{"id":610,"date":"2019-10-28T06:00:54","date_gmt":"2019-10-28T05:00:54","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=610"},"modified":"2019-10-20T16:36:36","modified_gmt":"2019-10-20T14:36:36","slug":"fascination-brainfuck","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/10\/28\/fascination-brainfuck\/","title":{"rendered":"Fascination Brainfuck"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00c9puis\u00e9 en douze jours apr\u00e8s avoir d\u00e9clench\u00e9 une avalanche de critiques litt\u00e9raires : <\/em><\/strong><strong>GRM Brainfuck<em> a frapp\u00e9 fort. Ce roman sait captiver ses lecteurs, malgr\u00e9 le malaise qui s&rsquo;installe \u00e0 la lecture.<\/em><\/strong><\/p>\n<div class=\"csColumnGap\" style=\"margin: 0px; padding: 5px; float: left; width: 100%;\"><img style=\"border: none;\" src=\"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-content\/plugins\/advanced-wp-columns\/assets\/js\/plugins\/views\/img\/1x1-pixel.png\" \/><\/div>\n<div class=\"csColumn\" style=\"margin: 0px; padding: 5px; float: left; width: 100%; font-size: 11pt; line-height: 1.5em; letter-spacing: 0.5px; background-color: #d8d8d8;\" data-csstartpoint=\"543\" data-csendpoint=\"945\" data-cswidth=\"41.9%\" data-csid=\"82f3d651-5f92-fb39-a486-fe676ebb0a5b\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Sibylle Berg<\/b>, n\u00e9e en 1968 \u00e0 Weimar (RDA), vit aujourd\u2019hui entre Zurich et Tel Aviv. Apr\u00e8s une formation de marionnettiste, elle s&rsquo;enfuit en Allemagne de l\u2019Ouest et \u00e9tudie l&rsquo;oc\u00e9anographie et les sciences politiques \u00e0 Hambourg. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Berg commence \u00e0 \u00e9crire ; elle a depuis produit un grand nombre de chroniques, de reportages, de romans, de drames et de pi\u00e8ces radiophoniques. Elle publie son premier roman en 1997 avec <em>Chercher le bonheur et crever de rire<\/em> (traduit par Maryvonne Litaize et Yasmin Hoffmann aux \u00c9ditions Jacqueline Chambon), et re\u00e7oit par la suite de nombreux prix renomm\u00e9s pour sa production litt\u00e9raire intense (entre autres le Prix des dramaturges Else Lasker-Sch\u00fcler et le Prix litt\u00e9raire de Cassel pour l\u2019humour grotesque). <em>GRM Brainfuck<\/em> est le quatorzi\u00e8me texte en prose de Sibylle Berg.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dernier roman de Sibylle Berg, <em>GRM : Brainfuck<\/em>, est un tour de force de 640 pages qui d\u00e9monte toute perspective utopique sur le progr\u00e8s social et technique. Baignant dans la violence, la d\u00e9pression et un d\u00e9sespoir presque total, le texte offre une perspective profond\u00e9ment dystopique sur le pr\u00e9sent et l\u2019avenir\u00a0: le mode de narration et la structure interf\u00e9rant de plus en plus avec l\u2019intrigue v\u00e9ritable, ils emp\u00eachent ainsi toute tentative de tirer un bilan facile \u00e0 accepter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pourquoi donc le <em>grime<\/em> ? Ou pour poser la question autrement\u00a0: que peut donc apporter ce style musical principalement con\u00e7u, produit et \u00e9cout\u00e9 en Grande-Bretagne \u00e0 un roman dystopique en allemand ? Il y a d\u2019une part l\u2019utilisation relativement simple du <em>grime<\/em> comme motif narratif r\u00e9current : la musique comme \u00e9chappatoire au quotidien, comme porteuse d&rsquo;espoir. Don, Hannah, Peter et Karen, les protagonistes principaux, se r\u00e9fugient \u00e0 plusieurs reprises dans leurs vid\u00e9oclips pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s quand leur vie infernale montre une fois de plus son visage monstrueux. Et c&rsquo;est souvent le cas : m\u00eame dans la petite ville anglaise de Rochdale, le triste quotidien des enfants est principalement constitu\u00e9 de violence et de d\u00e9sespoir, chaque issue de secours potentielle se r\u00e9v\u00e8le n\u2019\u00eatre finalement qu\u2019un nouveau supplice. Fuite vers la grande ville de