{"id":647,"date":"2019-11-04T06:00:20","date_gmt":"2019-11-04T05:00:20","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=647"},"modified":"2019-10-28T09:17:27","modified_gmt":"2019-10-28T08:17:27","slug":"les-mots-magiques-de-la-chaux-dabel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/11\/04\/les-mots-magiques-de-la-chaux-dabel\/","title":{"rendered":"Les mots magiques de la Chaux-d&rsquo;Abel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Sans qu\u2019il n\u2019y paraisse, un \u00e9clairage homog\u00e8ne a repris la main sur la salle. Tout le monde n\u2019a pas encore fini d\u2019applaudir et d\u00e9j\u00e0 on repositionne sa chaise pour faire \u00e0 nouveau table commune. Sur la sc\u00e8ne, dont on s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9 au profit d\u2019autres bavardages, ne restent plus que les six micros suspendus \u00e0 leur tr\u00e9pied, amn\u00e9siques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelques minutes encore, \u00e0 tour de r\u00f4le, chacun(e) des six candidat(e)s sortait de l\u2019obscurit\u00e9 o\u00f9 ielle* si\u00e9geait, et, faisant face \u00e0 la lumi\u00e8re et au public, offrait un texte choisi parmi ceux qu\u2019ielle avait \u00e9crits \u00e0 la Chaux-d\u2019Abel. Un po\u00e8me. Un r\u00e9cit court. Une carte postale. Un journal de bord. A nouveau un r\u00e9cit. Tout b\u00eate. Un fil rouge th\u00e9matique aussi. Des textes sur le corps de l\u2019autre. D\u2019autres qui se placent dans la conscience d\u2019un v\u00e9g\u00e9tal. Quelques r\u00e9cits de voyages \u00e9galement. Les fruits de la Chaux-d\u2019Abel, si l\u2019on veut, d\u00e9gustation libre. R\u00e9colte issue d\u2019un atelier d\u2019\u00e9criture qui a dur\u00e9 quelques jours, mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart avantageusement stimul\u00e9e par les conseils de deux figures plus connues (Eug\u00e8ne et Antoine Jaccoud) et par l\u2019urgence de <em>devoir \u00e9crire<\/em> dans un certain laps de temps. Tous les deux ans la fondation Studer\/Ganz organise un pareil atelier \u2013 et offre les petits fours lorsque les mots sont m\u00fbrs pour \u00eatre partag\u00e9s en public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui \u00e9tait frappant, c\u2019\u00e9tait cette facilit\u00e9, lorsque la derni\u00e8re voix s\u2019est tue, \u00e0 revenir \u00e0 soi, \u00e0 sa propre respiration, \u00e0 revenir aux autres. Comme si l\u2019on ne s\u2019\u00e9tait jamais s\u00e9par\u00e9(e)s ce soir-l\u00e0, au Th\u00e9\u00e2tre 2.21 \u00e0 Lausanne, comme s\u2019il n\u2019y avait pas eu de br\u00e8che. Nul besoin \u00e0 la fin des lectures de museler quelques douleurs malignes \u00e0 l\u2019estomac, de s\u2019\u00e9brouer la cervelle, douloureuse de s\u2019\u00eatre d\u00e9battue pendant trop longtemps avec les sens d\u2019une parole po\u00e9tique, ou de se passer <em>la main sur le visage <\/em>comme s\u2019il fallait se rhabiller avant de revenir \u00e0 une sociabilit\u00e9 plus conforme. Non, ce soir, le public ne s\u2019\u00e9tait jamais pris la t\u00eate. Mieux, nous avions fait corps. Et les lumi\u00e8res revenues, on pouvait continuer d\u2019\u00e9changer sur le mode inchang\u00e9 du partage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autour de cet \u00e9rable ronchon qui \u00e9crit au printemps dans son journal que \u00ab\u00a0RAS, la s\u00e8ve reprend\u00a0\u00bb, nous nous \u00e9tions trouv\u00e9s, tout comme nous nous \u00e9tions trouv\u00e9es dans l\u2019amourachement tendre d\u2019une souche pour son \u00ab\u00a0vilain gros rocher poilu\u00a0\u00bb, dans ces s\u00e9parations et ces voyages racont\u00e9s, ou dans la litanie de ces noms de village aux sonorit\u00e9s slaves dont on a pressenti qu\u2019il faudrait les \u00e9grener tous, comme pour pr\u00e9venir de l\u2019oubli ces endroits o\u00f9 l\u2019on imagine les populations vieillir et d\u00e9cliner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019alternance des voix, dans la multiplicit\u00e9 des sons et des rythmes o\u00f9 les textes se croisaient, reprenaient un chemin entam\u00e9, ou s\u2019ignoraient avec bienveillance pour aller voir ailleurs, on avait renou\u00e9 avec cette alchimie de la langue qui fait que lorsqu\u2019un mot est prononc\u00e9 avec humilit\u00e9, justesse et simplicit\u00e9, il forcit et foisonne, r\u00e9pandant une singuli\u00e8re contagion dans le public qui se met v\u00e9ritablement \u00e0 rire ensemble, \u00e0 se recueillir ensemble, \u00e0 \u00e9couter ensemble. C\u2019est alors que les mots comptent moins pour ce qu\u2019ils sont que pour ce qu\u2019ils tissent parmi celles et ceux qui \u00e9coutent et la voix qui lit. Les mots de la Chaux d\u2019Abel \u00e9taient si <em>communs<\/em> que j\u2019en garderai longtemps la saveur sur les l\u00e8vres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Jonas Widmer<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*Contraction heureuse de <em>il<\/em> et <em>elle<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans qu\u2019il n\u2019y paraisse, un \u00e9clairage homog\u00e8ne a repris la main sur la salle. Tout le monde n\u2019a pas encore fini d\u2019applaudir et d\u00e9j\u00e0 on repositionne sa chaise pour faire \u00e0 nouveau table commune. 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