{"id":765,"date":"2020-06-15T10:38:51","date_gmt":"2020-06-15T08:38:51","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=765"},"modified":"2020-06-15T10:38:51","modified_gmt":"2020-06-15T08:38:51","slug":"lecriture-est-notre-alliee-dans-toutes-sortes-de-situations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2020\/06\/15\/lecriture-est-notre-alliee-dans-toutes-sortes-de-situations\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9criture est notre alli\u00e9e dans toutes sortes de situations"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Tout commence par des larmes d\u2019enfant. Alors qu\u2019elle sort \u00e0 peine d\u2019un deuxi\u00e8me cong\u00e9 maternit\u00e9, Antoinette Rychner console son fils a\u00een\u00e9 qui se plaint de douleurs physiques. Il vient tout juste d\u2019entrer \u00e0 l\u2019\u00e9cole, c\u2019est sa premi\u00e8re ann\u00e9e. Les douleurs s\u2019intensifient. On pr\u00e9pare un petit sac et un d\u00e9part aux urgences est d\u00e9cid\u00e9. Plusieurs heures d\u2019attente. Silence. Tests \u00e0 r\u00e9p\u00e9titions. Silence. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019enfin le verdict tombe, et que le mot \u00ab\u00a0tumeur\u00a0\u00bb soit prononc\u00e9. Vacille alors le quotidien de cette petite famille, propuls\u00e9e dans un monde m\u00e9dical st\u00e9rile et irr\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette histoire vraie nous est restitu\u00e9e en d\u00e9tails par une Antoinette Rychner d\u00e9sempar\u00e9e qui raconte les allers-retours incessants entre son logement de fortune et l\u2019h\u00f4pital, entre son fils malade et son b\u00e9b\u00e9 qu\u2019elle allaite encore. Si la chronologie \u00e9voque la forme du journal intime, il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une confession o\u00f9 la jeune femme s\u2019adresse directement \u00e0 son enfant. Mais le \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb n\u2019est pas son fils a\u00een\u00e9, petit gar\u00e7on apeur\u00e9 pourtant au c\u0153ur de cette histoire. C\u2019est \u00e0 son nourrisson qu\u2019Antoinette Rychner se confie, retra\u00e7ant ainsi pour lui cette premi\u00e8re ann\u00e9e de vie scand\u00e9e par les chimioth\u00e9rapies de son grand fr\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ce choix formel peut <em>a priori <\/em>sembler acrobatique ou artificiel, il n\u2019en est rien. Bien au contraire, les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9ploient, authentiques sous la plume de l\u2019autrice qui rythme parfaitement son \u00e9criture. Entre la pr\u00e9cipitation effr\u00e9n\u00e9e suivant l\u2019accablante nouvelle et les longues journ\u00e9es d\u2019attente, les 150 pages nous font parcourir les six mois tumultueux travers\u00e9s par cette famille. En choisissant son benjamin comme destinataire, l\u2019autrice place en r\u00e9alit\u00e9 son ouvrage dans le registre de l\u2019intime. Bien que l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital constitue le cadre principal de cette histoire, le ton est celui des murmures sur l\u2019oreiller. Sans jamais basculer dans le larmoyant, l\u2019\u00e9criture transparente d\u2019Antoinette Rychner r\u00e9v\u00e8le au contraire une grande justesse dans le choix de ses mots et dans la description de ses \u00e9motions\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Quant \u00e0 moi, si les forces m\u2019ont tout d\u2019abord manqu\u00e9 pour te parler, t\u2019amuser, te faire rire ou verbaliser ce qui \u00e9tait en train de se passer, mon corps a continu\u00e9 de t\u2019aimer puisque mon lait, miraculeusement, n\u2019a pas tari quelle que soit ma fatigue. Il en allait de notre lien.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partageant avec nous l\u2019impuissance, la peur et les pleurs, l\u2019autrice fait avant tout part de sa reconnaissance. Malgr\u00e9 sa th\u00e9matique grave, cet ouvrage constitue une ode \u00e0 la gratitude et \u00e0 l\u2019espoir. Gratitude pour toute la solidarit\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui les entourent\u00a0; espoir de la gu\u00e9rison et du retour \u00e0 la <em>vraie <\/em>vie. Quoique, comme nous rappelle l\u2019autrice\u00a0: \u00ab\u00a0<em>il suffit d\u2019\u00eatre ensemble pour qu\u2019existe un foyer \u2013 m\u00eame provisoire, ou en mode camping\u00a0; un foyer pour de vrai<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9crivaine prolifique, Antoinette Rychner con\u00e7oit habituellement ses textes au c\u0153ur des arts vivants. Au sein de ces publications port\u00e9es sur les sc\u00e8nes romandes, <em>Peu importe o\u00f9 nous sommes <\/em>a tout du livre inattendu. Premi\u00e8re introspection autobiographique de l\u2019autrice, ce r\u00e9cit visc\u00e9ral est pourtant loin de faire coquille vide. Bien au contraire, cette parenth\u00e8se de vie est une v\u00e9ritable perle litt\u00e9raire, qui apr\u00e8s nous avoir fait entrevoir le pire, d\u00e9voile l\u2019entraide et l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Antoinette Rychner, <em>Peu importe o\u00f9 nous sommes<\/em>, \u00e9ditions d\u2019autres part, Gen\u00e8ve, 2019, 160 pages, 25 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout commence par des larmes d\u2019enfant. Alors qu\u2019elle sort \u00e0 peine d\u2019un deuxi\u00e8me cong\u00e9 maternit\u00e9, Antoinette Rychner console son fils a\u00een\u00e9 qui se plaint de douleurs physiques. 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