{"id":651,"date":"2019-11-25T06:00:12","date_gmt":"2019-11-25T05:00:12","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=651"},"modified":"2019-10-29T18:26:41","modified_gmt":"2019-10-29T17:26:41","slug":"correspondances-fantomes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/11\/25\/correspondances-fantomes\/","title":{"rendered":"Correspondances fant\u00f4mes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont au nombre de treize, ces fant\u00f4mes auxquels sont destin\u00e9es les lettres de Jean-Michel Olivier. Treize individualit\u00e9s qui ont d\u00e9j\u00e0 rejoint leurs propres fant\u00f4mes mais qui, pourtant, continuent d\u2019exister. Par leur art ou leurs textes pour certains, leurs id\u00e9es ou leurs caract\u00e8res uniques pour d\u2019autres, tous continuent de marquer notre monde par ces petits bouts de pass\u00e9, \u00e9clats de souvenirs fantomatiques qui constituent <em>\u00c9loge des fant\u00f4mes<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Treize portraits transparents<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paru en septembre 2019, quelques dix ans apr\u00e8s la mort de Jacques Chessex, le dernier texte de Jean-Michel Olivier est \u00e0 la crois\u00e9e entre le portrait, la biographie \u2013 la sienne et celles, fragmentaires, de ses fant\u00f4mes \u2013, les confessions et l\u2019essai. Si certains artistes sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s dans les nombreuses parutions de l\u2019\u00e9crivain vaudois \u2013 le peintre Ren\u00e9 Feurer dans <em>Ren\u00e9 Feurer\u00a0: L\u2019empire de la couleur<\/em> (L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme, 1984) ou l\u2019\u00e9diteur Vladimir Dimitrijevic dans <em>L\u2019ami barbare<\/em> (De Fallois \/ L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme, 2014) \u2013 il est difficile de ne pas appr\u00e9cier les anecdotes \u00e0 partir desquelles sont dress\u00e9es les personnalit\u00e9s de ces d\u00e9funts singuliers et similaires, ces connaissances, amis ou parents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des cendres du graveur Marc Jurt, dispers\u00e9es sur l\u2019\u00eele magique de Bali, \u00e0 la danse de joie de Vladimir Dimitrijevic lors de la remise du prix Interalli\u00e9, en passant par le petit coup d\u2019\u00e9tat universitaire subi par Michel Butor, les nuits d\u00e9bauch\u00e9es de l\u2019infatigable philosophe Jacques Derrida, le visage \u00ab\u00a0burin\u00e9 par le soleil (il revient de vacances)\u00a0\u00bb de Louis Aragon ou encore la partie de tennis sans cesse repouss\u00e9e avec Simone Gallimard, Jean-Michel Olivier donne \u00e0 lire des portraits honn\u00eates, transparents, sans surcouche dithyrambique ou d\u00e9tails exag\u00e9r\u00e9s. Les \u00e9loges sont sobres et efficaces, \u00e0 l\u2019image de l\u2019\u00e9criture simple et d\u00e9nu\u00e9e d\u2019emphase inutile\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Au fond des yeux, dans la lumi\u00e8re d\u2019avril, le sourire de ses yeux clairs, les tableaux \u00e9tendus sur le sol ou retourn\u00e9s contre le mur, comme des fant\u00f4mes, et la poign\u00e9e de main, toujours tr\u00e8s vigoureuse, qui m\u2019invite \u00e0 entrer dans son monde<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La nature est un temple hant\u00e9<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le point commun entre ces treize fant\u00f4mes, c\u2019est une fa\u00e7on bien particuli\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la vie et d\u2019y mettre l\u2019art au centre. Treize destin\u00e9es aux g\u00e9ographies parall\u00e8les qui, loin d\u2019enserrer une d\u00e9finition claire de la cr\u00e9ation humaine, \u00e9clatent son sens\u00a0dans toutes les directions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Traversant les disciplines et les esprits, l\u2019art se pare de tous les mots, toutes les couleurs, tous les sons, s\u2019expose avec passion ou reste dans l\u2019ombre. Il se fait pr\u00e9cis et travaill\u00e9 avec un directeur de revue litt\u00e9raire, Andr\u00e9 Dalmas, libre et encourag\u00e9 avec l\u2019\u00e9crivain Nicolas Br\u00e9hal ou simplement intime comme avec l\u2019\u00e9diteur Bernard de Fallois \u2013 l\u2019homme de l\u2019ombre \u2013 ou le professeur Roger Dragonetti\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Comme le silence, la musique est intime. Elle est au c\u0153ur des mots. C\u2019est le tr\u00e9sor que vous nous avez laiss\u00e9 en partage. <\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est parfois difficile de suivre Jean-Michel Olivier dans le foisonnement de sa vie intellectuelle. La concision des anecdotes occasionne souvent un manque d\u2019informations qui risque de perdre certains lecteurs. Mais, malgr\u00e9 tout, les portraits sont dynamiques, surprenants pour la plupart et permettent de partager quelques lieux hant\u00e9s de la m\u00e9moire de l\u2019auteur, jusqu\u2019aux souvenirs les plus intimes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ma m\u00e8re lisait des livres et toi tu lisais des journaux. Tu n\u2019\u00e9coutais pas de musique et tu ne jouais d\u2019aucun instrument. Tu allais rarement au cin\u00e9ma, \u00e0 l\u2019\u00e9glise, et jamais au th\u00e9\u00e2tre. Tu n\u2019avais pas fait d\u2019\u00e9tudes et bient\u00f4t, quand mai 68 mettra le feu \u00e0 la France, tu vitup\u00e9reras contre les \u00e9tudiants. Tu aimais la nature et le silence.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Lire <em>\u00c9loge des fant\u00f4mes<\/em>, c\u2019est convoquer \u00e0 nouveau, pour quelques instants, ces artistes admir\u00e9s, car \u00ab\u00a0oui, la lecture ressuscite les fant\u00f4mes et la litt\u00e9rature les garde en vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Anthony Ramser<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Olivier Jean-Michel, <em>\u00c9loge des fant\u00f4mes<\/em>, Lausanne, L\u2019\u00c2ge d\u2019Homme, septembre 2019, 196 pages.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Illustration\u00a0: Jurt Marc, Butor Michel, \u00ab\u00a0La citadelle des fant\u00f4mes\u00a0\u00bb, <em>G\u00e9ographie parall\u00e8le<\/em>, Neuch\u00e2tel, Fondation Marc Jurt, 2009. Illustration disponible sur le site du <em>Mus\u00e9e de l\u2019imprimerie et de la communication graphique de la ville de Lyon<\/em>\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.imprimerie.lyon.fr\/imprimerie\/sections\/fr\/service_presse\/archives\/jurt_butor\/\">http:\/\/www.imprimerie.lyon.fr\/imprimerie\/sections\/fr\/service_presse\/archives\/jurt_butor\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils sont au nombre de treize, ces fant\u00f4mes auxquels sont destin\u00e9es les lettres de Jean-Michel Olivier. Treize individualit\u00e9s qui ont d\u00e9j\u00e0 rejoint leurs propres fant\u00f4mes mais qui, pourtant, continuent d\u2019exister. 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