Londres, distraction apport\u00e9e par un <em>grime<\/em> d\u00e9j\u00e0 compl\u00e8tement commercialis\u00e9\u00a0: tous les moyens sont bons pour que le texte \u00e9crase encore plus tout espoir utopique de salut. \u00c9ternels outsiders, les jeunes observent la soci\u00e9t\u00e9 britannique sombrer dans le populisme, la surveillance totale et une d\u00e9ch\u00e9ance sociale implacable. Les chansons et les vid\u00e9os sont vides de sens, et les artistes tout aussi cyniques et brutaux que le reste du monde. Quand Don sugg\u00e8re de d\u00e9tendre l&rsquo;atmosph\u00e8re en rappant leurs chansons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es, les protagonistes sont confront\u00e9s \u00e0 un \u00e9chec tout aussi lamentable que leur vaine tentative de maintenir ensemble leur petit groupe de quatre amis, devenu leur famille de substitution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusque-l\u00e0 c&rsquo;est d\u00e9primant. En y regardant de plus pr\u00e8s, on d\u00e9couvre cependant un second parall\u00e8le, plus important, entre le <em>grime<\/em> et <em>GRM<\/em>, parall\u00e8le qui occupe un r\u00f4le secondaire par rapport \u00e0 l&rsquo;intrigue et aux personnages. Le style et la narration du roman sont travaill\u00e9s de mani\u00e8re analogue \u00e0 la fa\u00e7on dont le <em>grime <\/em>se pr\u00e9sente comme style musical : hargneux, hach\u00e9, nerveux et surtout extr\u00eamement rapide. C\u2019est ainsi que des phrases sont parfois coup\u00e9es en plein milieu pour \u00eatre poursuivies du point de vue d&rsquo;un autre personnage, certaines intrigues sont brusquement mises de c\u00f4t\u00e9 et les chapitres, souvent d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s brefs, ne vont parfois m\u00eame pas jusqu\u2019\u00e0 leur terme. Combin\u00e9 \u00e0 l\u2019inventaire de nombreux personnages, on voit ainsi na\u00eetre une constellation narrative qui devrait rendre <em>GRM<\/em> extr\u00eamement dur d\u2019acc\u00e8s pour les lecteurs. Cette impression ne se manifeste cependant jamais pendant la lecture, au contraire : la tension reste constante, tout comme la distance entre voix narrative et personnages qui renforce la fascination morbide provoqu\u00e9e par ces cascades de brutalit\u00e9 et de cynisme. Le texte d\u00e9veloppe ainsi une dynamique narrative qui rappelle non seulement une chanson de <em>grime<\/em> par son tempo, mais surtout par sa langue qui parvient \u00e0 rendre palpables l&rsquo;isolement croissant et le d\u00e9sespoir des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plus grande force de <em>GRM<\/em> r\u00e9side dans cette imbrication de l\u2019intrigue et du r\u00e9cit.\u00a0 La prose impitoyable de Berg d\u00e9veloppe sans compromis une vie propre et donne au texte une imm\u00e9diatet\u00e9 qui emp\u00eache les lecteurs de prendre leurs distances par rapport \u00e0 ce qui est narr\u00e9, restituant ainsi la vie affective des personnages d\u2019une fa\u00e7on drastiquement perceptible. C\u2019est de cette mani\u00e8re que <em>GRM<\/em> r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9ployer une fascination qui lui est propre, m\u00eame si l\u2019amertume qui surgit in\u00e9vitablement pendant la lecture est parfois difficile \u00e0 supporter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Lukas Villiger<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">[Traduit de l&rsquo;allemand par Valentin Decoppet]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sibylle Berg : <\/strong><em><strong>GRM. Brainfuck<\/strong><\/em><em><strong>,<\/strong><\/em><strong> 640 pages. K\u00f6ln : Kiepenheuer &amp; Witsch 2019, env. 27 francs.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9puis\u00e9 en douze jours apr\u00e8s avoir d\u00e9clench\u00e9 une avalanche de critiques litt\u00e9raires : GRM Brainfuck a frapp\u00e9 fort. Ce roman sait captiver ses lecteurs, malgr\u00e9 le malaise qui s&rsquo;installe \u00e0 la lecture. 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