{"id":754,"date":"2020-06-01T06:00:17","date_gmt":"2020-06-01T04:00:17","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=754"},"modified":"2020-05-31T23:43:46","modified_gmt":"2020-05-31T21:43:46","slug":"ecrire-les-mains-brulees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2020\/06\/01\/ecrire-les-mains-brulees\/","title":{"rendered":"\u00c9crire les mains br\u00fbl\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">Ecriture lapidaire. Elliptique. Contre le vide, contre l\u2019oubli. Luttes constantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Perdues d\u2019avance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les combats sont nombreux dans ce recueil po\u00e9tique sign\u00e9 Jos\u00e9-Flore Tappy et paru aux \u00e9ditions Zo\u00e9 poche. L\u2019auteure se bat contre ses propres fant\u00f4mes, contre l\u2019oubli, contre l\u2019ombre, contre le silence. Ces luttes sont internes, profondes, n\u00e9cessaires. Le chant, le cri de la po\u00e9tesse est rare et pr\u00e9cieux. En effet, ses publications sont espac\u00e9es\u00a0: elle a publi\u00e9 8 recueils depuis 1983. Son \u00e9criture r\u00e9pond \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019urgence, elle \u00e9crit \u00ab\u00a0les mains br\u00fbl\u00e9es\u00a0\u00bb. On comprend donc le besoin d\u2019accoucher de ces po\u00e8mes, pour combler le vide en elle, pour recoller ses d\u00e9bris \u00e9pars.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jos\u00e9-Flore Tappy nous invite dans son univers paradoxal, peupl\u00e9 d\u2019oxymores, o\u00f9 des \u00ab\u00a0cris muets\u00a0\u00bb c\u00f4toient des vides qui remplissent une nuit vive, de m\u00e9taphores et d\u2019autres images \u2014 \u00ab\u00a0des silences qui pourrissent\u00a0\u00bb, de la \u00ab\u00a0lave des r\u00eaves\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0avalanches d\u2019oubli\u00a0\u00bb. Ce monde po\u00e9tique est cruel. Froid. Inaccueillant. Et pourtant, au milieu de cette nature inhospitali\u00e8re, dans les d\u00e9combres d\u2019une ancienne usine, au plus profond de la terre, sur des cha\u00eenes de montagnes immenses, l\u2019espoir luit, bien pr\u00e9sent. Faible. Vacillant. Les mots, s\u2019ils sont porteurs d\u2019espoir, restent faibles face \u00e0 la force des \u00e9l\u00e9ments\u00a0et se brisent comme de \u00ab\u00a0maigres allumettes\u00a0\u00bb. Le lyrisme du recueil est tendu, pr\u00eat \u00e0 exploser. Les mots sont choisis avec soin et percutent sans arr\u00eat le lecteur. La po\u00e9sie de Jos\u00e9-Flore Tappy c\u2019est l\u2019\u00e9chec des mots, mais, paradoxalement, c\u2019est aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de passer par ceux-ci pour aller de l\u2019avant, pour ne pas rester seule en arri\u00e8re, \u00e0 jeter \u00ab\u00a0bois sur bois dans l\u2019\u00e2tre froid\u00a0\u00bb. Chaque mot devient important, porteur de sens, et pourtant ils ne parviendront pas \u00e0 \u00e9clairer l\u2019ombre, \u00e0 combler le vide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les po\u00e8mes sont s\u00e9par\u00e9s en trois parties, <em>Limaille<\/em>, <em>El\u00e9mentaires<\/em>, <em>Gravier <\/em>qui entretiennent chacune des liens avec les autres, dans une sorte de continuit\u00e9 elliptique. Les titres \u00e9voquent bien les forces en pr\u00e9sence et se r\u00e9f\u00e8rent, pour le premier et le dernier, \u00e0 des d\u00e9chets, \u00e0 des r\u00e9sidus de mati\u00e8res fortes, imposantes, qui semblent pourtant inalt\u00e9rables. La partie centrale \u00e9voque quant \u00e0 elle les combats permanents de la nature, des \u00e9l\u00e9ments primaires\u00a0: la terre, l\u2019eau, l\u2019air et le feu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le recueil pr\u00e9sente donc une coh\u00e9rence interne forte et constitue, de ce fait, une bonne entr\u00e9e dans le monde de la po\u00e9sie contemporaine. On a l\u2019impression de lire un roman elliptique o\u00f9 l\u2019on rencontre et recroise des personnages connus \u2014 un <em>je<\/em>, un <em>il<\/em> et un <em>nous<\/em>. Les po\u00e8mes, sans \u00eatre transparents, sont suffisamment clairs pour provoquer des \u00e9chos chez leur lecteur et l\u2019\u00e9mouvoir. Tant\u00f4t les images sont opaques, presque herm\u00e9tiques, tant\u00f4t elles s\u2019\u00e9clairent et inondent le lecteur de leur sens profond, de leur r\u00e9alit\u00e9. De plus, un avant-propos sign\u00e9 Philippe Jaccottet et une postface de Christophe Carraud \u00e9clairent la lecture et donnent des cl\u00e9s pertinentes et n\u00e9cessaires pour aborder le recueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La magie de la po\u00e9sie op\u00e8re au sein de ce recueil auquel chacun donnera le sens qu\u2019il souhaite. On peut y lire, entre autres, la fin d\u2019une histoire d\u2019amour, la difficult\u00e9 d\u2019un nouveau d\u00e9part, une fable sur le temps qui passe et sur la nature qui triomphe de la civilisation. Les sens sont nombreux et chaque lecteur y rencontrera ses fant\u00f4mes, ses peurs profondes, mais aussi ses espoirs et ses r\u00eaves. En conclusion, on entre facilement dans <em>Hangars<\/em>, on y comprend certaines choses et on retrouve des sensations, des sentiments connus. Mais <em>Hangars<\/em> entre aussi facilement dans son lecteur, y laissant quelques r\u00e9sidus. Quelques bribes. Quelques vers. Tout cela aura le temps de m\u00fbrir dans son esprit et il pourra revenir, quand il le souhaitera \u2014 et quand il se sentira pr\u00eat \u00e0 replonger dans cet univers f\u00e9roce et sans piti\u00e9\u2014 sur certains des po\u00e8mes qui, j\u2019en suis s\u00fbr, prendront encore un autre \u00e9clairage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Jos\u00e9-Flore Tappy,\u00a0<em>Hangars<\/em>, Zo\u00e9, 2019, 112 p., 12.90 CHF.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00c9dition originale parue en 2006 chez <em>Empreintes<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ecriture lapidaire. Elliptique. Contre le vide, contre l\u2019oubli. Luttes constantes. Perdues d\u2019avance. &nbsp; Les combats sont nombreux dans ce recueil po\u00e9tique sign\u00e9 Jos\u00e9-Flore Tappy et paru aux \u00e9ditions Zo\u00e9 poche. L\u2019auteure se bat contre ses propres fant\u00f4mes, contre l\u2019oubli, contre l\u2019ombre, contre le silence. 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