprimer, tant\u00f4t transmet une \u00e9motion plus forte que par le langage, car plus directement \u00ab\u00a0sensible\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que les plus affam\u00e9s des spectateurs se chargent d\u2019engloutir les derniers vestiges de l\u2019ap\u00e9ritif, Alain Damasio et Marc Atallah reprennent la parole pour annoncer la suite de la soir\u00e9e. \u00c0 sa sortie en 1995, <em>Strange Days\u00a0<\/em>a connu un cuisant \u00e9chec commercial. Pourtant le film de Kathryn Bigelow, seule femme \u00e0 avoir remport\u00e9 l\u2019Oscar de la meilleure r\u00e9alisatrice en 2010 pour <em>D\u00e9mineurs<\/em>, a profond\u00e9ment marqu\u00e9 Damasio et continue encore de l\u2019influencer dans son travail. Les points communs entre l\u2019un et l\u2019autre se multiplient lorsqu\u2019il commence \u00e0 en esquisser l\u2019intrigue. Dans le Los Angeles de la fin des ann\u00e9es 90, une technologie appel\u00e9e SQUID permet \u00e0 quiconque \u00e9quip\u00e9 de l\u2019appareil ad\u00e9quat de se propulser dans le corps d\u2019un autre \u00eatre humain et de voir tout ce qu\u2019il voit, de ressentir tout ce qu\u2019il ressent en temps r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Damasio n\u2019en dit pas beaucoup plus, souhaite une bonne projection \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e et s\u2019installe parmi les spectateurs. Il ne se rel\u00e8vera que 2h30 plus tard, au terme d\u2019un film au rythme effr\u00e9n\u00e9, sans aucun temps mort, comme on n\u2019oserait plus en faire en 2019. Fatigant mais prenant, long mais admirablement mis en sc\u00e8ne. La discussion commence et les avis divergent. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on critique la fa\u00e7on dont le film pr\u00e9sente les tensions raciales et les affrontements urbains, \u00e0 peine trois ans apr\u00e8s les \u00e9meutes de 1992. De l\u2019autre, on d\u00e9fend ses qualit\u00e9s proprement esth\u00e9tiques et narratives. Les accords des uns et les d\u00e9saccords des autres finissent d\u2019\u00e9puiser les quelques spectateurs encore pr\u00e9sents. Marc Atallah prend alors une derni\u00e8re fois la parole, remercie Damasio pour sa pr\u00e9sence et cl\u00f4ture la soir\u00e9e : \u00ab Je vous rappelle qu\u2019Alain d\u00e9dicacera ses livres demain matin et qu\u2019il donnera un atelier d\u2019\u00e9criture dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Mais si vous n\u2019avez pas r\u00e9serv\u00e9, ne venez pas, c\u2019est complet ! \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car Alain Damasio est l\u2019un des \u00e9crivains les plus importants de la science-fiction contemporaine, \u00e0 l\u2019origine d\u2019une \u0153uvre riche et plurielle. En quelques heures, au c\u0153ur de la Maison d\u2019Ailleurs, il est parvenu avec brio \u00e0 exposer toute la complexit\u00e9 de ses r\u00e9flexions politiques, technologiques, stylistiques et linguistiques, au fil d\u2019une rencontre parfaitement men\u00e9e par Marc Atallah, le ma\u00eetre des lieux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Valentin Kolly<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>La r\u00e9volte de l\u2019inertie\u00a0: <\/strong><strong>entretien avec l\u2019auteur<\/strong><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain Damasio a toutes les qualit\u00e9s d\u2019un homme simple\u00a0: lorsque sans apparat ni flegme institutionnel il s\u2019assoit sur la chaise de bureau qui l\u2019accueillera pour cette matin\u00e9e de rencontre avec son public, on soup\u00e7onne \u00e0 peine l\u2019immense agilit\u00e9 d\u2019esprit qui le caract\u00e9rise. Pourtant, \u00e0 l\u2019entendre rire et \u00e9changer avec les quelques jeunes inform\u00e9s de sa venue, se d\u00e9ploie la certitude que l\u2019homme Damasio est \u00e0 l\u2019image de son \u0153uvre\u00a0: une boule de vif qui m\u00e9tabolise le vivant, le compacte, et le restitue dans la beaut\u00e9 de sa constante diff\u00e9rence. <em>Faire autre<\/em>\u00a0pourrait \u00eatre la formule-clef d\u2019une \u0153uvre qui renouvelle les canons formels du genre. Entre <em>La Horde du contrevent\u00a0<\/em>et <em>Les Furtifs<\/em>, plus de dix ans se sont \u00e9coul\u00e9s. Une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 \u00e9largir son horizon d\u2019auteur (\u00e9criture de nouvelles, cr\u00e9ations radiophoniques et vid\u00e9oludiques), mais aussi de \u00ab\u00a0s\u00e9dimentation\u00a0\u00bb de ses exp\u00e9riences et lectures \u2013 Deleuze surtout dont la pens\u00e9e irrigue l\u2019architecture d\u2019un livre dont on sent la s\u00e8ve longtemps m\u00fbrie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La parole du vivant<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail typographique teinte le livre d\u2019un espace visuel qui fait la singularit\u00e9 de l\u2019auteur dans le champ litt\u00e9raire. Poursuivant son travail de dynamisation de la forme d\u00e9j\u00e0 entrepris par les signes distinctifs des personnages de <em>La horde du contrevent<\/em>, mais aussi par la mise en musique des textes par Yan P\u00e9chin, Damasio ajoute, supprime ou d\u00e9place tous les mobilesde la langue \u00e9crite (points, parenth\u00e8ses et signes diacritiques) jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9nuder enti\u00e8rement la langue pour ne conserver que l\u2019essentiel typographique sur la page. Ces passages sont, de son propre aveu, \u00ab\u00a0les plus exigeants \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb. L\u2019auteur se prive ainsi de toute son ampleur verbale et s\u00e9mantique pour se tenir droit dans cette fronti\u00e8re du langage, d\u00e9plac\u00e9e avec aisance vers la fluidit\u00e9 du souffle, tant et si bien que l\u2019\u0153il se laisse emporter avec enthousiasme dans les coudes du vent et des virgules.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fronti\u00e8re poreuse, Damasio la travaille de ses innombrables n\u00e9ologismes, qu\u2019il veut les plus transparents possibles \u2013 \u00ab cr\u00e9dibles\u00a0\u00bb nous dit-il \u00ab\u00a0avec l\u2019univers d\u00e9ploy\u00e9\u00a0\u00bb. Dans un univers gorg\u00e9 de langage, sa propre cr\u00e9ativit\u00e9 le lib\u00e8re d\u2019utiliser des mots complexes, terminologiques, repoussants au premier abord, comme <em>hapax <\/em>ou <em>ductile<\/em>, dont on suppose qu\u2019en dehors des petites \u00e9curies de la litt\u00e9rature, personne ne devrait conna\u00eetre le sens. Pourtant, \u00e0 jouer ainsi avec la langue, l\u2019auteur nous instruit de sa haute science sans jamais para\u00eetre pr\u00e9tentieux. Mieux encore, en propulsant une langue multiple de haute voltige, il \u00e9vite l\u2019\u00e9cueil des romans polyphoniques\u00a0: la cohue verbale. Chaque personnage, d\u00e9fini par sa singularit\u00e9 typographique, contient son propre langage, tant\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 de la pr\u00e9cision du sociologue, tant\u00f4t verve francophile d\u2019un militaire argentin d\u00e9class\u00e9. La richesse du discours n\u2019a d\u2019\u00e9gale que l\u2019ampleur des r\u00e9flexions abord\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les flancs politiques d\u2019un bijou narratif<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette forme en mouvement est la coquille d\u00e9licate d\u2019une intense r\u00e9flexion ontologique et politique, emmen\u00e9e par un quintette de personnages dont l\u2019histoire se croise dans la lutte contre l\u2019oppression faussement bienveillante des machines et du techno-capitalisme. Contrairement \u00e0 beaucoup d\u2019autres, Damasio ne se fait pas ap\u00f4tre du transhumanisme, bien au contraire. Il valorise ici \u00ab\u00a0l\u2019alliage incandescent\u00a0\u00bb (le bon mot est de son ami philosophe Baptiste Morizot) entre l\u2019Homme et la Nature, un couplage au vivant, pour faire tendre la philosophie du futur et la science-fiction comme genre vers le bio-mim\u00e9tisme\u2013 dont les premiers jalons sont ici largement pos\u00e9s. Le Bio-mim\u00e9tisme propose de scruter la nature, de s\u2019en inspirer, pour r\u00e9pondre aux d\u00e9fis techniques de notre \u00e9poque. Ici, une fusion s\u2019op\u00e8re, les fronti\u00e8res humains \/ faune \/ flore s\u2019effacent pour laisser place \u00e0 la