{"id":760,"date":"2020-06-08T09:13:05","date_gmt":"2020-06-08T07:13:05","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=760"},"modified":"2020-06-08T09:13:05","modified_gmt":"2020-06-08T07:13:05","slug":"etre-heureux-quand-la-mort-approche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2020\/06\/08\/etre-heureux-quand-la-mort-approche\/","title":{"rendered":"\u00catre heureux quand la mort approche"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Au premier abord, peu tr\u00e9pidant. En quoi le journal intime d\u2019une personne \u00e2g\u00e9e en EMS peut-il \u00eatre int\u00e9ressant ? Et comment une telle id\u00e9e a-t-elle pu surgir dans la t\u00eate d\u2019un auteur de trente ans\u00a0? D\u2019autant plus que <em>Se r\u00e9jouir de la fin<\/em>, publi\u00e9 chez Grasset, est l\u2019exact oppos\u00e9 d\u2019<em>Aux noces de nos petites vertus<\/em>, le premier roman d\u2019Adrien Gygax. <em>Le Temps <\/em>disait d\u2019ailleurs de cette premi\u00e8re fiction \u00ab\u00a0qu\u2019on la l\u00e2che essouffl\u00e9, ivre de tant de jeunesse arrogante\u00a0\u00bb. Aujourd\u2019hui, l\u2019auteur avoue que son angoisse de la mort, la volont\u00e9 d\u2019une vie plus tranquille \u00e0 la suite d\u2019un <em>bad trip<\/em>, et la d\u00e9couverte d\u2019un EMS \u2013 dans le cadre de son travail de consultant en entreprise \u2013 sont les principales raisons de ce retournement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, que dire de cette nouvelle fiction sur la mort\u00a0? Eh bien surprise\u00a0! Ce journal intime est plein de vie. Gygax a pris le parti de faire voir la vie du bon c\u00f4t\u00e9. Arm\u00e9 d\u2019h\u00e9donisme malgr\u00e9 son grand \u00e2ge, le narrateur recherche le bonheur dans son nouvel environnement et ses exp\u00e9riences. \u00ab\u00a0Regarder les autres manger\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Planer apr\u00e8s la visite du m\u00e9decin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Dessiner comme un enfant\u00a0\u00bb sont autant de chapitres-\u00e9tapes menant \u00e0 \u00ab\u00a0La paix\u00a0\u00bb pour finalement \u00ab\u00a0Se r\u00e9jouir de la fin\u00a0\u00bb. Plein de vie certes, mais \u00e0 la lecture de ces titres l\u2019inaction semble in\u00e9vitable, le lecteur se pr\u00e9pare \u00e0 cent pages d\u2019ennui. Et ceci d\u2019autant plus que certains sujets peuvent para\u00eetre un peu bateau\u00a0: l\u2019amour, la vie et la mort, la nature\u2026 Les lignes de ce \u00ab\u00a0petit vieux\u00a0\u00bb sont en fait un appel \u00e0 la r\u00e9flexion sur des sujets parfois d\u00e9j\u00e0 (trop) vus, mais qui font partie de nous. Ce livre nous fait r\u00e9fl\u00e9chir, voil\u00e0 une de ses forces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le contenu ne fait pas tout. Un vocabulaire accessible, des phrases courtes \u2026 bref, une langue simple. Ad\u00e9quate au style du journal et proportionnelle au petit format, cette simplicit\u00e9 prend sens. La sobri\u00e9t\u00e9 n\u2019est toutefois que surface et laisse place \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 des styles\u00a0: humour, langage imag\u00e9, lyrisme, essai philosophique, jeu\u2026 \u00e0 croire que l\u2019action se situe d\u2019abord dans l\u2019\u00e9criture m\u00eame. Le narrateur parle franchement\u00a0: il est un \u00ab\u00a0petit-vieux\u00a0\u00bb, Morphine est la petite s\u0153ur de Morph\u00e9e, et ceux qui en obtiennent ont \u00ab\u00a0des tronches comme fissur\u00e9es de plaisir\u00a0\u00bb. Lorsqu\u2019il dessine comme un enfant, nous voyons l\u2019imagination du petit qui n\u2019est plus vieux : \u00ab\u00a0Il pleut des cordes bleues et jaunes\u00a0! comme des bouts de ficelle\u00a0! comme des b\u00e2tons\u00a0! c\u2019est une prison\u00a0! non\u00a0! c\u2019est une for\u00eat\u00a0!\u00a0\u00bb. La richesse des styles, et surtout l\u2019humour, font la force du journal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais toute cette joie n\u2019oublie-t-elle pas na\u00efvement les souffrances physiques et psychologiques indissociables du vieillissement du corps\u00a0? La chaise roulante, le deuil sont occult\u00e9s. Dire qu\u2019un titre comme <em>Se r\u00e9jouir de la fin<\/em> ne laisse pas de place \u00e0 la n\u00e9gativit\u00e9 est peut-\u00eatre trop simple. N\u00e9anmoins, il r\u00e9sume le message de l\u2019auteur\u00a0: montrer qu\u2019\u00eatre heureux quand la mort approche, c\u2019est possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous l\u2019aurez compris, <em>Se r\u00e9jouir de la fin<\/em> est un petit livre plein de surprises, qu\u2019on referme avec le sourire. Adrien Gygax nous invite \u00e0 prendre le temps de nous arr\u00eater un instant pour appr\u00e9cier les petites choses, \u00e0 premi\u00e8re vue insignifiantes, qui nous entourent \u2013 \u00e0 l\u2019image de <em>La premi\u00e8re gorg\u00e9e de bi\u00e8re et autres plaisirs minuscules <\/em>de Philippe Delerm. Qu\u2019on ait vingt ou huitante ans, cela ne peut pas faire de mal d\u2019essayer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Adrien Gygax, <em>Se r\u00e9jouir de la fin<\/em>, Paris, Bernard Grasset, 2020, 101 p., 23 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au premier abord, peu tr\u00e9pidant. 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