{"id":679,"date":"2019-12-09T06:00:35","date_gmt":"2019-12-09T05:00:35","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=679"},"modified":"2019-12-03T14:43:36","modified_gmt":"2019-12-03T13:43:36","slug":"un-dimanche-du-cote-des-collectifs-litteraires-et-artistiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2019\/12\/09\/un-dimanche-du-cote-des-collectifs-litteraires-et-artistiques\/","title":{"rendered":"Un dimanche du c\u00f4t\u00e9 des collectifs litt\u00e9raires et artistiques"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Lors de la derni\u00e8re fin de semaine de novembre, la Fureur de lire a pris ses quartiers \u00e0 Gen\u00e8ve. Pour sa 3<sup>e<\/sup> \u00e9dition, le festival bisannuel a offert une superbe programmation plac\u00e9e sous le signe de la performance litt\u00e9raire et artistique. Un rapide coup d\u2019\u0153il aux diff\u00e9rentes animations a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le nombre important de collectifs romands. Entre regard critique teint\u00e9 d\u2019humour sur le milieu culturel et v\u00e9ritable plaidoyer d\u00e9non\u00e7ant certains faits de soci\u00e9t\u00e9, les prestations mises \u00e0 l\u2019affiche ont \u00e9t\u00e9 des plus all\u00e9chantes. De quoi avoir r\u00e9joui les amateurs de productions collaboratives o\u00f9 la litt\u00e9rature rencontre les arts de la sc\u00e8ne. Retour sur deux performances aussi audacieuses que captivantes, celles de l\u2019AJAR et de Princesse L\u00e9opold.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Le culte des livres cultes\u00a0\u00bb\u00a0: rire du (trop) grand s\u00e9rieux des critiques litt\u00e9raires<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le panorama litt\u00e9raire romand, faut-il encore pr\u00e9senter l\u2019AJAR\u00a0? R\u00e9put\u00e9 pour sa bonne humeur communicative, ce collectif litt\u00e9raire n\u00e9 en 2012 n\u2019a (d\u00e9j\u00e0) plus besoin de faire ses preuves. Son manifeste<a href=\"applewebdata:\/\/A2ADF90B-0FF6-4CA1-BF64-49A5F6D48C82#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> a d\u2019agr\u00e9ables accents Dada et laisse pr\u00e9sager que son humour n\u2019est jamais gratuit. C\u2019est d\u2019ailleurs ce \u00e0 quoi les spectateurs assistent dimanche 24 novembre 2019 au caf\u00e9 Jules Verne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 14h30 cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, sous couvert de son habituel go\u00fbt pour le loufoque, l\u2019AJAR r\u00e9unit quatre de ses 23 membres autour d\u2019un mod\u00e9rateur (le com\u00e9dien Julien Tsongas) pour discuter de ce qui fait qu\u2019un livre devient culte. Passant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir et entrant ainsi dans le jeu de la fiction qu\u2019ils ont cr\u00e9\u00e9e, les auteurs Joanne Chassot, Julie Mayoraz, Matthieu Ruf et Aude Seigne embrassent les r\u00f4les d\u2019acteurs. Cette table ronde rassemble une version d\u00e9licieusement caricaturale de la fine fleur des repr\u00e9sentants du discours critique litt\u00e9raire\u00a0; une professeure de Lettres obnubil\u00e9e par les champs d\u2019\u00e9tudes pointus, un artiste plus-que-pluridisciplinaire, une libraire tr\u00e8s ind\u00e9pendante et une journaliste \u00e0 l\u2019aff\u00fbt des sujets rarissimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant aux livres cultes discut\u00e9s par ces \u00e9minentes figures, ils ne sont rien de moins qu\u2019une autre manifestation du degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de cr\u00e9ativit\u00e9 du collectif romand. \u00c0 l\u2019exemple de <em>La Libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire<\/em> dont l\u2019auteur, G\u00e9rard D., se fait incarc\u00e9rer pour avoir (enfin) le temps d\u2019\u00e9crire, de <em>La sauce dans le cake<\/em>, pamphlet d\u00e9taillant quatre aspects de la vie conjugale, qu\u2019Armande de Soulage aurait r\u00e9dig\u00e9 en 1786, ou encore de <em>Vivre chat <\/em>de K\u014dd\u014d Jyosi, qui raconte le simple quotidien d\u2019un f\u00e9lin. Aussi farfelus qu\u2019ils puissent para\u00eetre, chacun de ces titres incarnent des possibilit\u00e9s de r\u00e9ponse \u00e0 la question \u00ab\u00a0pourquoi un livre devient-il culte\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0; un contexte d\u2019\u00e9criture particulier, un extr\u00eame avant-gardisme ou l\u2019\u00e9trange sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019un sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au sortir de cette excellente performance ponctu\u00e9e de lectures pr\u00e9-enregistr\u00e9es des textes discut\u00e9s, on comprend que l\u2019AJAR nous a rappel\u00e9 l\u2019essentiel. Il est important de cultiver son propre regard critique et de ne pas embrasser trop aveugl\u00e9ment la glorification des certains titres par les instances de cons\u00e9cration de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Rock\u2019n\u2019roll Star\u00a0: un aper\u00e7u de la charge mentale au f\u00e9minin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard dans l\u2019apr\u00e8s-midi, et surtout dans un tout autre registre, le collectif th\u00e9\u00e2tral Princesse L\u00e9opold explore avec finesse le sujet de la charge mentale chez les femmes. Changement de d\u00e9cors pour cette performance participative qui se d\u00e9roule au restaurant Un R de famille. Cette fois, les spectateurs sont invit\u00e9s \u00e0 prendre place autour d\u2019une longue suite de tables, aux c\u00f4t\u00e9s des com\u00e9diennes Laure Aubert et Laurence Ma\u00eetre et de l\u2019\u00e9crivaine Fanny Wobmann. D\u00e8s les premiers accords de la chanson de Patti Smith, \u00ab\u00a0Because the Night\u00a0\u00bb, qui marque le d\u00e9but de la prestation, on retrouve avec plaisir le caract\u00e8re hybride de ce collectif qui insuffle \u00e0 la lecture de texte une \u00e9nergie th\u00e9\u00e2trale percutante<a href=\"applewebdata:\/\/A2ADF90B-0FF6-4CA1-BF64-49A5F6D48C82#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.