synth\u00e8se active du vivant en Tishka, la fille disparue du personnage principal, Lorca Var\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa dimension politique, le livre rev\u00eat les espoirs d\u2019une utopie du possible, en proposant des alternatives cr\u00e9dibles au \u00ab\u00a0techno-cocon\u00a0\u00bb, comme autant de d\u00e9sob\u00e9issances civiles dans un monde o\u00f9 les entreprises priv\u00e9es r\u00e8gnent en ma\u00eetre apr\u00e8s la faillite d\u2019un Etat o\u00f9 chaque citoyen est bagu\u00e9, trac\u00e9, marqu\u00e9 dans sa chair de proie du confort mondialis\u00e9. Les criminels voient leur peine r\u00e9duite s\u2019ils acceptent de se transformer pour une dur\u00e9e variable en <em>vendiants<\/em>, errants dans les rues avec l\u2019espoir d\u2019accaparer quelques secondes d\u2019attention au citoyen et ainsi vendre son produit bon march\u00e9. Les \u00ab\u00a0low-techs\u00a0\u00bb non trac\u00e9s sont des dangers en puissance pour la soci\u00e9t\u00e9 de la transparence bien-pensante et plus particuli\u00e8rement les <em>proferrants\u00a0<\/em>dont les cours clandestins \u00e0 destination des gamins des rues sont condamn\u00e9s pour <em>\u00ab\u00a0exercice ill\u00e9gal de l\u2019enseignement en vertu du code de la concurrence\u00a0\u00bb. <\/em>Chaque bout du territoire est jet\u00e9 en p\u00e2ture \u00e0 la folie l\u00e9gale du profit. Pour reprendre l\u2019espace public dont ils sont d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, de nombreux collectifs sont cr\u00e9\u00e9s, dont le plus m\u00e9morable est sans doute la <em>Celeste\u00a0<\/em>qui fait des toits de la ville une zone de mouvement, de libert\u00e9, de non-droit. Une r\u00e9sistance organique, humaine, ingouvernable, et surtout joyeuse, dont on sent bien la proximit\u00e9 avec les Zones A D\u00e9fendre qui essaiment en Europe et dans le monde. Damasio nous glisse l\u00e0 que son voyage \u00e0 Notre-Dame-des-Landes l\u2019aura beaucoup marqu\u00e9. Il s\u2019agit pour lui, comme pour le lecteur, de saisir l\u2019intensit\u00e9 qui circule parmi nous, faire corps avec l\u2019\u00e9nergie du changement permanent, et accepter que ce qui est politique doit rester fluide, changer, s\u2019\u00e9carter des normes astringentes au profit du vaste territoire de l\u2019inconnu, profitable par puissance de densit\u00e9. Un livre, une \u0153uvre, une pens\u00e9e, incontournables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Rapha\u00ebl Oriol<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Prolonger le plaisir\u00a0?\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain Damasio, <em>Les Furtifs<\/em>, \u00e9dition La Volte, 2019<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain Damasio, <em>La Horde du contrevent<\/em>, \u00e9dition La Volte, 2004<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain Damasio, <em>Aucun souvenir assez solide<\/em>, \u00e9dition La Volte, 2012<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cr\u00e9dits photographiques\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alain Damasio, 2014\u00a0\u00bb, Adrien Barbier, CC-by-SA 3.0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque nous nous rem\u00e9morerons, dans quelques ann\u00e9es, la journ\u00e9e du 14 juin 2019, c\u2019est bien plus \u00e0 la gr\u00e8ve des femmes qu\u2019\u00e0 la venue d\u2019Alain Damasio \u00e0 Yverdon-les-Bains que nous penserons. Toutefois, il n\u2019est pas mal \u00e0 propos d\u2019appr\u00e9hender d\u2019un m\u00eame geste les deux \u00e9v\u00e9nements : si le premier clame haut et fort la r\u00e9volte [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":35,"featured_media":532,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=531"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":566,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/531\/revisions\/566"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/532"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=531"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=531"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=531"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}