\u00a0\u00c0 mesure que la chanteuse am\u00e9ricaine \u00e9graine son refrain, les trois jeunes femmes caricaturent les postures lascives des grandes chanteuses pop. Le titre de la performance est donc pr\u00e9sent\u00e9 d\u2019embl\u00e9e ; bienvenue dans <em>Rock\u2019n\u2019roll star.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque les derni\u00e8res notes finissent de retentir, la lecture commence et le terme \u00ab\u00a0rock\u2019n\u2019roll\u00a0\u00bb prend diff\u00e9rents sens. Le texte \u00e9crit par Fanny Wobmann<a href=\"applewebdata:\/\/A2ADF90B-0FF6-4CA1-BF64-49A5F6D48C82#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> sonde l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 d\u2019une femme en lutte avec ce qui fait pression sur elle\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9, sa famille, ses ami-e-s. Sur fond d\u2019une course \u00e0 pied parfois presque effr\u00e9n\u00e9e, les pens\u00e9es de ce personnage d\u00e9filent. Elle revient sur les blessures laiss\u00e9es par les mots\/maux du quotidien mais aussi le poids des grandes d\u00e9cisions, notamment au sein du couple, qui p\u00e8sent toujours plus sur les \u00e9paules de la femme que du partenaire masculin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La prose incisive de Wobmann est rapport\u00e9e par les voix des trois artistes. Celles-ci alternent, s\u2019interpellent et m\u00eame se juxtaposent en canon afin de ponctuer les moments de stress particuli\u00e8rement intenses. Mais la voix n\u2019est pas le seul outil utilis\u00e9 par le collectif. Le corps est \u00e9galement mis \u00e0 contribution. Des morceaux de musique tels que \u00ab\u00a0The Show Must Go On\u00a0\u00bb de Queen entrecoupent le r\u00e9cit. Une playlist qui permet aux corps de se lib\u00e9rer, d\u2019\u00e9chapper momentan\u00e9ment au poids des pens\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019effet recherch\u00e9 par la cr\u00e9ation percutante aux d\u00e9bordements savamment mesur\u00e9s de Princesse L\u00e9opold fait mouche. Dans le public, on passe du sourire amus\u00e9 \u00e0 une crispation des mains sur les genoux. La fin de la performance nous laisse avec la t\u00eate pleine de r\u00e9flexions sur notre quotidien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-681\" src=\"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/PRINCESSE-LEOPOLD-300x252.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"252\" srcset=\"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/PRINCESSE-LEOPOLD-300x252.png 300w, https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/PRINCESSE-LEOPOLD.png 600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mot de la fin\u00a0: on se revoit bient\u00f4t\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu\u2019il est temps de reprendre le train et de laisser la Fureur de lire \u00e0 l\u2019\u00e9clat de ses derni\u00e8res festivit\u00e9s, on ne peut que se r\u00e9jouir d\u2019une chose\u00a0: dans deux ans le festival sera \u00e0 nouveau au rendez-vous. Et les doigts se croisent pour que les collectifs romands reviennent une fois encore nous surprendre et nous faire r\u00e9fl\u00e9chir en nous sortant de nos zones de confort. En attendant 2021, Princesse L\u00e9opold jouera <em>Rock\u2019n\u2019roll star<\/em> le 13 f\u00e9vrier 2020 \u00e0 20h lors de la soir\u00e9e Open Mic &amp; Co au CPO de Lausanne. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019AJAR se pr\u00e9pare pour pr\u00e9senter une performance sur les amours les 14-15-16 f\u00e9vrier 2020 au Th\u00e9\u00e2tre 2.21 de la capitale vaudoise. On se r\u00e9jouit d\u00e9j\u00e0\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Camille Bernasconi<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"applewebdata:\/\/A2ADF90B-0FF6-4CA1-BF64-49A5F6D48C82#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> AJAR, \u00ab\u00a0L\u2019AJAR c\u2019est quoi\u00a0?\u00a0\u00bb, paru initialement dans <em>Das Narr. Das narrativistische Literaturmagazin<\/em>, 2017\u00a0: \u00a0<a href=\"https:\/\/www.collectif-ajar.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/AJAR_cest-quoi.pdf\">https:\/\/www.collectif-ajar.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/AJAR_cest-quoi.pdf<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"applewebdata:\/\/A2ADF90B-0FF6-4CA1-BF64-49A5F6D48C82#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Pr\u00e9sentation du collectif th\u00e9\u00e2tral Princesse L\u00e9opold\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.princesseleopold.ch\/index.php\/le-collectif\/\">http:\/\/www.princesseleopold.ch\/index.php\/le-collectif\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"applewebdata:\/\/A2ADF90B-0FF6-4CA1-BF64-49A5F6D48C82#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Nues dans un verre d\u2019eau<\/em>, Flammarion, 2017. Prix Terra nova de la Fondation Schiller 2017.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lors de la derni\u00e8re fin de semaine de novembre, la Fureur de lire a pris ses quartiers \u00e0 Gen\u00e8ve. Pour sa 3e \u00e9dition, le festival bisannuel a offert une superbe programmation plac\u00e9e sous le signe de la performance litt\u00e9raire et artistique. 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